Burundi–RDC : la frontière Gatumba–Kavimvira reste fermée, l’espoir s’effondre

Burundi–RDC : la frontière Gatumba–Kavimvira reste fermée, l’espoir s’effondre

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 2 février 2026 – Les espoirs de nombreux Congolais et Burundais, qui attendaient la réouverture du poste frontalier de Gatumba–Kavimvira, ont été brutalement douchés. Les autorités burundaises ont annoncé le maintien de la fermeture de cette frontière stratégique avec la République démocratique du Congo (RDC), invoquant la persistance de graves menaces sécuritaires à l’est de la RDC.

L’annonce a été faite lors d’une réunion du ministère des Relations extérieures et de la Coopération internationale, tenue à Bujumbura, en présence des représentants des pays partenaires et des organisations internationales accréditées au Burundi. À cette occasion, le ministre burundais des Relations extérieures et de la Coopération internationale, Édouard Bizimana, a déclaré que la frontière burundo-congolaise restera fermée jusqu’à nouvel ordre.

S’exprimant sur la situation sécuritaire à l’est de la RDC, le chef de la diplomatie burundaise a affirmé que le M23 ment en déclarant s’être retiré de la ville d’Uvira. Selon lui, ce retrait apparent masquerait une stratégie de regroupement et de repositionnement des combattants.

« Par conséquent, ceux qui annoncent la réouverture imminente de la frontière diffusent des informations totalement infondées », a-t-il déclaré.

Le ministre Édouard Bizimana a également évoqué la présence de groupes armés burundais opérant en RDC, notamment Red-Tabara et des éléments des Forces nationales de libération (FNL) du général autoproclamé Aloys Nzabampema. Ces groupes auraient été signalés à proximité de la frontière burundaise, dans la plaine de la Rusizi, suscitant de vives inquiétudes sécuritaires. Les autorités disent vouloir évaluer minutieusement les risques, après avoir constaté des tentatives d’infiltration de personnes armées cherchant à entrer au Burundi.

Une promesse déçue

Cette déclaration intervient quelques jours après une annonce très attendue du gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi. Le vendredi précédent, après avoir traversé la frontière, ce dernier avait assuré, lors d’échanges avec la population à Uvira — chef-lieu provisoire de la province — que la frontière burundo-congolaise serait rouverte dans un délai de deux à trois jours, soit au plus tard le 30 janvier 2026.

Cette promesse avait suscité un immense soulagement parmi les Congolais bloqués au Burundi, les réfugiés ayant fui les violences et vivant dans des conditions humanitaires extrêmement précaires, ainsi que les acteurs économiques dont les activités transfrontalières sont paralysées.

À Bujumbura, Aimé, Congolais bloqué depuis plusieurs semaines, confie sa déception :

« J’avais déjà préparé mes affaires pour rentrer à Uvira. Ma famille m’y attend. Quand on nous a annoncé la réouverture, j’ai repris espoir. Aujourd’hui, ce message m’a complètement abattu. Nous demandons au moins qu’on laisse passer ceux qui veulent rentrer chez eux. »

Comme lui, des centaines de Congolais restent coincés au Burundi pour des raisons de commerce, d’études ou de soins médicaux, sans visibilité sur leur retour.

Un groupe de réfugiés congolais du camp de Busuma, à l’est du Burundi, s’aventure loin de leur site pour chercher de l’eau dans une localité voisine. © SOS Médias Burundi

L’alerte du HCR

Lors de la même réunion, la représentante du HCR au Burundi, Brigitte Mkanga-Eno, a tiré la sonnette d’alarme sur le déficit de financements humanitaires. Sur les 33 millions de dollars nécessaires pour répondre aux besoins urgents, seuls 6 millions ont été mobilisés à ce jour.

« Ce montant est largement insuffisant, notamment pour les soins de santé, l’hygiène et l’accès à l’eau potable », a-t-elle souligné.

Musa, réfugié congolais arrivé le 8 décembre 2025, décrit un quotidien marqué par la détresse :

« Nous vivons dans la faim et des abris précaires. Nous avions recommencé à espérer après les annonces à Uvira. Aujourd’hui, la déception est totale. »

Un contexte régional explosif

La frontière Gatumba–Kavimvira a été fermée le 10 décembre 2025, après la chute d’Uvira aux mains du M23. Majoritairement composé de Tutsi congolais, le M23 est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI). La coalition contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, ainsi que des zones minières clés, notamment le site de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde, fournissant une part significative du tantale utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies. L’AFC plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.

Depuis décembre 2025, le Burundi a accueilli plus de 100 000 réfugiés congolais, tandis que d’autres Congolais sont restés bloqués sur son territoire. Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur consulté par SOS Médias Burundi, la petite nation de l’Afrique de l’Est a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025, pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo. Une partie des troupes a été rapatriée en décembre 2025, avant un nouveau redéploiement.

Des réfugiés congolais du camp de Busuma attendent la livraison de l’aide humanitaire, janvier 2026. © SOS Médias Burundi

La coalition anti-M23 comprend également les FDLR, accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda reproche au Burundi et à la RDC leur soutien aux FDLR. Un rapport du Groupe d’experts des Nations unies fait état de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23, bien que Kigali rejette ces accusations.

Malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, les affrontements se poursuivent sur le terrain. Le Burundi, signataire en tant qu’observateur, y était représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

Dans ce climat d’instabilité sécuritaire et de pression humanitaire croissante, la réouverture de la frontière Gatumba–Kavimvira demeure suspendue, laissant des milliers de personnes dans l’attente, l’angoisse et l’incertitude.

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Photo : La frontière burundo-congolaise de Gatumba reste fermée depuis le 10 décembre 2025, après la chute d’Uvira face aux rebelles du M23, perturbant le passage des personnes et des marchandises. © SOS Médias Burundi

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