#PinceauSansFiltre : l’armée burundaise en RDC – entre enjeux sécuritaires et dérives mercantiles
Uvira est tombée ! Il y a presque deux semaines, alors que l’AFC/M23 progressait de ville en ville en RDC, une étrange effervescence régnait à Bujumbura, la capitale économique du Burundi. À entendre les débats passionnés, on aurait cru qu’Uvira, cité clé du Sud-Kivu, était devenue une province burundaise. Certains « patriotes » autoproclamés affirmaient, avec une certitude déconcertante, que la ville ne tomberait jamais aux mains du M23. Mais au-delà des incantations, la réalité du terrain est sombre. Les rebelles ont annoncé leur retrait de la ville, mais les forces loyalistes et leurs alliés ne sont pas encore revenus à Uvira depuis le 18 décembre, jour du retrait total des rebelles. Le destin de cette ville congolaise semble désormais indissociable de la sécurité nationale du Burundi.
Une économie de guerre au détriment de la troupe
Il y a trois ans encore, le café et le thé étaient les piliers de notre économie. Aujourd’hui, une nouvelle « industrie » captive l’élite : la guerre. Le champ de bataille congolais est devenu le terrain de prédilection de jeunes hommes envoyés malgré eux dans un conflit inter-congolais. Une guerre qui s’apparente à la nouvelle vache laitière de certains dirigeants burundais.
Depuis trois ans, les éléments de la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) sont déployés dans le brasier du Congo. Alignés aux côtés des FARDC, des milices Wazalendo et, selon plusieurs sources, de nébuleuses alliances avec les FDLR, leur mission officielle est de stopper le M23. Mais de nombreux critiques dénoncent une « dollarisation » du conflit. Là où le pays comptait autrefois sur ses exportations de thé et de café, il semble aujourd’hui tirer profit de l’exportation de sa force militaire. Ce mercantilisme de défense profite davantage à une élite politique et militaire qu’à la sécurité régionale.
Sur le terrain, le coût humain est lourd. Les soldats burundais, souvent jeunes et peu préparés à la complexité de cette guerre asymétrique, se retrouvent en première ligne. Les témoignages de captures et de pertes humaines se multiplient, contrastant violemment avec les discours officiels.
Alors que la guerre s’enlise, le constat est amer : derrière les symboles de souveraineté et les tambours de guerre, le conflit congolais devient une entreprise lucrative pour certains dirigeants, laissant les soldats payer le prix fort. Si le tambour de la fierté patriotique résonne à Bujumbura, il couvre surtout le bruit des billets verts qui circulent dans les hautes sphères, engraissant une oligarchie sur le dos des militaires.
À la prochaine !
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