Bujumbura replonge dans la pénurie de carburant : le marché noir flambe
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 14 décembre 2025 — Depuis près d’une semaine, la vente du carburant est à nouveau fortement perturbée à Bujumbura, la capitale économique de la petite nation de l’Afrique de l’Est. Contrairement aux épisodes précédents marqués par de longues files d’attente devant les stations-service, plusieurs points de distribution sont désormais totalement à sec. Un silence trompeur qui traduit non pas un retour à la normale, mais une pénurie quasi totale.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, le carburant est tout simplement introuvable dans de nombreuses stations-service de la ville. Cette nouvelle paralysie s’inscrit dans une crise structurelle qui dure depuis près de cinq ans. Face aux ruptures récurrentes d’approvisionnement, de nombreux résidents de Bujumbura s’étaient rabattus sur la ville congolaise d’Uvira, de l’autre côté de la frontière, pour remplir le réservoir de leurs véhicules.
D’autres circuits parallèles existaient également à l’intérieur du pays, notamment dans la région de Cibitoke, au nord-ouest du Burundi. Dans certaines localités comme Nyamitanga, le carburant était vendu de manière informelle, parfois en bidons le long de la route, comme une simple marchandise. Ces réseaux permettaient à ceux qui ne pouvaient pas patienter dans les stations-service, ou confrontés à des urgences, de se ravitailler à des prix deux à trois fois supérieurs au tarif officiel.
Mais aujourd’hui, même ces filières de secours semblent à l’arrêt. « Il paraît que même les camions transportant le carburant, en provenance de la Tanzanie, ne traversent plus les frontières », confie un pompiste d’une station du centre-ville de Bujumbura. Une information qui alimente les inquiétudes sur l’approvisionnement national, le Burundi dépendant quasi exclusivement des importations via le corridor tanzanien.
Les automobilistes se disent désorientés et impuissants. « Il y a à peine deux semaines, les files d’attente ne nous dérangeaient pas, car nous savions qu’au final nous serions servis. Le carburant était disponible », témoigne un conducteur rencontré à Bujumbura.
Face à cette pénurie, le marché noir a repris de plus belle. Chaque détenteur de carburant fixe désormais ses propres règles. Le litre d’essence ou de mazout se négocie actuellement à plus de cinq fois le prix officiel, une flambée qui pèse lourdement sur les ménages, les transports et l’ensemble des activités économiques.
Un impact direct du contexte régional
Cette situation est étroitement liée à la dégradation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. La prise de la ville d’Uvira par les rebelles du M23, dans la nuit du 9 au 10 décembre, a brutalement coupé l’un des principaux circuits informels d’approvisionnement utilisés par les habitants de Bujumbura. Située à seulement quelques dizaines de kilomètres de la capitale économique burundaise, Uvira constituait depuis des années un marché de repli face aux pénuries récurrentes.
Depuis près de trois décennies, l’est de la RDC est en proie à des conflits armés impliquant de nombreux groupes rebelles. Réactivé en 2021, le M23 contrôle désormais plusieurs villes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette escalade a non seulement provoqué des déplacements massifs de populations vers le Burundi, mais aussi perturbé les échanges transfrontaliers informels, dont dépend une partie de l’économie burundaise.
Parallèlement, l’insécurité persistante sur certains axes routiers reliant le Burundi à la Tanzanie complique davantage l’acheminement du carburant. Dans ce contexte régional instable, aucune perspective claire de sortie de crise ne se dessine à court terme.
En attendant, Bujumbura vit au rythme de la pénurie, entre spéculation, débrouillardise et inquiétude croissante, dans un pays où l’accès au carburant est devenu, depuis cinq ans, un défi permanent.
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Photo d’archives : des vendeurs de carburant dans une rue inondée d’Uvira cherchent à se procurer du carburant qu’ils revendront à Bujumbura et ses environs. La prise d’Uvira par les rebelles du M23 replonge la capitale économique du Burundi dans la pénurie. © SOS Médias Burundi
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