Mahama (Rwanda) : une actualisation des données du PAM qui inquiète

Mahama (Rwanda) : une actualisation des données du PAM qui inquiète

SOS Médias Burundi

Mahama, 13 octobre 2025 — Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a lancé un exercice d’actualisation des données de ses bénéficiaires au camp de réfugiés de Mahama, dans l’est du Rwanda. Officiellement, il s’agit d’un simple recensement pour harmoniser les chiffres. Mais du côté des réfugiés, la méfiance grandit : beaucoup redoutent une nouvelle réduction de l’assistance alimentaire.

L’opération concerne les réfugiés des 1ère et 2e catégories sociales, qui reçoivent respectivement 5 600 et 2 800 francs rwandais par personne et par mois. À cela s’ajoute une aide en gaz combustible destinée à la cuisson.
Mais selon le PAM, un écart important existe entre le nombre de bénéficiaires du cash et celui des foyers recevant effectivement le gaz.

« Y a-t-il des réfugiés qui perçoivent l’argent sans être présents dans le camp ? Ou d’autres qui préfèrent l’argent et se passent du gaz ? », s’interroge un superviseur du recensement.

L’exercice, qui cible uniquement les chefs de ménages — détenteurs des cartes bancaires utilisées pour les retraits auprès des guichets mobiles d’Equity Bank —, devrait permettre d’y voir plus clair, selon les responsables du PAM.

Des cartes laissées derrière par des réfugiés partis

D’après une source interne au camp contactée par SOS Médias Burundi, le problème trouve son origine dans la mobilité non déclarée de nombreux réfugiés.

« Plusieurs sont rentrés clandestinement dans leur pays d’origine ou sont partis chercher du travail ailleurs, mais ont laissé leurs cartes à des proches ou à des voisins », explique-t-elle.

Certains Congolais auraient confié leurs cartes à d’autres familles restées au camp.
D’autres, notamment des Burundais, seraient partis vers Kigali, l’Ouganda, le Kenya, la Zambie ou même Dubaï, tout en laissant leurs cartes d’aide à des tiers.
D’autres encore les laissent chez des boutiquiers ou créanciers avant de partir travailler dans les environs.

« Ces personnes ne viennent plus récupérer le gaz, d’où le décalage dans les statistiques du PAM », poursuit notre source.

Des conséquences redoutées

Du côté du PAM, on estime que l’opération permettra de corriger les incohérences et de réduire les dépenses, dans un contexte de baisse des contributions des donateurs.

« Le but n’est pas de punir, mais de rendre l’aide plus cohérente avec la réalité », confie un officiel du PAM.
« Il y aura sans doute des ajustements, mais ils seront corrigés si nécessaire. »

Les réfugiés, eux, craignent le pire.

« Si le chef de ménage n’est plus ici et que la carte est bloquée, comment les autres membres vont-ils survivre ? », s’inquiète une mère de famille burundaise.

Beaucoup demandent au HCR et au PAM de procéder à un recensement général pour remplacer officiellement les chefs de ménage absents, plutôt que de bloquer leurs aides.

Un camp sous tension

Selon plusieurs sources locales, la campagne d’actualisation s’étale sur dix jours, et a déjà provoqué un afflux inhabituel de réfugiés revenus temporairement pour se faire enregistrer.

« Le camp est plein en ce moment, tout le monde veut éviter d’être radié », indique un réfugié.

Les habitants du camp exhortent enfin le PAM à revoir à la hausse l’assistance mensuelle, jugée insuffisante face à la hausse des prix.

Le camp de Mahama, le plus grand du Rwanda, abrite aujourd’hui plus de 76 000 réfugiés, dont plus de 40 000 Burundais, selon les chiffres du HCR.

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Photo : une rue dans le camp de Mahama, à l’est du Rwanda, où le PAM conduit un recensement des bénéficiaires de son assistance depuis quelques jours. ©SOS Médias Burundi

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