Burundi-Rwanda : Gitega veut rassurer les réfugiés burundais à Kigali
Ce lundi, le Burundi a envoyé une délégation au Rwanda pour une campagne de sensibilisation au retour volontaire des réfugiés burundais. La délégation comprend cinq membres dont trois gouverneurs de provinces dont deux frontalières avec le Rwanda qui abrite encore plus de 50.000 réfugiés burundais. La délégation n’a pas été convaincante. (SOS Médias Burundi)
Les cinq membres de la délégation burundaise ont été accueillis à la frontière -sud du Rwanda de Gasenyi-Nemba. Il s’agit de : André Ndayambaje, secrétaire permanent au ministère en charge des affaires intérieures et de la sécurité chargé du domaine de la sécurité, Nestor Bimenyimana , directeur général du rapatriement, Col. Léonidas Bandenzamaso gouverneur de Bururi (sud du Burundi), Albert Hatungimana gouverneur de Kirundo et Col. Rémy Cishahayo gouverneur de Kayanza (nord du pays).
Ils ont été accueillis au poste frontalier par Philippe Habinshuti, secrétaire permanent au ministère rwandais en charge des réfugiés, Emmanuel Gasana et Alice Kayitesi respectivement gouverneurs des provinces de l’Est et du Sud du Rwanda.
La délégation a été vite conduite à Kigali (capitale rwandaise) pour rencontrer les représentants du comité de plus de 8.000 réfugiés burundais urbains.
Main tendue…
Le chef de la délégation, André Ndayambaje se veut plus que rassurant.
« Nous sommes ici pour vous dire que tout ce que vous avez fui n’est plus d’actualité, que ce soit coté sécurité ou économie. Rentrez chez-vous » a indiqué M. Ndayambaje, dans une salle pleine de représentants de réfugiés burundais, essentiellement du comité des réfugiés urbains composés des activistes et figures de la société civile, des anciens cadres du pays, des anciens militaires ou encore d’autres intellectuels.

Dans la salle, les représentants de réfugiés paraissaient moins convaincus.
« Toutes les bonnes conditions sont réunies pour vous accueillir chaleureusement. Nous voulons que vous puissiez contribuer dans des programmes de développement du pays. Nous sommes ici comme des frères et sœurs. Nous voulons un rapatriement massif et volontaire. Rien ne peut justifier encore le statut de réfugié pour les Burundais », a insisté ce général de la police burundaise.
Réactions de réfugiés
« Nous avons montré noir sur blanc qu’il y a des rapatriés qui sont tués, portés disparus et d’autres qui préfèrent repartir en exil ici ou ailleurs. Pour d’autres, leurs biens, terres, parcelles et maisons ont été saisis, spoliés ou confisqués par le gouvernement ou ses agents. Et puis, il y a des mandats d’arrêt et des menaces qui pèsent sur certains d’entre nous. Alors, comment voulez-vous que nous rentrions dans ces conditions là ? », a énuméré Patrice Ntadohoka, président du comité des réfugiés urbains.
Et d’évoquer des questions politiques.
« Nous exigeons la fin de la constitution de 2018 qui a abrogé celle de 2005 et les accords d’Arusha, du moins le retour à la légalité constitutionnelle du moment que la Cour de l’EAC a tranché que le 3ème mandat était inconstitutionnel », a expliqué M.Ntadohoka.
Et d’insister : « oui, nous présumons que le nouveau président est de bonne foi, mais il est mal entouré. Son entourage ne veut pas de nous. Qu’il règle ça et puis nous allons rentrer car le Burundi c’est notre patrie aussi ».
La délégation burundaise reste évasive
« C’est normal de s’exiler quand on a des raisons valables. Mais pour le moment, la paix et la sécurité règnent sur tout le territoire national. Et puis, certaines informations que vous avez ne sont pas d’actualité car vous êtes loin, en dehors du pays. Nous vous rassurons que vous serez bien traités. Mais, il y en a qui ont fui suite à des litiges fonciers et ou des affaires judiciaires, des problèmes économiques ou autres. On va voir aussi comment arranger les choses pour lever tous les obstacles », a voulu trancher André Ndayambaje.
Kigali reste le facilitateur
Le secrétaire permanent au ministère en charge des réfugiés remercie le Burundi pour avoir entamé ce processus qui, d’après Philippe Habinshuti, est une solution durable à la question des réfugiés.
« C’est bon de venir sensibiliser et convaincre les réfugiés pour rentrer après leur avoir montré l’état actuel de la sécurité », a-t-il dit.
Le Rwanda accepte qu’il sera prêt pour aider les Burundais qui veulent rentrer.
« Nous sommes ici pour accompagner ce processus, de rapatriement volontaire, mais aussi ceux qui ne se sentent pas en paix, nous allons continuer à leur offrir un asile comme on le fait pour d’autres qui demandent asile », a souligné Philippe Habinshuti.
Gitega salue le partenariat gagné à Kigali
« Nous avons rencontré les différents partenaires comme les ministères de la diplomatie, celui en charge des réfugiés, celui de l’intérieur ou encore le HCR. Nous leur avons demandé de nous aider dans ce programme de rapatriement volontaire. Ils ont accepté de nous accompagner. Nous voulons en fait soulager le gouvernement rwandais de ce fardeau des réfugiés burundais », a précisé le chef de la délégation burundaise.

Mardi, cette délégation se rendra au camp de Mahama qui abrite plus de 39.000 réfugiés burundais.
La campagne a lieu pour la première fois depuis 2015, lorsque plus de 80. 000 Burundais ont fui vers le Rwanda au milieu d’une crise déclenchée par un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.
Selon le MINEMA (ministère rwandais en charge des réfugiés), plus de 30.000 réfugiés burundais sont rentrés dans leur pays depuis 2020. Toutefois, ce ministère reconnaît que l’engouement de retour volontaire des réfugiés burundais n’est plus de mise.
Actuellement, plus de 50.000 réfugiés burundais vivent au Rwanda, la plupart étant installés dans le camp de réfugiés de Mahama.
La campagne intervient deux mois après l’ouverture officielle des frontières entre les deux pays voisins de la région des Grands-Lacs d’Afrique.
Le mois dernier, une délégation similaire était en Tanzanie au camp de Nyarugusu où elle a dévoilé que la petite nation de l’Afrique de l’est veut « rapatrier plus de 70.000 Burundais en 2023 ».
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Photo : André Ndayambaje, chef de la délégation burundaise reçu par Alice Kayitesi, gouverneure de la province du Sud du Rwanda
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