Gihanga : des villageois arrêtés après un litige foncier avec l’armée
SOS Médias Burundi
Bubanza, 20 juillet 2025- Six habitants de la zone Gihanga, dans la commune Bubanza, province de Bujumbura (ouest), sont détenus depuis six jours dans le camp militaire de Mudubugu, situé dans la même région. Parmi eux figurent trois hommes, deux femmes et une jeune fille. Ils sont accusés d’avoir accédé illégalement à des terres désormais annexées par l’armée pour ses exercices militaires. Une situation qui ravive les tensions entre les forces de défense et la population locale.
Selon des sources administratives, trois des détenus revenaient de la récolte de manioc cultivé sur ces terres, tandis que les autres y coupaient du bois de chauffe. Avant leur arrestation, ces villageois auraient été violemment battus par des militaires, s’indignent plusieurs autorités locales contactées.
D’après des témoignages recueillis sur place, les terrains concernés étaient exploités depuis des générations par les habitants. Mais depuis l’implantation du camp militaire, l’armée aurait progressivement interdit l’accès à cette zone, transformée en champ de tirs à l’arme lourde. Plus de dix personnes y auraient déjà perdu la vie, abattues par des militaires alors qu’elles circulaient dans le périmètre.
Des réunions ont été organisées pour envisager des indemnisations. Toutefois, les promesses tardent à se concrétiser. Des habitants accusent certains responsables administratifs et notables locaux d’avoir perçu les indemnisations à leur place, tandis que les simples citoyens, eux, attendent toujours.
« Ces terres appartenaient à nos ancêtres. Nous les avons cultivées depuis des générations », déplore un habitant de Mudubugu, qui dénonce une spoliation orchestrée sous couvert d’intérêts militaires.
Léopold Ndayisaba, ancien administrateur de Gihanga, confirme que les terres appartenaient bien aux villageois avant leur réquisition par l’État pour l’installation du camp. Il assure que les procédures d’indemnisation sont en cours. Le ministre de la Défense, Alain Tribert Mutabazi, a quant à lui appelé au calme, promettant que les indemnisations seront bientôt versées.
Mais le ministre a également mis en garde : toute personne qui franchira les limites du terrain militaire ou tentera d’y accéder sans autorisation s’expose à de lourdes sanctions.
Sur le terrain, la méfiance reste vive. Les habitants disent avoir du mal à croire aux promesses officielles tant que les actes ne suivent pas.
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Photo : des habitants expropriés de leurs terres à Mudubugu organisent un sit-in devant les bureaux de l’ancienne province de Bubanza, octobre 2022 © SOS Médias Burundi
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