Burundi : les autorités empêchent les associations et parents de commémorer les massacres de Kibimba et leur demandent d’aller déposer des gerbes de fleurs sur la tombe des inconnus

Burundi : les autorités empêchent les associations et parents de commémorer les massacres de Kibimba et leur demandent d’aller déposer des gerbes de fleurs sur la tombe des inconnus

Pour la cinquième année consécutive, les autorités burundaises empêchent AC-Génocide Cirimoso et les parents de commémorer les massacres de Kibimba. Les autorités burundaises expliquent que le 21 octobre est une date réservée à la commémoration de l’assassinat du héros de la démocratie, Melchior Ndadaye, un héros national, selon elles. Les associations parlent d' »attaque contre la mémoire du génocide des victimes Tutsis ». (SOS Médias Burundi)

Depuis 2020, les associations et parents d’élèves ne sont pas autorisés d’aller se recueillir devant les leurs comme ils le souhaitent.

L’association AC-Génocide Cirimoso a écrit au président Neva cette année pour lui demander de s’impliquer, en vain.

Mais le ministère en charge des affaires intérieures a toujours expliqué ce refus par le fait que l’évènement coïncide avec la commémoration de l’assassinat de Melchior Ndadaye, premier Hutu à avoir été élu chef de l’Etat, assassiné le 21 octobre 1993.

Le porte-parole du ministère en charge des affaires intérieures parle de célébration et non de commémoration

Pierre Nkurikiye a eu à répondre sur la question lors d’une émission publique des porte-paroles des institutions étatiques qui s’est déroulée au chef-lieu de la province de Bururi dans le sud du Burundi, le 11 octobre dernier. S’exprimant en langue nationale le Kirundi, il a répété le verbe « Guhimbaza ou célébrer en français » au lieu de « commémorer ».

« S’agissant exactement de Kibimba, personne ne les a empêchés de célébrer. Ce qui s’est passé c’est que les personnes qui ont perdu les leurs veulent célébrer à la même date du 21 octobre qui coïncide avec une fête nationale que tout le monde connaît. Cela risque de créer des troubles », a expliqué Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère en charge des affaires intérieures.

Et de continuer : »il est anormal qu’il y ait un groupe de gens qui prépare une action à lui seul alors que le pays entier est en train d’organiser un événement bien reconnu par les lois du pays ».

Se moquer des familles des victimes

Les autorités burundaises appellent les familles des victimes et les associations qui militent pour la reconnaissance du génocide contre les Tutsis, à aller déposer une gerbe de fleurs sur la tombe des inconnus.

« […] Les familles des victimes ont été sollicitées à aller déposer leur gerbe de fleurs sur le monument des martyrs de la démocratie, l’endroit où se déroule l’événement au niveau national car il y a une tombe réservée au martyr inconnu. Mais ils ont refusé de le faire », a insisté M. Nkurikiye.

Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère en charge des affaires intérieures © SOS Médias Burundi

Les associations et parents d’élèves estiment qu’il s’agit d’une violation de leur droit.

« Il s’agit d’une décision qui ne favorise pas la réconciliation. Ndadaye a été tué par des fonctionnaires de l’Etat tout comme ces enfants. Les gens doivent avoir le droit de commémorer la mort des leurs », ne cesse de rappeler Térence Mushano, vice-président de l’AC- Génocide Cirimoso. Emmanuel Nkurunziza, secrétaire général de l’association AC-Génocide Canada quant à lui trouve que « c’est une attaque contre la mémoire du génocide des victimes Tutsis ».

En 2020 et 2021, les autorités burundaises avaient entre autres évoqué les raisons sanitaires liées au Covid-19 et sécuritaires sur ce lieu qui est sur la colline natale du président Évariste Ndayishimiye qui y possède une résidence.

Pour rappel, plus de 150 élèves Tutsis du lycée de Kibimba, en commune de Giheta dans la province de Gitega (centre du Burundi) avaient été rassemblés dans une station-service de Kwibubu le 21 octobre 1993 avant de subir une mort atroce. Certains ont été brûlés vifs, d’autres décapités. C’était à la suite de l’assassinat du premier président Hutu démocratiquement élu Melchior Ndadaye.

Le Burundi a la même composition ethnique que le Rwanda, son voisin du nord où le génocide de 1994 contre les Tutsis a été reconnu par l’ONU.

Au Burundi, les Hutus et les Tutsis peinent à se mettre d’accord sur la qualification des crimes qui ont emporté les leurs. Les Tutsis veulent que les massacres de 1993 qui ont suivi l’assassinat du président Melchior Ndadaye soient considérés comme « un génocide » au moment où les Hutus, y compris un ancien président et des associations locales ainsi que des partis politiques dont le Frodebu de Ndadaye militent sans relâche pour qualifier eux-mêmes les tueries de 1972- ayant emporté plus de Hutus que de Tutsis, de «génocide contre les Hutus ».

En mai 2022, le président Neva a refusé d’entériner une décision de l’Assemblée nationale reconnaissant les massacres de 1972 comme «un génocide contre les Hutus au Burundi », une adoption basée sur un rapport de la très controversée commission vérité et réconciliation CVR.

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Photo d’archives : des personnes au monument de Kwibubu commémorant plus de 150 élèves Tutsis tués le 21 octobre 1993 à la suite de l’assassinat du premier président Hutu démocratiquement élu Melchior Ndadaye © SOS Médias Burundi

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