RDC (Bijombo) : les civils Banyamulenge traqués, des milliers de déplacés dans une nouvelle spirale de violences
SOS Médias Burundi
Bukavu, 6 avril 2026 — La situation sécuritaire se détériore rapidement dans le groupement de Bijombo, situé dans le territoire d’Uvira, province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Depuis plusieurs jours, des affrontements opposent plusieurs groupes armés et armées loyalistes, provoquant le déplacement de milliers de civils.
Les localités de Muramvya, Masata, Nyakirango, Irango et Kajembwe figurent parmi les zones les plus touchées par ces violences. Selon des témoignages recueillis auprès d’habitants, les combats impliquent les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par des éléments de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), les milices Wazalendo entretenues par Kinshasa ainsi que les combattants du groupe Gumino, contre les combattants de Twirwaneho, affiliés au M23.
Les groupes armés Twirwaneho et Gumino sont tous deux composés de membres de la communauté Banyamulenge, mais s’opposent dans ce conflit.
D’après plusieurs sources locales, les offensives proviendraient notamment des zones de Mitamba, Kafinda et Masango, dans le secteur de Bijige, ainsi que de Kajembwe. Les affrontements se sont intensifiés depuis le vendredi 3 avril 2026.
Une population prise au piège
Sur le terrain, la situation humanitaire est alarmante. Les civils, pris au piège des combats, fuient dans la panique.
« Certains habitants se cachent dans les broussailles, d’autres ont fui vers les forêts, tandis que plusieurs se sont réfugiés dans des églises à Masoro et Gahuna. Nous fuyons parce que les Wazalendo menacent les civils et pillent notre bétail », témoigne Yohana, un habitant du village de Muramvya.
Les populations Banyamulenge de Bijombo redoutent une répétition des violences qui ont déjà ravagé la région entre 2018 et 2022, impliquant notamment les combattants de RED-Tabara, un groupe armé d’origine burundaise, les miliciens Maï-Maï ainsi que les FARDC.

Un village brûlé à Fizi par les miliciens Wazalendo, dans une zone de combats impliquant la FDNB et Twirwaneho. © SOS Médias Burundi
Crainte de crimes de guerre
Face à l’escalade, des habitants appellent les organisations internationales de défense des droits humains à ouvrir des enquêtes sur de possibles crimes de guerre commis dans la région, notamment à Bijombo et à Minembwe.
« À Minembwe, des civils seraient tués à l’aide de drones, le bétail abattu, les maisons incendiées et les cultures détruites. Ici à Bijombo, nous craignons le même scénario », alertent-ils.
Par ailleurs, plusieurs rapports d’organisations indépendantes accusent certaines forces engagées, notamment les FARDC, les troupes burundaises et les Wazalendo, d’avoir ciblé des civils Banyamulenge lors d’attaques récentes à Minembwe.
Manifestations et contestations à l’étranger
Une association de droit américain, Mahoro Peace Association, regroupant des membres de la communauté Banyamulenge, a organisé des manifestations en novembre et décembre 2025 aux États-Unis et au Canada. L’organisation a plaidé auprès d’élus américains, dénonçant « les abus de l’armée burundaise » et réclamant le retrait des troupes burundaises de la RDC.
Le porte-parole de l’armée burundaise, le général de brigade Gaspard Baratuza, a reconnu sur la BBC que des Banyamulenge se trouvent bloqués dans des zones « où se trouve l’ennemi » :
« C’est compréhensible que ceux qui vont acheter des vivres pour l’ennemi soient bloqués. »

Des femmes et des hommes manifestent contre les violences et les tueries à Minembwe. © DR/SOS Médias Burundi
Un conflit à dimension régionale
Ces affrontements s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement tendu. Réactivé fin 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI).
Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord- et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements mondiaux de coltan, essentiel à l’industrie électronique.
Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025, dont environ 10 000 seraient encore présents sur le terrain.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda rejette ces accusations et affirme que la RDC et le Burundi apportent un appui aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
Malgré la signature de l’accord de Washington le 4 décembre 2025, sous médiation américaine — auquel le Burundi a participé en tant qu’observateur — les combats se poursuivent sur le terrain. En dépit des démentis de Kigali, un rapport d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles de l’AFC/M23, une affirmation fermement contestée par les autorités rwandaises.
Une crise qui s’enlise
Pris entre plusieurs forces armées, les civils Banyamulenge de Bijombo paient une nouvelle fois le prix fort d’un conflit qui les dépasse. Sans protection effective ni réponse internationale à la hauteur, la région risque de replonger durablement dans un cycle de violences, où les populations deviennent les premières cibles et les oubliées d’une guerre aux enjeux régionaux explosifs.
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Photo : Des femmes et enfants de la communauté Banyamulenge déplacés par la guerre dans le Sud-Kivu © SOS Médias Burundi
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