Mikenge : combats meurtriers entre les FARDC, la FDNB et les rebelles – la population prise au piège

Mikenge : combats meurtriers entre les FARDC, la FDNB et les rebelles – la population prise au piège

SOS Médias Burundi

Mikenge, 2 mars 2026— Le centre de Mikenge, situé dans le secteur d’Itombwe, territoire de Mwenga, dans la province du Sud-Kivu à l’est de la République démocratique du Congo, a été repris ce dimanche par les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les miliciens Wazalendo. Ce centre, resté sous le contrôle des combattants Twirwaneho de la minorité Banyamulenge et des rebelles du M23 pendant plus d’une année, représente un point stratégique pour le contrôle territorial et les axes de ravitaillement vers Minembwe.

Cette reprise survient après de violents affrontements qui ont provoqué des déplacements massifs de civils et exacerbé la situation humanitaire déjà fragile dans la région.

Une présence militaire confirmée au centre-ville

Selon des sources locales, les FARDC, la FDNB et les miliciens Wazalendo contrôlent désormais les points stratégiques du centre de Mikenge, notamment l’hôpital général. Cependant, des éléments Twirwaneho resteraient positionnés aux alentours, laissant craindre d’éventuelles contre-offensives ou une résurgence des combats.

Déplacement massif de civils vers Minembwe

La reprise de Mikenge a provoqué un mouvement massif de population. Les déplacés de guerre qui vivaient dans le camp de Mikenge ont fui vers Minembwe, emportant leurs biens et leurs troupeaux.

Des femmes de la communauté Banyamulenge manifestent, pancartes à la main, contre le blocus imposé par l’armée burundaise, le 4 novembre 2025.©DR/ SOS Médias Burundi

Plusieurs témoins signalent des conditions humanitaires préoccupantes le long de l’axe, marqué par un manque d’abris, de vivres et de soins médicaux pour ces familles déjà fragilisées par des années d’insécurité.

Combats signalés dans les environs de Minembwe

Alors que Mikenge vient d’être repris, des affrontements ont également été signalés ce dimanche dans plusieurs villages de Minembwe, notamment Bidegu, Ilundu, Rugezi, Kalingi, Kalongi et Kakenge. Les FARDC, la FDNB et les miliciens Wazalendo auraient lancé des offensives mais auraient été repoussés par les combattants Twirwaneho et le M23. La situation reste volatile dans cette partie des hauts plateaux du Sud-Kivu, une zone habitée majoritairement par la minorité Banyamulenge.

Contexte régional : une guerre de plus en plus régionalisée

Sur le plan régional, l’engagement burundais dans l’est de la RDC est massif et controversé. Selon un rapport interne consulté par SOS Médias Burundi, l’armée burundaise a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais entre août 2022 et décembre 2025. Après des revers face aux offensives du M23, un retrait partiel avait été amorcé, suivi d’un redéploiement progressif, maintenant l’engagement burundais dans un conflit de plus en plus régionalisé.

À Bujumbura, la capitale économique du Burundi, l’hôpital militaire de Kamenge a reçu plusieurs dizaines de soldats burundais blessés lors des combats autour de Minembwe—Fizi et Mwenga. Les affrontements impliquent également Twirwaneho, allié stratégique du M23. Des frappes de drones et des attaques terrestres ont fait de nombreuses victimes parmi les forces burundaises et congolaises.

À l’appel de l’association Mahoro Peace Association, des membres de la communauté Banyamulenge manifestent dans l’État de l’Indiana (États-Unis), pour dénoncer le blocus militaire qui prive les civils de Minembwe de nourriture et de soins, décembre 2025.©DR/SOS Médias Burundi

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23. Le Rwanda, de son côté, reproche au Burundi et à la RDC leur appui aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais impliqué dans le génocide des Tutsis de 1994. Malgré les démentis répétés du Rwanda, un rapport du Groupe d’experts des Nations-Unies a confirmé en décembre 2025 la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23. Kigali qualifie ce rapport d’« imposture ».

Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi
Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi

Le M23 est aujourd’hui affilié à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la CENI ( Commission électorale nationale indépendante). Cette coalition contrôle des zones stratégiques, dont la zone minière de Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, essentiel à l’industrie électronique mondiale.

Malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre Kigali et Kinshasa, les hostilités se poursuivent. Officiellement silencieuses sur les pertes, les autorités burundaises n’ont, à ce jour, fourni aucun bilan des soldats tombés au front. Sur le terrain, la guerre continue de faire des morts.

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Photo : une partie de Mikenge secouée par les combats entre forces gouvernementales et rebelles, entraînant déplacements et inquiétude parmi la population.© SOS Médias Burundi

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