Goma se soulève contre les bombardements de civils après la mort d’une humanitaire française
SOS Médias Burundi
Goma, 13 mars 2026 — Des milliers d’habitants de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo, ont participé jeudi à une vaste marche pacifique pour dénoncer les bombardements visant des zones civiles et appeler au respect du cessez-le-feu dans la région.
Organisée à l’appel de la société civile locale, la manifestation intervient au lendemain d’une attaque par drones qui a frappé un quartier résidentiel de la ville à l’aube du mercredi 11 mars, causant la mort de plusieurs civils, dont une humanitaire française travaillant pour UNICEF.
Une marée humaine dans les rues de Goma
Dès les premières heures de la matinée, d’importantes foules ont convergé depuis plusieurs quartiers de la ville, notamment les axes Aéroport–Birere rond-point, Mugunga, Ndosho, Entrée Président, Kihisi, Majengo, Deux Lampes et Instigo.
Les cortèges ont progressivement rejoint le rond-point Signers, formant une marée humaine composée d’hommes, de femmes et de jeunes venus des 18 quartiers de la ville ainsi que du territoire voisin de Nyiragongo.
Munis de pancartes et de banderoles, les manifestants ont dénoncé ce qu’ils qualifient de bombardements indiscriminés contre les populations civiles.
Plusieurs slogans étaient visibles dans la foule :
« Non aux bombardements aveugles contre les civils »
« Respect du cessez-le-feu »
« Protégez les populations innocentes »
Dans une atmosphère déterminée mais pacifique, les manifestants ont entonné des chants et scandé des slogans appelant à la fin des violences dans l’est du pays.
Un mémorandum remis à la MONUSCO
Après leur rassemblement au rond-point Signers, les manifestants ont poursuivi leur marche vers le quartier général de la mission des Nations unies en RDC, la MONUSCO.
Lire aussi :
Sur place, les représentants de la société civile ont procédé à la lecture publique d’un mémorandum avant de le remettre aux responsables de la mission onusienne.
Dans ce document, les organisateurs réclament notamment :
la protection urgente des populations civiles dans l’est du pays ;
l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les bombardements signalés ;
une pression accrue de la communauté internationale afin de faire respecter les engagements du cessez-le-feu.
Les manifestants ont également appelé les Nations unies à jouer un rôle plus actif dans la prévention des attaques visant des zones habitées.
Des accusations contre Kinshasa
Au cours de la marche, plusieurs intervenants ont accusé le gouvernement de Kinshasa d’être responsable de frappes de drones ayant ciblé des quartiers habités de Goma.
Selon les organisateurs, l’utilisation de drones armés dans des zones densément peuplées constituerait une violation grave du droit international humanitaire.

Certains participants ont également appelé la Cour pénale internationale (CPI) à examiner la responsabilité du président congolais Félix Tshisekedi pour d’éventuels crimes de guerre.
Une frappe meurtrière dans un quartier résidentiel
Selon plusieurs sources locales, deux drones armés auraient été utilisés lors de l’attaque survenue mercredi à l’aube.
Le premier engin serait tombé dans les eaux du lac Kivu sans provoquer de dégâts majeurs.
Le second drone a frappé un complexe résidentiel situé dans un quartier habité, provoquant d’importants dégâts matériels et semant la panique parmi les habitants.
La frappe a coûté la vie à Karine Buisset, une ressortissante française engagée dans des programmes humanitaires pour l’UNICEF.
Plusieurs habitations voisines ont également été endommagées, avec des vitres brisées, des murs touchés par des éclats et des véhicules endommagés.
Réaction d’Emmanuel Macron
Le président français Emmanuel Macron a réagi à la mort de l’humanitaire française dans un message publié sur son compte X (anciennement Twitter).
« Une humanitaire française de l’UNICEF a été tuée à Goma. À sa famille, à ses proches, à ses collègues, j’adresse le soutien et l’émotion de la Nation. J’appelle au respect du droit humanitaire et des personnels qui sont sur place et qui s’engagent pour sauver des vies », a écrit le chef de l’État.
Kinshasa condamne les explosions
Le gouvernement de la République démocratique du Congo a également réagi officiellement aux explosions survenues à Goma.
Dans un communiqué publié par le ministère congolais de la Communication et des Médias, les autorités affirment suivre la situation avec une grande attention tout en réitérant leur engagement à respecter le droit international humanitaire.
Kinshasa a exprimé sa profonde tristesse après la confirmation du décès de l’humanitaire française, présentant ses condoléances à la famille de la victime, à ses proches, au gouvernement français ainsi qu’à la communauté humanitaire.
Le gouvernement congolais indique par ailleurs que les circonstances exactes de ces incidents, survenus dans des zones occupées, font actuellement l’objet d’enquêtes afin d’établir les responsabilités.
Une ville au cœur d’un conflit régional
La ville de Goma se trouve au centre du conflit qui secoue l’est de la RDC depuis plusieurs années.

Depuis le 27 janvier 2025, la ville est contrôlée par les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la commission électorale congolaise.
La coalition plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.
Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir cette rébellion, ce que Kigali dément.
Des civils pris au piège
Pour de nombreux habitants de Goma, la marche de ce jeudi traduit surtout l’exaspération d’une population confrontée depuis des années à l’insécurité et aux violences armées.
Alors que les rivalités régionales et les intérêts stratégiques continuent d’alimenter le conflit dans l’est de la RDC, les civils et les travailleurs humanitaires restent, une fois de plus, les premières victimes de cette guerre.
Éclaircissements
Dans une première version de cet article, SOS Médias Burundi avait indiqué que la victime du bombardement était Christine Guinot.
Des informations confirmées ultérieurement ont permis d’établir que la personne tuée est en réalité Karine Buisset, une ressortissante française travaillant pour l’UNICEF.
Selon les précisions recueillies par SOS Médias Burundi, Christine Guinot, qui louait l’appartement touché par la frappe, n’était pas présente au moment du bombardement.
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Photo : des habitants de Goma manifestent contre les bombardements visant des zones civiles dans l’est de la République démocratique du Congo, après la mort d’une humanitaire française de l’UNICEF lors d’une frappe de drone dans un quartier résidentiel. © SOS Médias Burundi
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