Vingt-neuf ans après son assassinat, l’ombre de Mgr Joachim Ruhuna plane toujours sur le Burundi
SOS Médias Burundi
Gitega, 10 septembre 2025 — Vingt-neuf ans après l’assassinat de Monseigneur Joachim Ruhuna, ancien archevêque de Gitega, ses proches continuent de réclamer justice. Le prélat avait été tué le 9 septembre 1996, sur la rivière Mubarazi, alors qu’il revenait d’une mission au grand séminaire de Burasira, en passant par la paroisse de Gitongo. Deux autres personnes, dont une religieuse catholique, avaient trouvé la mort dans le même véhicule. À l’époque, plusieurs zones de la province de Gitega (centre du Burundi) – notamment Bugendana, Mutaho et Gihogazi (ancienne province de Karusi, actuellement incorporée dans Gitega selon le nouveau découpage administratif) – étaient sous le contrôle des rebelles du FDD (Front pour la Défense de la Démocratie), qui deviendra le CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu au pouvoir au Burundi depuis 2005 grâce à l’Accord de paix et de réconciliation d’Arusha, signé en août 2000 en Tanzanie.
Quelques semaines avant son assassinat, le 23 juillet 1996, Mgr Ruhuna avait publiquement qualifié de « maudits » les rebelles auteurs du massacre de 648 Tutsis dans un camp de déplacés de Bugendana, une attaque attribuée aux FDD. Ces victimes avaient fui les tueries qui avaient suivi l’assassinat du premier président hutu démocratiquement élu, Melchior Ndadaye, en octobre 1993.
Dans la foulée, Mgr Bernard Bududira, alors président de la Conférence des évêques catholiques du Burundi, avait ouvertement accusé les FDD d’être responsables de la mort de l’archevêque.
La voix d’un témoin de l’histoire
Lors de son homélie prononcée ce mardi à la cathédrale Christ Roi de Mushasha, Mgr Simon Ntamwana, archevêque émérite de Gitega, a dénoncé avec force « la honte des massacres qu’a connus le Burundi ». Il a rappelé les assassinats de figures religieuses — Mgr Gabriel Gihimbare en 1965, Mgr Joachim Ruhuna en 1996, et Mgr Michael Courtney, nonce apostolique au Burundi, en 2003 — ainsi que les massacres de grande ampleur de 1972, de 1988 à Ntega et Marangara dans le nord du Burundi, et de 1993.

Tout en appelant les fidèles à l’amour, à l’unité, au pardon et à la réconciliation, Mgr Ntamwana s’est dit profondément choqué par « les violations massives des droits humains au Burundi et les obstacles à la liberté d’expression ». « Est-ce que le Burundi appartient aux humains, ou bien aux éléments sauvages, ou encore à ceux qui s’invectivent depuis les collines pour des querelles de régime de banane ? », a-t-il lancé, visiblement indigné.
Un héritage encore vivant
Pour beaucoup, Mgr Ruhuna demeure une figure inoubliable. Au plus fort de la crise de 1993, il avait ouvert les portes de l’archidiocèse de Gitega pour protéger intellectuels et commerçants hutu menacés par les milices tutsies. Ses proches réclament encore aujourd’hui que toute la lumière soit faite sur son assassinat et que les auteurs répondent enfin de leurs actes devant la justice.
« Nous ne demandons pas vengeance, mais vérité et justice, pour que notre pays avance enfin vers une paix durable », a confié une fidèle rencontrée à la sortie de la messe commémorative. Une prière qui résonne comme l’écho des blessures toujours ouvertes du Burundi.
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Photo : Gitega, 9 septembre 2025-une foule de chrétiens s’est rassemblée pour commémorer les 29 ans de l’assassinat de Mgr Joachim Ruhuna, figure emblématique de l’Église burundaise ©SOS Médias Burundi.
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