Cibitoke : détenus entassés, malades et abandonnés par les autorités

Cibitoke : détenus entassés, malades et abandonnés par les autorités

SOS Médias Burundi

Cibitoke, 30 janvier 2026 – Le cachot du commissariat de police de Cibitoke, dans la province de Bujumbura, à l’ouest du Burundi, est confronté à une surpopulation carcérale alarmante. Au total, 179 détenus, dont 18 mineurs, y sont entassés depuis plus d’un mois, partageant les mêmes cellules que les adultes dans des conditions jugées inhumaines.

Des conditions de détention intenables

Selon des sources policières, la surveillance des détenus devient quasi impossible en raison de leur nombre excessif. Faute d’espace, certains doivent s’asseoir les uns sur les autres, tandis que d’autres passent la nuit debout ou à proximité des fenêtres des cellules.

Cette situation est aggravée par le transfert continu de suspects depuis les communes voisines, sans solution durable pour leur prise en charge. Les détenus sont ensuite, dans un premier temps, envoyés vers la prison centrale de Bujumbura, dans la capitale économique Bujumbura, dite Mpimba, mais faute de véhicules et de carburant, le transfert est souvent retardé, contribuant à l’encombrement du cachot.

Détenus privés de justice et de soins

Plusieurs détenus dénoncent des détentions prolongées sans jugement. L’un d’eux affirme être incarcéré depuis trois mois pour une dette de 150 000 francs burundais, malgré son engagement à rembourser au niveau communal. Aujourd’hui gravement malade, il n’a aucun accès aux soins médicaux.

D’autres déclarent ne jamais voir de magistrats. Selon eux, seuls ceux disposant de relations ou de moyens financiers parviennent à être présentés devant la justice, tandis que les autres restent oubliés. Les détenus réclament que les procès soient organisés rapidement et que les personnes déjà condamnées soient transférées vers Mpimba afin de désengorger le cachot.

Accusations de corruption et pratiques illégales

Certains détenus dénoncent des paiements illégaux dès l’arrivée au cachot. Un nouveau détenu devrait verser une somme dite de « bougie » pouvant atteindre 100 000 francs burundais, dont 20 000 francs reviendraient aux policiers chargés de la surveillance. Officiellement destinée à l’alimentation des détenus, cette somme profiterait en réalité aux responsables du cachot.

Les visiteurs seraient également contraints de payer 2 000 francs par heure, avec des frais supplémentaires en cas de dépassement, une pratique jugée abusivement humiliante.

Malades sans assistance et appel au changement

Les détenus dénoncent le refus fréquent de transfert vers les hôpitaux, malgré leur droit à des soins médicaux. Ils demandent une rotation régulière des policiers affectés au cachot, estimant que les longues affectations favorisent les abus et la corruption.

Réaction des autorités

Le procureur du parquet de Cibitoke reconnaît que la surpopulation est parfois due aux transferts depuis les communes et cite le manque de véhicules et de carburant pour acheminer les détenus déjà condamnés vers Mpimba.

Concernant les accusations de corruption, il les dément formellement, affirmant n’avoir reçu aucune plainte officielle, et appelle à l’ouverture d’enquêtes formelles en cas de dénonciations.

La majorité des détenus sont poursuivis pour vols qualifiés, abus de confiance, viols, meurtres, ainsi que pour le transport frauduleux de marchandises en RDC et le passage illégal de ressortissants congolais via la rivière Rusizi.

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Photo : deux femmes se tiennent près d’une rue principale au chef-lieu de Cibitoke, où familles et détenus dénoncent des conditions de détention jugées inhumaines. ©SOS Médias Burundi

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