Mahama pleure Léonard Ngendakumana, défenseur des réfugiés et entraîneur emblématique
SOS Médias Burundi
Mahama, 18 décembre 2025 – Réfugié burundais depuis la crise de 2015, déclenchée par le troisième mandat controversé du feu président Pierre Nkurunziza, Léonard Ngendakumana, originaire de Muramvya – aujourd’hui intégrée à Gitega avec le nouveau découpage administratif en vigueur depuis les législatives de juin dernier – s’est éteint, laissant derrière lui un héritage de dévouement et de résilience.
Un leader au service des réfugiés
Léonard Ngendakumana rejoint le camp de Mahama dès ses débuts. « Je connais Mahama depuis sa construction. Je me souviens des tentes, du froid, de la pluie, des maladies et des accouchements en pleine rue avant que le camp ne se développe », racontait-il en 2020, se réjouissant de voir les avenues tracées et le camp s’organiser. « Le camp s’est développé sous mes yeux », ajoutait-il.
Rapidement, il devient leader du camp, s’attachant à instaurer l’ordre et à encadrer la jeunesse : « On a réorganisé le camp, instauré l’ordre, surtout auprès des jeunes », expliquait-il.

Voix des sans voix, il plaide pour l’amélioration des conditions de vie, notamment sur le plan médical, l’eau, l’assainissement et l’encadrement des jeunes. Ses prises de position lui valent parfois des critiques, certains le considérant comme « un élément gênant ». Pourtant, il demeure un interlocuteur clé pour les médias et les activistes souhaitant rendre compte de la vie au camp.
En 2016, il est remplacé à la tête du camp mais continue de jouer un rôle influent au sein du comité des réfugiés.
Coach et promoteur de l’athlétisme
Surnommé « Coach » par de nombreux jeunes, Léonard Ngendakumana entraîne l’athlétisme depuis sa province natale de Muramvya avant sa fuite. Il exporte ce talent au camp de Mahama, où il forme plusieurs générations d’athlètes.

« Il est coach à vie. Il est la raison de notre fierté athlétique ici à Mahama. Nous avons participé à de nombreuses compétitions locales, nationales et internationales grâce à lui », témoigne un athlète formé par Léonard.
Son mot d’ordre : « Persévérance. Résilience. Exploit à tout prix ». Malgré les obstacles, il plaide auprès des autorités rwandaises et de la fédération nationale d’athlétisme pour soutenir ses athlètes. Ses efforts portent leurs fruits en 2023, lorsque plusieurs jeunes participent au Marathon de la Paix avec un accompagnement officiel.
Une bataille contre la maladie
Sa santé commence à décliner en avril 2025, avec de violentes douleurs au flanc droit. En juin, un scanner révèle une tumeur thoracique, présentant un risque d’évolution cancéreuse. Les examens ultérieurs confirment un cancer du foie.
Face au coût élevé des soins – près de 15 millions de francs rwandais – et au refus du HCR de prendre en charge la majorité des frais, il lance un appel aux personnes de bonne volonté et au gouvernement rwandais. « Où trouver cette somme colossale alors que je suis démuni, vulnérable, pauvre réfugié vivant grâce à l’assurance alimentaire du HCR ? Ils signent ma mort », déplore-t-il.
Il subit une dépendance à la morphine pour soulager ses douleurs, tout en continuant de sensibiliser la communauté sur sa situation et à mobiliser des fonds pour son traitement.
Un dernier hommage
Léonard Ngendakumana s’éteint dimanche matin 14 décembre 2025, laissant derrière lui une grande famille de huit membres vivant au camp de Mahama. Il a été inhumé le mardi 16 décembre 2025 dans le district de Kirehe, à l’Est du Rwanda.
Par son engagement, son courage et son dévouement, Léonard Ngendakumana reste une voix des sans voix, un modèle pour la jeunesse et un symbole de résilience pour tous les réfugiés.
__________________________________________
Photo : en lunettes, feu Léonard Ngendakumana pose avec ses athlètes lors d’une compétition au Rwanda. ©SOS Médias Burundi
You might also like
Kakuma (Kenya) : sit-in dans le camp pour dénoncer la mauvaise gestion de l’état civil
Une cinquantaine de femmes ont fait un sit-in devant le bureau du président du camp le weekend dernier. Elles voulaient exprimer leur mécontentement face à la corruption qui est exigée
Malawi : vers la délocalisation du camp de Dzaleka
Une réunion de haut niveau entre le HCR et le gouvernement du Malawi s’est tenue pour prendre des mesures concrètes concernant la relocalisation des réfugiés du camp de Dzaleka. Les
Nduta ( Tanzanie): près de 6500 enfants ont abandonné l’école au cours des 5 derniers mois suite aux menaces de rapatriement forcé
Au total, ils sont 6450 élèves et écoliers de l’école fondamentale à avoir abandonné l’école au cours des 5 derniers mois. Les chiffres ont été répertoriés par International Rescue Committee
