Refoulés et bloqués à la frontière : le calvaire des réfugiés congolais face aux Imbonerakure et à la police

Refoulés et bloqués à la frontière : le calvaire des réfugiés congolais face aux Imbonerakure et à la police

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 9 septembre 2025 – Depuis le lundi 8 septembre 2025, plusieurs centaines de réfugiés congolais sont arrêtés dans différentes localités des communes de Cibitoke et Bukinanyana, dans la province de Bujumbura, frontalière avec le Congo. Expulsés vers la frontière de Gatumba, ils y restent bloqués sous le soleil et dans des conditions précaires. Ces opérations, menées par la police et les Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du CNDD-FDD ( parti au pouvoir au Burundi), surviennent dans un contexte tendu lié aux activités du M23 en RDC et au déploiement de 10.000 soldats burundais à l’est du Congo. Avec plus de 90.000 réfugiés congolais déjà présents au Burundi, la crise humanitaire s’aggrave, amplifiée par la réduction de l’aide internationale.

Lundi 8 septembre, au petit matin, la police venue de Bujumbura, appuyée par le commissariat de Cibitoke et les Imbonerakure, a lancé une vaste opération dans les communes de Bukinanyana et Cibitoke. L’objectif affiché : identifier et regrouper les réfugiés congolais installés depuis le 15 février dans les collines et quartiers proches de la RDC, notamment à Gasenyi-Buganda, Rubuye et Nyakagunda (ancien Mparambo I).

Selon les chiffres communiqués, 80 réfugiés ont été arrêtés à Gasenyi-Buganda dès lundi, et 72 à Rukana. Mardi 9 septembre, le dispositif s’est intensifié : au total, 426 Congolais ont été appréhendés dans différentes avenues, dont huit avenues du quartier « Swahili » à Rugombo-centre, portant le nombre total à 578 personnes.

Des réfugiés contraints : camp officiel ou retour forcé

Durant ces deux journées, les habitants des localités concernées ont été strictement confinés à domicile : aucun déplacement n’était autorisé et les véhicules de la police restaient immobilisés. La police expliquait aux réfugiés arrêtés qu’ils devaient soit rejoindre un camp officiel, soit être transférés à Gatumba, d’où ils seraient refoulés vers Uvira, en RDC.

Un réfugié congolais témoigne :

« On nous a emmenés de force alors que nous ne faisions rien de mal. Nous vivions en paix parmi les Burundais. Nous refusons d’aller en camp, car les conditions de vie y sont très mauvaises. Si l’on nous expulse, autant repartir directement au Congo. »

Des soupçons sécuritaires derrière la décision

Pour les autorités policières, cette opération répond à des inquiétudes sécuritaires :

« Le comportement de ces Congolais nous inquiète. Certains semblent bénéficier d’un soutien extérieur supérieur à celui des habitants burundais. Nous soupçonnons des liens avec le mouvement M23. C’est pourquoi nous avons décidé de les renvoyer chez eux »,
a expliqué, sous anonymat, un responsable de la police.

Blocage à la frontière et climat de peur

Les expulsions ne se sont pas déroulées comme prévu. Lundi, des groupes arrêtés à Buganda et Rukana n’ont pas pu être acheminés vers Uvira, la situation sécuritaire y étant jugée trop instable. Ces réfugiés ont alors été regroupés dans l’enceinte de Gatumba. Mais mardi, le passage vers la RDC a été empêché par les Wazalendo, un mouvement armé congolais opposé à leur retour.

Résultat : plusieurs centaines de réfugiés restent bloqués à Gatumba, dans des conditions précaires, sans vivres suffisants et dans la crainte d’un sort incertain.

Un représentant des réfugiés congolais au Burundi dénonce :

« Ces personnes sont des réfugiés. Ce sont des Congolais qui ont fui Kamanyola. Ce ne sont ni des Rwandais ni des Burundais, encore moins des ennemis. Nous demandons aux Wazalendo de les laisser passer »,
ajoutant que des femmes et enfants ont passé la nuit à la belle toile à la merci des moustiques et du soleil.

Un porte-parole du HCR au Burundi n’était pas disponible pour réagir.

Contexte sécuritaire à Uvira et régional

À Uvira, la situation reste tendue : les milices Wazalendo, entretenues par Kinshasa, s’opposent au général Olivier Gasita, membre de la communauté Banyamulenge, récemment nommé commandant adjoint de la 33e région militaire le 1er septembre. Les milices l’accusent notamment d’être à la solde du Rwanda. Cette opposition a paralysé la ville, certaines parties de la société civile et les miliciens ayant déclenché un mouvement de grève générale affectant tous les secteurs.

Le M23, qui contrôle désormais les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que plusieurs zones stratégiques riches en minerais et Kamanyola (zone d’origine des réfugiés refoulés), est soupçonné d’être soutenu par le Rwanda, ce que ce pays réfute.

Le Burundi a déployé environ 10.000 soldats dans l’est de la RDC pour combattre aux côtés de l’armée loyaliste congolaise et de milices alliées dans la guerre contre le M23. Selon des sources de SOS Médias Burundi, au moins 5 personnes ont été tuées dans des affrontements avec l’armée ce lundi à Uvira.

Previous Kirundo : Barrières de sécurité, peur nocturne et soupçons de corruption
Next Le général de brigade de police Bertin Gahungu transféré dans un hôpital de Bujumbura

You might also like

Réfugiés

Nakivale (Ouganda) : un réfugié burundais détenu pour trafic humain

Sylvestre Ndizeye, la cinquantaine, est détenu dans un cachot de la police. Il a été arrêté après une disparition inquiétante d’un petit garçon de la communauté congolaise. Il est chargé

Réfugiés

Dzaleka (Malawi) : deux réfugiés burundais égorgés

Les victimes ont été retrouvées mortes non loin du camp de Dzaleka au Malawi, le weekend dernier. La police a annoncé avoir entamé des enquêtes. (SOS Médias Burundi) Samedi, le

Réfugiés

Meheba (Zambie) : l’élevage porcin menacé par une maladie non encore identifiée

Depuis plus d’un mois, plusieurs porcs sont morts dans le camp de Meheba en Zambie.La maladie qui décime les bêtes n’est pas encore connue. Les réfugiés qui craignent pour leur