Bubanza : distribution sélective de l’eau, la colère gronde au chef-lieu communal
SOS Médias Burundi
Bubanza, 13 octobre 2025- Alors que la pénurie d’eau s’aggrave au centre du chef-lieu de Bubanza, des habitants dénoncent une distribution inégale entre quartiers. Des accusations de favoritisme et de corruption ciblent des agents de la REGIDESO, sur fond de colère grandissante.
Au centre du chef-lieu de la commune Bubanza, dans la province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi, l’eau devient un bien rare et source d’injustice. Alors que certains quartiers bénéficient d’une distribution régulière, d’autres vivent un véritable calvaire, parfois plusieurs jours sans la moindre goutte au robinet.
Selon plusieurs habitants, la REGIDESO — société publique chargée de la distribution d’eau — pratiquerait une distribution sélective.
Dans les quartiers nord, notamment Matonge et Kizungu, les robinets coulent tous les jours, du matin au soir. En revanche, dans les quartiers du sud-ouest tels que Nabubu, Gisovu 1 et Gisovu 2, situés pourtant au centre-ville, les habitants peuvent rester jusqu’à quatre jours sans eau.
« Nous ne comprenons pas pourquoi certains ont de l’eau en permanence alors que nous, on doit attendre presque une semaine », s’indigne une habitante de Gisovu 2, un bidon jaune vide à la main.
Vannes fermées, pourboires exigés
Selon plusieurs témoignages, cette situation résulterait de manipulations délibérées du réseau par certains agents de la REGIDESO.
Les vannes de distribution seraient ouvertes ou fermées sélectivement, parfois en échange de pourboires.
« On nous dit que si on veut de l’eau plus souvent, il faut ‘motiver’ les agents », confie un habitant de Nabubu, visiblement exaspéré.
Des infrastructures fragiles et sabotées
L’eau qui alimente Bubanza provient des sources situées dans la forêt de la Kibira, à plusieurs kilomètres. Le trajet des canalisations est long et vulnérable. Des agriculteurs détourneraient parfois les tuyaux pour irriguer leurs champs, provoquant des fuites et des ruptures d’approvisionnement.
Les habitants dénoncent aussi la lenteur des réparations :
« Quand un tuyau est cassé, il faut attendre des jours, parfois des semaines, avant que la REGIDESO n’intervienne », déplore un commerçant du centre-ville.
Des files interminables aux bornes publiques
Face à la pénurie, certains habitants se tournent vers les bornes-fontaines publiques aménagées derrière le centre-ville.
Mais là encore, la situation tourne à la cohue : de longues files d’attente s’y forment dès l’aube, et les bousculades sont fréquentes pour pouvoir puiser quelques litres d’eau.
« On se lève à 4 heures du matin pour avoir de l’eau, sinon on rentre les bidons vides », témoigne une jeune fille rencontrée à la borne de Gisovu.
Un commerce parallèle de l’eau
Dans ce contexte de rareté, un commerce informel s’est développé. Des taxis-vélos transportent désormais des bidons d’eau vendus à 1 000 francs burundais l’unité, une charge lourde pour les ménages les plus modestes.
Un risque sanitaire grandissant
Le centre de Bubanza connaît une croissance démographique rapide, alimentée par l’exode rural. Mais sans un accès régulier à l’eau potable, les habitants craignent une recrudescence des maladies hydriques.
« Nous vivons dans la peur du choléra ou de la typhoïde. L’eau propre est un besoin vital, pas un privilège », lance un enseignant du quartier Gisovu 1.
Appel à la transparence
Les habitants exigent désormais plus de transparence et d’équité dans la gestion de la distribution d’eau.
Ils demandent à la REGIDESO d’expliquer pourquoi certaines zones sont favorisées et d’agir rapidement pour rétablir un service juste et continu.
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Photo : des habitants, dont des enfants, prennent d’assaut une borne-fontaine au centre de la commune Bubanza, à l’ouest du Burundi, en raison de la pénurie d’eau persistante. ©SOS Médias Burundi
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