Sud-Kivu : le collectif Banyamulenge GAKONDO alerte Washington sur une « campagne d’extermination » menée avec le soutien du Burundi
SOS Médias Burundi
Bukavu, 23 octobre 2025– Le collectif mondial GAKONDO, regroupant des organisations communautaires Banyamulenge, a adressé une lettre urgente à Massad Fares Boulos, Conseiller principal du président des États-Unis pour l’Afrique. Dans ce courrier, le groupe dénonce une campagne d’extermination planifiée contre les civils Banyamulenge dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), menée selon lui avec le soutien du Burundi.
Datée du 20 octobre 2025, la lettre accuse la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) d’avoir rejoint les Forces Armées de la RDC (FARDC) et les milices pro-gouvernementales Wazalendo dans des opérations militaires autour de Minembwe. Plus de 10.000 soldats burundais participeraient à ces opérations, empêchant toute aide humanitaire d’atteindre la région.
« Ce blocus délibéré, accompagné d’attaques militaires, constitue un crime contre l’humanité », dénonce le collectif, évoquant l’usage présumé de drones et d’avions de chasse opérant depuis Bujumbura, la capitale économique du Burundi, et Kisangani, la capitale de la province de la Tshopo dans l’est du Congo.
Une minorité assiégée
Le collectif GAKONDO estime que la communauté Banyamulenge, minorité tutsie vivant dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, fait l’objet d’une violence systématique depuis 2017. Selon la lettre, les routes reliant Minembwe à Uvira, Fizi et Baraka sont coupées, et les produits de base – sel, sucre, huile, savon, carburant – n’atteignent plus la population.
« Les Banyamulenge sont aujourd’hui assiégés par un régime censé les protéger », accuse le collectif, demandant que la FDNB soit tenue responsable de son rôle dans cette campagne militaire.
Appel à l’intervention américaine
Le collectif appelle Washington à faire pression sur Kinshasa et Gitega pour obtenir la fin immédiate des hostilités et l’ouverture d’un corridor humanitaire vers Minembwe. Il sollicite également le déploiement d’observateurs internationaux et la poursuite judiciaire des responsables de ces crimes présumés.
La lettre a été envoyée en copie à plusieurs dirigeants et institutions internationales, dont António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, Évariste Ndayishimiye, président du Burundi, et Félix Tshisekedi, président de la RDC, ainsi qu’aux chefs d’État du Rwanda, du Kenya, de la Tanzanie, du Zimbabwe et de l’Ouganda, et à la Haute Représentante de l’Union européenne, Kaja Kallas.
Des craintes d’épuration ethnique
Minembwe, peuplé majoritairement de Banyamulenge, est un groupement de villages situé dans le territoire de Fizi. Cette communauté de pasteurs vit dans une insécurité chronique depuis plusieurs années, liée aux attaques des FARDC, de milices locales et de groupes étrangers.
Maître Bernard Maingain, membre du collectif d’avocats représentant les Banyamulenge, Tutsi congolais et Hema, se dit alarmé :
« Il y a une situation atroce qui prend les allures d’une épuration ethnique, voire d’un génocide. Si la situation continue ainsi, on finira par créer des réserves de Tutsi à l’est du Congo, comme cela s’est produit pour les Indiens en Amérique du Nord », avait confié à SOS Médias Burundi Maître Bernard Maingain dans une interview séparée sur la question.
Selon des activistes, plus de 1.500 membres de la communauté Banyamulenge ont été tués depuis 2017.
Le M23 et les alliances locales
Le M23, une ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, reproche aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements de réinsertion. Depuis le début de l’année, ses rebelles, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), contrôlent plusieurs localités stratégiques riches en minerais dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, ainsi que les chefs-lieux des deux Kivus.
À Minembwe, le M23 dispose d’un allié local puissant : Twirwaneho, un groupe armé composé de membres de la communauté Banyamulenge, renforçant leur présence et leur influence dans la région.
Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir le M23, tandis que des experts de l’ONU estiment que Kigali a déployé au moins 4.000 militaires pour appuyer les rebelles, ce que le gouvernement rwandais rejette catégoriquement.
Des voix critiques au Burundi
Le Burundi a déployé des troupes dans l’Est congolais pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo. Depuis deux ans, plusieurs soldats burundais ont été tués au Nord-Kivu et au Sud-Kivu en combattant le M23. De plus en plus de voix s’élèvent au Burundi pour dénoncer « des sacrifices inutiles dans une guerre qui n’est pas la nôtre », affirmant que cet engagement militaire sert davantage des intérêts politiques régionaux que la défense du territoire national.
Le président Évariste Ndayishimiye assume toutefois cette implication :
« Il est normal que des militaires burundais meurent en RDC », a-t-il déclaré, exhortant les civils « à ne pas se mêler des affaires des forces de sécurité, de peur de se retrouver avec un pays sans défenseurs ».
Silence officiel et inquiétudes régionales
Aucune réaction n’a été enregistrée du côté des gouvernements burundais et congolais au moment de la publication de cet article.
Plusieurs analystes redoutent qu’en l’absence d’une solution politique, la région des Grands Lacs ne s’enfonce dans un nouvel embrasement communautaire, Minembwe devenant un symbole des tensions persistantes entre Kinshasa, Kigali et Gitega.
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Photo : Minembwe (Fizi) sous tension : les FARDC, les Wazalendo et Twirwaneho s’affrontent, avec l’implication présumée de la FDNB. © SOS Médias Burundi
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