Burundi – RDC : des sacrifices toujours plus lourds pour l’armée burundaise
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 8 décembre 2025- Depuis mars 2023, l’engagement de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) dans l’est de la République démocratique du Congo continue d’exposer les militaires burundais à des pertes particulièrement élevées. Des dizaines de blessés et de morts sont rapportés presque chaque semaine, alors que les combats contre le M23 — une rébellion tutsi aujourd’hui intégrée à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa — s’intensifient.
Rien que ces derniers jours, plus d’une centaine de blessés ont été signalés, dont 87 admis à l’hôpital militaire de Kamenge, au nord de Bujumbura. Tandis que les autorités burundaises gardent le silence sur les pertes réelles, des témoins mentionnent des enterrements discrets, une prise en charge confidentielle des blessés, et une armée qui poursuit une guerre présentée comme un « devoir » par le président Évariste Ndayishimiye, malgré l’usure et la multiplication des victimes.
Une centaine de blessés, 87 transférés à l’hôpital militaire de Kamenge
Selon des reporters de SOS Médias Burundi présents à l’hôpital militaire de Kamenge, les blessés sont pris en charge aux urgences et au service de médecine interne.
« Ils sont facilement identifiables : la majorité porte des tenues de sport rouges. Beaucoup ont les bras bandés », témoigne un journaliste sur place.
Le manque de lits oblige certains patients à partager le même couchage :
« Les deux salles d’urgence sont pleines. Un seul lit peut accueillir jusqu’à trois patients », rapporte un autre journaliste.
Certains blessés ont également été orientés vers le site de “Défense contre avion passive”, près de l’aéroport de Bujumbura — surnommé Guantanamo — où sont également conservés des corps grâce à des chambres frigorifiques.

D’autres ont été envoyés vers des structures privées, comme la Tanganyika Care Polyclinic.
Le chiffre de 87 blessés ne concerne que Kamenge : le total réel est donc plus élevé.
Des pertes lourdes sur les fronts du Sud-Kivu
Depuis le 1er décembre, de nombreux militaires burundais ont été tués dans les localités de Lubarika, Mitambili, Katogota, Luvungi et Sange, où les affrontements sont particulièrement violents.
Parmi les victimes figure le lieutenant-colonel Athanase Minani, le plus haut gradé burundais tué depuis le début de l’intervention officielle en RDC.
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Rien que dimanche, au moins sept militaires ont été tués à Sange, selon des sources locales. D’autres sources, non confirmées, évoquent jusqu’à une trentaine de morts depuis le début du mois. Aucune communication officielle n’a été faite.
Enterrements discrets et familles écartées
Des témoins affirment que certains corps sont enterrés rapidement, parfois sans que les familles ne soient prévenues. Selon plusieurs témoignages, des camions militaires viennent chercher des proches en pleine nuit, sans explication.
Pour les corps rapatriés dans un état difficilement identifiable, seules les familles présentes au moment précis de l’arrivée peuvent parfois reconnaître le défunt.
« Même le mot de circonstance est préparé à l’état-major. Il est interdit de mentionner le Congo », confient des familles endeuillées.
Indemnisations incertaines pour les soldats tombés en RDC
Contrairement aux militaires tués en mission de maintien de la paix en Somalie — dont les familles reçoivent une indemnisation clairement définie (environ 100 000 dollars, répartis entre l’État et la famille) — aucune procédure officielle n’existe pour les soldats morts en RDC.
Ce silence provoque l’incompréhension et la colère des familles déjà éprouvées.

En décembre 2023, 272 militaires burundais qui avaient refusé de partir combattre le M23 ont été arrêtés, jugés et condamnés à des peines allant jusqu’à la perpétuité. Ils sont actuellement détenus à Murembwe, dans le sud-ouest du pays.
Le président Ndayishimiye assume l’engagement militaire
À plusieurs reprises, le président Évariste Ndayishimiye a défendu la présence militaire burundaise en RDC, invoquant un devoir de solidarité régionale.
En décembre 2023, il déclarait :
« C’est normal que des militaires burundais soient tués en RDC, parce qu’ils ont signé pour ça. »
Il renvoie néanmoins la responsabilité des avancées du M23 aux autorités congolaises :
« C’est au Congo d’expliquer comment les rebelles continuent de gagner du terrain alors que nous sommes venus les aider. Le Burundi n’apporte qu’un soutien. »
Le M23 étend progressivement son contrôle
Réactivé en 2021 et désormais intégré à l’AFC de Corneille Nangaa, l’ancien président de la CENI congolaise » qui plaide pour un État fédéral », le M23 contrôle aujourd’hui les chefs-lieux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que plusieurs zones stratégiques riches en minerais.
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le mouvement — ce que Kigali dément — même si plusieurs rapports de l’ONU évoquent la présence de milliers de militaires rwandais aux côtés du M23.
Menace sur Uvira et tensions à la frontière
La ville d’Uvira, située à quelques kilomètres de Bujumbura, serait désormais une cible prioritaire du M23.
Vendredi, des blindés de la police et de l’armée burundaise ont été aperçus à la frontière par des reporters de SOS Médias Burundi.
La situation reste tendue, et le conflit semble se rapprocher dangereusement du territoire burundais.
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Photo d’archives : enterrement du major Ernest Gashirahamwe, le premier haut gradé de la FDNB à avoir été tué dans le Nord-Kivu, le 16 novembre 2023 à Bujumbura © SOS Médias Burundi
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