Bubanza : des électeurs désabusés face à un scrutin perçu comme joué d’avance

Bubanza : des électeurs désabusés face à un scrutin perçu comme joué d’avance

SOS Médias Burundi

Alors que s’achève la distribution des cartes d’électeur, un sentiment de résignation gagne du terrain à Bubanza, dans l’ouest du Burundi. Pour de nombreux habitants, l’enjeu du prochain scrutin ne fait plus illusion. Le processus électoral, perçu comme verrouillé, suscite méfiance et désintérêt.

Dans un centre de retrait installé dans une école fondamentale de la ville, l’atmosphère est morose. Ce dernier jour de distribution aurait pu être marqué par l’affluence. Il n’en est rien. Les électeurs présents semblent surtout animés par le devoir, non par l’espoir.

« On perd notre temps », lâche un homme d’une quarantaine d’années, carte d’identité en main, le regard détaché. À ses yeux, le résultat est déjà connu. « Le parti au pouvoir va gagner. Les autres n’ont même pas eu droit de participer normalement », déplore-t-il, en référence à la disqualification par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) des listes de candidats du CNL, du RANAC et de la coalition Burundi Bwa Bose.

Un constat que partage une électrice âgée, restée chez elle. Elle a renoncé à retirer sa carte. « J’ai voté les autres fois, rien n’a changé. Pourquoi perdre encore du temps pour une voix qui ne sera pas prise en compte ? », confie-t-elle avec amertume.

Chez les jeunes, la désillusion prend une tournure plus économique. Un étudiant rencontré près du centre explique qu’il ne votera pas, faute de moyens pour se rendre à Bujumbura, où il s’est inscrit. « Je n’ai pas l’argent pour y aller, et cette élection ne changera rien à ma vie. Je suis toujours pauvre, toujours sans emploi. »

Ces témoignages, bien que souvent discrets, révèlent un malaise grandissant. Tandis que les autorités mettent en avant le bon déroulement du processus électoral, sur le terrain, une partie de la population dénonce une mascarade démocratique.

À Bubanza comme ailleurs, la faible mobilisation pour le retrait des cartes électorales pourrait bien être le reflet d’une fracture plus profonde entre les institutions et ceux qui n’y voient plus une voie de changement.

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Photo : Des électeurs se pressent pour aller récupérer leur carte dans un centre de retrait de cartes d’électeur dans le nord-ouest du Burundi, le 14 mai 2025 © SOS Médias Burundi

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