RDC (Lusenda) : enseignants burundais sans salaire depuis six mois, l’école au bord du chaos
SOS Médias Burundi
Lusenda, Sud-Kivu | 18 février 2026 – Dans le camp de réfugiés burundais de Lusenda, situé sur le territoire de Fizi en province du Sud-Kivu et abritant plus de 30 000 réfugiés, les enseignants chargés d’instruire les enfants burundais cumulent aujourd’hui plus de six mois sans salaire de la part du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Cette situation menace gravement un système éducatif déjà sous pression et risque de compromettre l’avenir scolaire des enfants.
Des enseignants contraints de quitter les classes
Face à l’absence prolongée de rémunération, plusieurs enseignants, jusque-là payés par le HCR, ont dû abandonner leurs classes. Certains se sont reconvertis dans de petites activités commerciales, d’autres se sont tournés vers l’agriculture ou la maçonnerie pour subvenir aux besoins de leurs familles.
« Nous ne pouvons pas continuer à travailler pendant des mois sans être payés. Nous avons aussi des familles à nourrir », confie un enseignant sous couvert d’anonymat.
Selon des sources locales, cette interruption de paiement serait liée à une crise financière traversée par l’agence onusienne, affectant plusieurs programmes d’assistance dans la région.
Des classes surchargées, jusqu’à 150 élèves
Dans plusieurs écoles primaires accueillant des enfants réfugiés – notamment l’EP Isungu, l’EP Zawadi, l’EP Katungulu et l’EP Kahunga – la situation est devenue critique. Les élèves burundais sont désormais encadrés en grande partie par des enseignants congolais rémunérés par l’État.
À l’EP Isungu, un enseignant explique que, faute de personnel suffisant, trois classes ont été regroupées en une seule.
« Nous sommes très fatigués, car dans une classe il y a plus de 150 élèves. Si le HCR a les moyens, qu’il paie les enseignants afin que nous puissions répartir les élèves correctement », plaide-t-il.
Dans ces conditions, assurer un suivi pédagogique adéquat relève du défi. Les enseignants évoquent des difficultés à corriger les exercices, maintenir la discipline et accompagner individuellement les élèves en difficulté.
Parents et élèves inquiets pour l’avenir
Au sein du camp de Lusenda, plusieurs parents redoutent une baisse significative de la qualité de l’enseignement. Avec des effectifs aussi élevés par classe, l’apprentissage devient difficile.
« Imagine étudier dans une classe de 150 élèves, qu’est-ce que tu peux apprendre ? Au lieu de perdre notre temps, il vaut mieux aller chercher de l’argent », déplore un élève qui envisage d’abandonner l’école.
Certains enfants ont déjà quitté les bancs de l’école. D’après des témoignages, quelques-uns se rendent vers la province du Tanganyika pour aider des pêcheurs et contribuer aux revenus familiaux.
Un appel à une solution urgente
La situation à Lusenda met en lumière la vulnérabilité des systèmes éducatifs dans les camps de réfugiés, largement dépendants des financements internationaux. Sans reprise rapide du paiement des enseignants par le HCR, les acteurs locaux craignent une déscolarisation massive et des conséquences durables sur l’avenir de milliers d’enfants réfugiés burundais.
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Photo : des enfants issus de familles réfugiées burundaises sur une plage à Lusenda. Plusieurs ont déjà abandonné l’école face à la crise éducative. © SOS Médias Burundi
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