Burundi : lancement du rapatriement volontaire des réfugiés congolais, plusieurs zones du Sud-Kivu exclues
SOS Médias Burundi
Muyinga, 13 mars 2026 — Le gouvernement du Burundi, en collaboration avec celui de la République démocratique du Congo et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a annoncé l’ouverture d’un processus de rapatriement volontaire des réfugiés congolais vivant dans les camps au Burundi, notamment ceux installés sur le site de Busuma, situé dans la commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza à l’est de la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Cette initiative vise à permettre aux réfugiés qui le souhaitent de regagner leur pays d’origine dans des conditions volontaires, sûres et dignes, conformément aux principes internationaux de protection des réfugiés.
Un retour basé sur le volontariat
L’annonce intervient alors que de nombreux réfugiés congolais expriment depuis plusieurs années leur volonté de retourner en RDC après une longue période d’exil.
Les autorités précisent que le retour se fera exclusivement sur base volontaire. Les réfugiés intéressés devront d’abord se faire enregistrer auprès des équipes du HCR présentes dans les camps. Leur identité ainsi que leur localité d’origine seront vérifiées avant l’organisation de leur départ.
Le processus est coordonné par le HCR en collaboration avec l’Office national de protection des réfugiés et apatrides (ONPRA), chargé de la gestion technique de l’opération.
Les autorités burundaises ont également réaffirmé leur engagement à continuer d’assurer la protection et l’assistance aux réfugiés qui choisiront de rester au Burundi, tout en garantissant un accompagnement approprié à ceux qui décideront de retourner en RDC.
Une assistance financière pour les rapatriés
Afin de faciliter leur réinstallation, les réfugiés qui accepteront de rentrer bénéficieront d’une assistance financière et logistique.

Chaque rapatrié recevra notamment une aide de transport de 100 dollars américains pour rejoindre sa destination finale.
Des subventions complémentaires sont également prévues pour soutenir les familles lors de leur réintégration :
150 dollars par adulte ;
75 dollars par enfant de moins de 18 ans ;
50 dollars pour les personnes âgées de plus de 50 ans.
Les enfants recevront également une aide scolaire de 81 dollars, tandis que les femmes âgées de 12 à 49 ans bénéficieront d’un kit d’hygiène d’une valeur estimée à 46 dollars.
Plusieurs zones du Sud-Kivu exclues
Selon les autorités, les retours concerneront principalement certaines localités de la province du Sud-Kivu, notamment Uvira, l’axe Uvira–Baraka, Fizi et Mboko, où les conditions sécuritaires et logistiques sont jugées plus favorables pour accueillir les rapatriés.
Cependant, toutes les localités ne sont pas incluses dans ce programme en raison de la situation sécuritaire toujours fragile dans certaines zones de l’est de la RDC.

D’après les gouvernements congolais et burundais, l’axe Sange – Plaine de la Ruzizi – Kamanyola ne fait pas partie des zones concernées par le rapatriement pour le moment.
Cette décision s’explique par la situation sécuritaire dans ces zones, actuellement sous contrôle des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
Des réactions mitigées parmi les réfugiés
Pour les réfugiés originaires des zones exclues, cette décision suscite des réactions mitigées.
« Nous voulons aussi rentrer chez nous, mais notre zone ne figure pas parmi celles autorisées pour le moment », explique Patrick, réfugié originaire de la plaine de la Ruzizi.
« Pourtant, certains habitants qui sont restés là-bas ont déjà repris leurs activités agricoles et commerciales. Nous espérons que les autorités reconsidéreront bientôt cette décision afin que nous puissions rentrer nous aussi », ajoute-t-il.
Dans les centres de transit et au camp de Busuma, l’annonce du programme suscite également de l’espoir chez plusieurs familles dont les localités figurent parmi les zones concernées.
« Cela fait plus de trois mois que nous vivons dans des conditions précaires loin de notre pays. Si les autorités nous donnent la possibilité de rentrer et que les conditions sont réunies, je suis prêt à retourner à Uvira pour reprendre mes activités », témoigne Musafiri, père de famille réfugié au camp de Busuma.
Pour d’autres réfugiés, ce retour représente une opportunité de retrouver leurs proches et leurs terres abandonnées.
« Je veux retourner cultiver mes champs à Uvira. Même si la vie ne sera pas facile au début, c’est chez nous », affirme Marie, également réfugiée au camp de Busuma.
Un exode massif après les combats de 2025
Ce programme intervient dans le contexte de l’intensification des combats dans l’est de la RDC au cours de l’année 2025.
Les affrontements sur la ligne de front Kamanyola – Plaine de la Ruzizi ont culminé avec la prise temporaire de la ville d’Uvira en décembre 2025 par la coalition politico-militaire AFC/M23, après des combats contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par l’armée burundaise et les milices locales Wazalendo.

Ces violences ont provoqué l’exode de plus de 100 000 réfugiés congolais vers le Burundi, en majorité des femmes et des enfants.
À leur arrivée, plusieurs milliers d’entre eux ont été regroupés dans différents centres de transit proches de la frontière. Par la suite, plus de 75 000 réfugiés ont été relocalisés à l’intérieur du pays, notamment dans la commune de Ruyigi, sur le site de Busuma.
Des conditions de vie difficiles dans les camps
Dans ce camp, les conditions de vie restent particulièrement difficiles, caractérisées par un accès limité aux services de base et des conditions humanitaires jugées précaires par plusieurs organisations.
Les autorités burundaises, congolaises et le HCR rappellent toutefois que le rapatriement restera strictement volontaire et qu’aucun réfugié ne sera contraint de rentrer en RDC.
Alors que les opérations d’enregistrement devraient se poursuivre dans les camps, de nombreux réfugiés restent partagés entre l’espoir de retrouver leur pays et l’incertitude liée à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC. Dans une région où l’influence des groupes armés demeure forte, le retour au pays reste pour beaucoup un espoir fragile, suspendu à l’évolution du conflit.
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Photo : des femmes et enfants réfugiés au camp de Busuma, à la recherche d’eau dans une zone très accidentée située loin du camp. Les mauvaises conditions de vie poussent plusieurs réfugiés à tenter un retour vers la RDC, s’exposant à de grands risques et à l’emprisonnement.© SOS Médias Burundi
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