Burundi : le droit à l’éducation piétiné à Ruyigi, les enfants rapatriés laissés pour compte

Burundi : le droit à l’éducation piétiné à Ruyigi, les enfants rapatriés laissés pour compte

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 6 avril 2026 — Les enfants de rapatriés burundais en provenance de Tanzanie sont privés d’accès à l’éducation dans la commune de Ruyigi, province de Buhumuza, à l’est du Burundi. Les responsables scolaires refusent de les inscrire en pleine année scolaire, alors que les examens du deuxième trimestre étaient en cours, suscitant une vive inquiétude parmi les parents.

Selon un enseignant d’une école primaire du chef-lieu de la commune, qui a souhaité garder l’anonymat, le directeur communal de l’enseignement a informé les parents qu’il est impossible d’inscrire leurs enfants à ce stade de l’année. Les autorités éducatives justifient cette décision en expliquant que l’année scolaire est trop avancée et que le trimestre restant ne permet pas une intégration efficace.

Les parents doivent également présenter des documents prouvant que leurs enfants étaient en exil avant leur retour au Burundi. Les responsables scolaires mettent en avant les différences entre les programmes tanzaniens et burundais comme un obstacle supplémentaire à l’inscription immédiate.

Une population sous pression

Du côté des parents, l’inquiétude est immense. Privés d’école, les enfants risquent l’oisiveté et pourraient être exposés à des comportements à risque, notamment la délinquance. La commune de Ruyigi, proche de la frontière tanzanienne, a accueilli des milliers de rapatriés depuis l’année dernière, accentuant la pression sur des infrastructures scolaires déjà limitées.

Cette situation survient alors que les réfugiés burundais installés en Tanzanie subissent pressions, harcèlements, emprisonnements ou enlèvements pour les contraindre au rapatriement, que certains qualifient de « forcé ». Initialement prévus pour fermer respectivement le 31 mars et le 30 juin, les camps de Nduta et Nyarugusu ont récemment bénéficié d’un mois de prolongation, ont annoncé les gouvernements burundais et tanzanien ainsi que le HCR. Sur le terrain, les exactions continuent, avec des maisons et infrastructures démolies.

Le porte-parole du ministère burundais de l’Intérieur et de la Sécurité, Pierre Nkurikiye, a indiqué que plus de 60 000 Burundais étaient rentrés depuis le début de l’année. Ces rapatriés arrivent dans un contexte de pressions budgétaires persistantes : la prise en charge des plus de 200 000 réfugiés congolais déjà présents reste insuffisante, et la population locale vit dans une pauvreté extrême, aggravée par la crise du carburant, la dépréciation de la monnaie burundaise, la hausse généralisée des prix et la mauvaise récolte liée au manque d’intrants agricoles importés avec les devises rares.

Il y a quelques mois, le HCR-Burundi, la CNIDH (Commission nationale indépendante des droits de l’homme) et plusieurs élus avaient alerté sur l’impossibilité pour le Burundi d’accueillir un flux aussi massif de réfugiés en si peu de temps.

Une urgence éducative et humanitaire

Pour les enfants rapatriés de Ruyigi, chaque jour perdu à l’école représente un risque supplémentaire d’exclusion sociale et de marginalisation. Les parents lancent un appel pressant aux autorités et aux organisations internationales pour qu’une solution rapide soit trouvée, afin que leurs enfants puissent bénéficier d’un droit fondamental : l’éducation.

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Photo : plusieurs femmes et enfants accueillis à la frontière burundo-tanzanienne dans la province de Buhumuza. En commune de Ruyigi, les enfants rapatriés sont privés d’inscription scolaire. ©SOS Médias Burundi

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