Burundi : la distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticide perturbée par une connexion défaillante
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 28 novembre 2025 – La campagne nationale de distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticide, lancée le 26 novembre et prévue pour se clôturer le 1er décembre, se déroule actuellement dans toutes les collines et quartiers urbains de la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Initialement bien organisée, elle connaît toutefois de sérieux retards, en grande partie dus aux problèmes de connexion qui paralysent le pays depuis plusieurs mois.
Les équipes de SOS Médias Burundi ont observé que les distributeurs utilisent des tablettes pour enregistrer l’identité des bénéficiaires avant et après la remise des moustiquaires. Or, la faible connectivité empêche la synchronisation des données en temps réel, ralentissant fortement les opérations. Le résultat est visible partout : des files d’attente interminables, des habitants qui patientent pendant des heures, parfois depuis l’aube, avant de repartir sans avoir été servis et de revenir le lendemain.
« Une charge lourde, pour un salaire faible »
À Nyakabiga, dans la capitale économique Bujumbura, un distributeur rencontré par SOS Médias Burundi explique travailler parfois jusqu’à 20 heures d’affilée.
« C’est un travail dur et mal rémunéré », confie-t-il.
« Quand la connexion tombe, tout s’arrête. Et nous restons là à attendre tandis que la file ne cesse de s’allonger. »
Des témoignages similaires nous sont parvenus d’autres quartiers de Bujumbura, ainsi que de plusieurs provinces à l’intérieur du pays, où les équipes de distribution se disent débordées et à bout de souffle.
Le paludisme demeure l’un des premiers fléaux sanitaires du Burundi
Le Burundi reste parmi les pays les plus touchés par le paludisme en Afrique. En 2021, l’incidence atteignait 537,6 cas pour 1 000 habitants.
La maladie représente à elle seule 44,1 % des consultations médicales et près de 59,4 % des décès hospitaliers enregistrés dans le pays.

Face à ces chiffres alarmants, les autorités sanitaires ont multiplié les stratégies de prévention : campagnes de sensibilisation, distribution de moustiquaires imprégnées et renforcement de l’accès aux traitements antipaludiques. La campagne actuellement en cours constitue l’un des piliers de cette lutte.
Moustiquaires sur le marché noir : un commerce parallèle bien réel
Pourtant, une partie des moustiquaires échappe à leur objectif initial. Selon un médecin et ancien responsable d’un district sanitaire, certaines sont détournées dès leur distribution puis revendues à des pêcheurs du lac Tanganyika.
D’autres, plus discrètement encore, alimentent un commerce parallèle autour du lac Cohoha, plan d’eau situé à la frontière entre le Burundi et le Rwanda, où elles s’écouleraient auprès de pêcheurs et d’intermédiaires.
Une fraction franchirait même la frontière en direction de la RDC, où les moustiquaires se vendraient jusqu’à 30 dollars l’unité, soit environ 189 000 FBu — un prix hors de portée pour la majorité des ménages burundais.
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Photo : des patients sont pris en charge dans une structure sanitaire débordée par les cas de paludisme et de choléra à Bujumbura, la capitale économique du Burundi. ©SOS Médias Burundi
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