Ngozi : un homme détenu pour sorcellerie, sa famille dénonce un acharnement politique
SOS Médias Burundi
Ngozi, 4 mai 2025 –L’arrestation d’Elias Niyonkuru, un habitant de la colline Nyabihanga en commune et province de Ngozi (nord du Burundi) continue de susciter l’indignation. Accusé de sorcellerie depuis le 19 avril dernier, l’homme est toujours détenu dans le cachot de la zone Mubuga. Mais pour sa famille et plusieurs habitants, il s’agirait d’un prétexte pour faire taire un citoyen aux convictions politiques opposées au pouvoir en place.
D’après de nombreux témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, Elias Niyonkuru aurait été ciblé pour son attachement au leader de l’opposition Agathon Rwasa. Il aurait refusé d’adhérer au CNDD-FDD, le parti au pouvoir, malgré des pressions insistantes dans son entourage.
« Il est puni pour ses opinions politiques. C’est une injustice flagrante. On utilise l’accusation de sorcellerie pour l’éliminer de la scène locale », affirme un membre de sa famille.
Dans la région, plusieurs habitants dénoncent une arrestation arbitraire et réclament sa libération. Certains parlent d’une justice instrumentalisée à des fins de contrôle politique, en particulier à l’approche des échéances électorales prévues dans deux mois.
Quand la sorcellerie devient une arme politique
Au Burundi, les accusations de sorcellerie sont régulièrement brandies dans les zones rurales pour régler des différends personnels, familiaux ou communautaires. Mais ces dernières années, des cas d’instrumentalisation à des fins politiques ont été signalés.
En 2022, deux militants du CNL avaient été arrêtés à Kayanza (nord) pour « pratiques occultes », avant d’être relâchés faute de preuves. En 2023, une femme syndicaliste à Makamba (sud) avait été accusée de sorcellerie après avoir dénoncé des cas de corruption dans une coopérative soutenue par le pouvoir.
Des organisations comme Human Rights Watch et Amnesty International alertent sur cette tendance inquiétante et appellent à un encadrement strict des accusations liées à la sorcellerie, afin d’éviter les dérives judiciaires et les règlements de comptes politiques.
Contactée, la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) dit suivre le dossier avec attention. « Nous sommes informés de la situation d’Elias Niyonkuru et l’affaire est en cours de suivi », a brièvement déclaré un de ses responsables, sans fournir plus de précisions sur d’éventuelles actions.
En attendant, le détenu reste incarcéré sans jugement. Ses proches s’inquiètent de ses conditions de détention, qu’ils jugent préoccupantes. Plusieurs défenseurs des droits humains demandent aux autorités de respecter les libertés fondamentales, rappelant que l’appartenance politique ne saurait justifier une privation de liberté.
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Photo : Le chef-lieu de la province de Ngozi, au nord du Burundi © SOS Médias Burundi
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