Uvira : le M23 facilite le retour de Burundais bloqués

Uvira : le M23 facilite le retour de Burundais bloqués

SOS Médias Burundi

Uvira, 15 décembre 2025- Bloqués à Uvira depuis la prise de la ville par le M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, des travailleurs et réfugiés burundais ont été autorisés à regagner leur pays. Le mouvement rebelle qualifie l’opération de geste humanitaire, tandis que les frontières côté burundais restent fermées.

Retour au pays après plusieurs jours de blocage

Le dimanche 14 décembre, des travailleurs journaliers — commerçants, conducteurs de motos-taxis, maçons et autres — ont franchi la frontière via le poste de Kavimvira–Gatumba, certains avec leurs bagages, d’autres avec leurs motos ou vélos. Le lundi 15 décembre, environ 500 réfugiés burundais encore présents à Uvira ont également été rapatriés.

Ces opérations ont été présentées par le M23 comme des gestes humanitaires. Un de ses porte-parole a précisé que le mouvement n’avait « aucun problème avec les peuples africains, encore moins avec les Burundais » et qu’il ne pouvait être tenu responsable du blocage prolongé de ces ressortissants. Selon lui, la frontière côté congolais était restée ouverte et le M23 appliquait une politique de libre circulation dans les zones sous son contrôle.

Vécu des Burundais à Uvira

Emmanuel M., conducteur de moto-taxi rapatrié ce dimanche, a exprimé son soulagement de pouvoir quitter Uvira :
« J’avais peur que le M23 puisse me considérer comme leur ennemi, puisqu’ils combattent contre nos militaires burundais. »

Comme lui, plusieurs Burundais avaient cessé toute activité par crainte de représailles ou d’être pris pour cible dans une ville désormais sous contrôle du mouvement rebelle.

Contexte régional et impact sur la frontière

La ville d’Uvira, tombée aux mains du M23 dans la nuit du 9 au 10 décembre, est située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi où sont concentrées les agences des Nations-Unies et l’administration centrale. Depuis près de trois décennies, l’est de la RDC est le théâtre d’une escalade quasi permanente des conflits armés, impliquant une multitude de groupes rebelles.

Plusieurs Congolais restent bloqués au Burundi après la prise d’Uvira et d’autres cités et localités de la plaine de la Rusizi, tombées aux mains des rebelles du M23 depuis le début du mois de décembre. © SOS Médias Burundi
Plusieurs Congolais restent bloqués au Burundi après la prise d’Uvira et d’autres cités et localités de la plaine de la Rusizi, tombées aux mains des rebelles du M23 depuis le début du mois de décembre. © SOS Médias Burundi

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, contrôle plusieurs localités stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le mouvement est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par l’ancien président de la CENI congolaise, Corneille Nangaa, qui plaide pour un État fédéral en RDC. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Le Burundi, pour sa part, a déployé plus de 10 000 soldats en RDC depuis 2023 pour soutenir les FARDC, l’armée loyaliste du Congo, et les milices locales Wazalendo, contribuant à la complexité de la situation.

Dans ce contexte, les routes traditionnelles d’approvisionnement, de commerce et de passage des personnes entre Uvira et Bujumbura sont interrompues, exacerbant les crises humanitaires et sécuritaires des deux côtés de la frontière. La fermeture de Gatumba illustre l’ampleur de l’impact régional des combats et la difficulté pour le Burundi de gérer simultanément la sécurité nationale et l’afflux massif de personnes fuyant les violences.

Les autorités burundaises ont fermé les frontières terrestres avec la RDC depuis le 10 décembre, poussant plusieurs Congolais à rester coincés sur Bujumbura.

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Photo : des conducteurs de taxis-vélos burundais tentent de poursuivre leurs activités quotidiennes dans une rue d’Uvira, dans l’est de la RDC, quelques jours après la prise de la ville par le M23, sur fond de tensions sécuritaires persistantes. ©SOS Médias Burundi

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