Sud-Kivu : l’accord de Doha déjà fragilisé par une reprise fulgurante des hostilités
SOS Médias Burundi
Bukavu, 17 novembre 2025- Moins de deux jours après la signature à Doha d’un accord de paix censé ouvrir la voie à une désescalade dans l’est de la RDC, les rebelles du M23, affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), un mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa, ont relancé des offensives d’une intensité inattendue dans la province du Sud-Kivu. Cette reprise brutale des violences remet en cause la crédibilité du processus engagé.
Des frappes conjointes FARDC–FDNB à Mwenga
Selon plusieurs sources locales, la matinée de lundi a été marquée par des frappes de drones menées conjointement par les FARDC et la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) contre des positions du groupe Twirwaneho, composé de membres de la communauté Banyamulenge, un allié de taille du M23 dans le Sud-Kivu, à Rwisankuku, dans le territoire de Mwenga.
Ces opérations surviennent alors que la FDNB renforce nettement sa présence en soutien à Kinshasa.
Shabunda : le M23 s’empare de Maimingi 1 et 2, un tournant majeur
Pour la première fois, les rebelles du M23 ont pénétré le territoire de Shabunda, jusqu’ici épargné par leur présence.
Les villages Maimingi 1 et Maimingi 2 sont passés sous leur contrôle dimanche 16 novembre 2025, après des combats intenses contre les FARDC, les Wazalendo et des éléments burundais.
Des habitants évoquent un « débordement constant » des positions loyalistes.
Situé à 35 km de Nzibira, Maimingi 2 confirme une progression profonde dans ce territoire stratégique, déjà marquée par la prise de Nzibira par le M23 depuis le 21 septembre 2025, après de violents affrontements contre les FARDC et les milices Wazalendo.
Un nouveau front dans une région riche en minerais
Cette percée, intervenue seulement 24 heures après la signature de l’accord de Doha, élargit le front bien au-delà des bastions traditionnels du Nord-Kivu.
Elle ouvre l’accès à un territoire convoité pour ses gisements d’or, de cassitérite et de coltan, dont le contrôle constitue un enjeu crucial dans l’économie de guerre de l’Est congolais.
Mouvements de troupes malgré l’accord
Des rebelles du M23 quittent Rumangabo (Nord-Kivu) pour rejoindre Mwenga, Shabunda et Walikale, laissant craindre une extension du conflit.
Le gouvernement congolais achemine parallèlement du matériel militaire — notamment des drones — via l’aéroport de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, et renforce ses positions à Point Zéro, Mukera, Mulima et Mikalati.
La FDNB massivement redéployée
Après une défaite rapportée dans le Nord-Kivu, la FDNB a redéployé plus de 10.000 soldats dans les territoires d’Uvira, Fizi et Mwenga afin de soutenir les opérations conjointes contre le M23.
Accusations persistantes contre le Rwanda
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir les rebelles du M23.
Kigali dément, parlant de « mensonges ».
Pourtant, des experts de l’ONU ont confirmé ce soutien à plusieurs reprises, ce que le gouvernement rwandais qualifie de « bobards ».
Une paix déjà sous tension
L’écart saisissant entre les engagements de Doha et la reprise immédiate des combats met en évidence la fragilité du processus de paix. Sur le terrain, les forces se repositionnent, les fronts s’étendent, et les civils demeurent les premières victimes d’un conflit dont la sortie paraît plus incertaine que jamais.
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Photo : une pancarte indiquant le territoire de Shabunda, récemment récupéré par les rebelles du M23. ©DR/SOS Médias Burundi
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