Burundi : l’école publique saignée par le départ massif des enseignants
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 25 février 2026 – Le système éducatif de la petite nation de l’Afrique de l’Est traverse une crise sans précédent. Entre août 2025 et janvier 2026, plus de 1 800 enseignants du secondaire ont quitté leur poste, selon des chiffres révélés par le ministre de l’Éducation, François Havyarimana, lors d’une synergie des médias consacrée à l’évaluation des 14 années de mise en œuvre du système d’éducation fondamentale.
Parmi ces départs, près de 700 enseignants auraient abandonné la profession pour chercher un emploi mieux rémunéré à l’étranger, illustrant le malaise profond d’un corps enseignant confronté à des conditions salariales jugées insuffisantes face à l’inflation et à la flambée du coût de la vie.
Une fuite des compétences
La situation est également préoccupante dans l’enseignement supérieur. Depuis 2020, 47 enseignants titulaires d’un doctorat ont quitté le pays ou leurs fonctions universitaires pour aller travailler à l’étranger ou dans d’autres institutions, a précisé le ministre.
Une perte significative pour le Burundi, qui a investi d’importantes ressources dans la formation de ces cadres hautement qualifiés. « Ce sont des compétences que nous perdons après avoir beaucoup investi dans leur formation », a regretté François Havyarimana.
Salaires insuffisants et contexte économique difficile
Le ministre reconnaît que l’insuffisance salariale figure parmi les principales causes de ces départs. Mais il invoque également un contexte économique mondial défavorable. La pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine et d’autres crises internationales ont fragilisé l’économie nationale, entraînant une hausse des prix des produits importés. Dans un contexte de dépréciation de la monnaie locale, de nombreux fonctionnaires peinent à maintenir leur pouvoir d’achat.
Des experts du secteur éducatif dénoncent cette situation et plaident pour une revalorisation salariale urgente afin de stabiliser le personnel enseignant. François Havyarimana admet la nécessité d’un ajustement, mais précise que les ressources financières actuelles ne permettent pas d’augmenter les salaires d’un seul corps de métier. Toute réforme, dans le cadre de la politique d’harmonisation des disparités salariales dans la fonction publique, devrait concerner l’ensemble des fonctionnaires.

Un enseignant en pleine séance dans une salle de classe au Burundi. La fuite des enseignants met à mal le système éducatif du pays © SOS Médias Burundi
Remplacements et mesures annoncées
Concernant le secondaire, le ministre se veut rassurant : les enseignants partis seront remplacés. Mais cette tâche pourrait s’avérer plus complexe dans les universités, où les profils spécialisés restent rares.
Il a par ailleurs annoncé que les enseignants à statut spécial, notamment ceux de l’Université du Burundi, devraient être prochainement régularisés.
Pour le gouvernement, la solution durable réside dans l’augmentation de la production nationale afin de renforcer les capacités financières de l’État. Mais pour de nombreux enseignants et experts, ces mesures restent insuffisantes face à l’exode massif et à la fragilisation d’un système éducatif déjà en difficulté.
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Photo : Deux institutrices dans une classe très bondée à l’école fondamentale Karurama I, commune de Cibitoke, septembre 2025 © SOS Médias Burundi
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