Rwanda : les réfugiés burundais rechignent à rentrer

Rwanda : les réfugiés burundais rechignent à rentrer

Ce mardi, la délégation burundaise était au rendez-vous au camp de Mahama pour sensibiliser plus de 39.000 réfugiés burundais au rapatriement volontaire et massif. Dans ce camp, l’heure était plutôt aux accusations mutuelles. Les réfugiés burundais rechignent à retourner chez eux. (SOS Médias Burundi)

A Dix heures passées de quelques minutes, la délégation burundaise, en tenue décomplexée, était déjà à l’entrée du camp de Mahama qui abrite plus de 39.000 Burundais.

D’abord, en rencontre avec des représentants des réfugiés et leaders religieux, André Ndayambaje, chef de la délégation a essuyé de nombreuses questions.

« Voici une liste de rapatriés tués, disparus ou arrêtés. Voici l’autre des personnes qui sont retournées en exil. Alors comment voulez-vous que nous venions dans ces conditions ? », ont demandé des responsables de réfugiés.

« Nous avons entendu le président pleurer disant qu’il n’y a pas d’indépendance de la justice, des Imbonerakure qui sèment la terreur à Kirundo, des biens et maisons saisis,…alors vous voulez qu’on rentre faire quoi au juste ? », ajoutent d’autres.

Ici, la délégation n’a pas maché les mots.

« Ce sont des rumeurs que vous relayez ici. La paix et la sécurité sont une réalité chez vous, chez nous. Demandez à vos gouverneurs ici. On n’est pas ici pour vous mentir et puis parmi vous il y a des amis, des anciens collègues, des parentés. Le pays a vraiment besoin de vous », a martelé le lieutenant général de police André Ndayambaje, chef de la délégation.

Les gouverneurs ont ensuite pris la parole.

« La majorité d’entre vous, avez peur de rentrer suite aux mensonges et rumeurs propagé par les personnes qui occupent vos maisons ou exploitent vos terres. Elles ne veulent pas que vous retourniez et vous disent que les Imbonerakure se sont appropriés vos biens. Venez, les gouverneurs vous rétabliront dans vos biens », a indiqué Albert Hatungimana, gouverneur de Kirundo, frontalière avec le Rwanda au nord.

« Vous dîtes que vous avez fui les Imbonerakure. Venez voir aujourd’hui comment sont les Imbonerakure. Ils ont changé. Je vous le dis et le répète. Venez le constater vous-mêmes. Vous pourrez alors témoigner s’ils ont changé ou pas », a essayé de convaincre, le colonel Léonidas Bandenzamaso, gouverneur de Bururi au sud du pays, sous un air décontracté.

Hurlements…

« Vous voulez qu’ils nous tuent. Nous savons ce que nous avons fui. Allez mettre fin d’abord aux assassinats, garantir l’indépendance de la justice. Dans un pays où le chef de l’État pleure et où les citoyens pleurent… allez régler ces problèmes d’abord. Surtout consoler le président, s’il est réconforté, nous le serons aussi. Que Dieu vous bénisse ! », ont répondu des représentants de réfugiés sous les acclamations de leurs pairs.

« Oyeee contre Oyaaa »

La délégation a clamé haut et fort « le président Neva, Oyeeee », pour montrer qu’elle est envoyée par le père de la nation. Au lieu que les réfugiés répondent par « Oyeee», ils ont répondu par «Oyaaa » pour « s’y opposer farouchement », relatent des témoins.

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Des Burundais ont des explications sur ces faits et gestes.

“C’était pour montrer que nous n’avons pas besoin que ce Neva nous souhaite la paix. Et puis, c’était pour manifester la colère même si notre mouvement de contestation prévu contre cette délégation avait été étouffé dès le début », disent-ils.

En début d’après-midi, il a plu sur Mahama, ce qui a momentanément suspendu le rassemblement.

Comme pour dire au revoir aux réfugiés de Mahama, la délégation burundaise a indiqué qu’elle attend les premiers rapatriés pour « fêter Noël et le Nouvel An au bercail ».

Lundi, cette délégation était à Kigali pour sensibiliser, péniblement, plus de 8.000 réfugiés urbains.

Gitega veut rapatrier plus de 70.000 Burundais en 2023, ont annoncé les autorités burundaises fin novembre dernier.

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Photo : des réfugiés burundais sur un terrain du camp de Mahama pour écouter le discours de la délégation burundaise et de leurs représentants

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