Burundi : les écoles des camps de réfugiés paralysées par le retard des salaires des enseignants
SOS Médias Burundi
Muyinga, 17 mars 2026 — Les activités scolaires connaissent de fortes perturbations dans plusieurs camps de réfugiés situés dans le nord et l’est du Burundi. En cause : un retard dans le paiement des salaires des enseignants, qui affirment ne pas avoir reçu leur rémunération depuis le mois de janvier.
Cette situation affecte directement le fonctionnement des établissements scolaires et compromet la continuité de l’éducation pour des milliers d’enfants réfugiés vivant dans ces camps.
Les enseignants, qui jouent un rôle essentiel dans l’encadrement et la formation des enfants réfugiés, expriment leur frustration. Selon eux, leur salaire mensuel de 115 000 francs burundais, déjà jugé insuffisant pour couvrir les besoins essentiels, devient encore plus difficile à supporter lorsqu’il n’est pas versé à temps.
Un enseignant du camp de Kinama, sous couvert d’anonymat, confie :
« Nous travaillons dans des conditions difficiles, mais nous continuons parce que nous savons que l’éducation est importante pour ces enfants. Cependant, cela fait maintenant deux mois que nous n’avons pas reçu notre salaire. Avec 115 000 francs burundais, il est déjà compliqué de vivre, mais quand ce salaire arrive en retard, cela devient presque impossible. Certains enseignants n’ont même plus de quoi acheter de la nourriture pour leurs familles, surtout que cet argent nous aidait aussi à compléter la ration du PAM, qui a été récemment réduite. »
Le PAM, Programme Alimentaire Mondial, est en charge de la distribution des vivres dans les différents camps de réfugiés au monde entier.
Face à ces difficultés, la motivation du personnel enseignant s’est fortement détériorée. Dans plusieurs écoles, les cours sont écourtés et parfois même suspendus. Certains enseignants se limitent à faire l’appel avant de renvoyer les élèves chez eux, faute de motivation et de conditions de travail stables.
Cette situation inquiète également les parents d’élèves, qui craignent pour l’avenir scolaire de leurs enfants.
Célestin, parent d’élèves fréquentant l’école secondaire du camp de Musasa, témoigne :
« Nos enfants partent à l’école le matin avec leurs cahiers, mais ils reviennent souvent après seulement deux heures. Parfois, ils nous disent que l’enseignant est venu simplement pour faire l’appel avant de leur demander de rentrer à la maison. Nous sommes très inquiets, car l’éducation est la seule chose qui peut offrir un avenir meilleur à nos enfants. »
Un problème qui dépasse les enseignants
La crise ne concerne pas uniquement le personnel éducatif. Plusieurs organisations partenaires du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) font également face à un manque de financement. Certaines ont été contraintes de réduire jusqu’à 50 % leur personnel, touchant à la fois des travailleurs burundais et des réfugiés congolais qui soutenaient les activités humanitaires.

Parmi ces organisations figure notamment le Jesuit Refugee Service (JRS), en charge du secteur de l’éducation dans plusieurs camps. Selon plusieurs sources sur le terrain, l’organisation fait face aux mêmes difficultés financières que d’autres partenaires humanitaires opérant dans les camps.
Cette réduction des ressources humaines et financières risque d’avoir des conséquences durables sur les services essentiels, notamment dans le domaine de l’éducation.
Appel aux autorités et partenaires humanitaires
Alors que les enfants réfugiés dépendent largement de ces structures scolaires pour poursuivre leur apprentissage, enseignants et parents lancent un appel urgent aux autorités et aux partenaires humanitaires afin de garantir la reprise normale des cours et assurer un avenir éducatif stable aux élèves des camps.
Signalons que le Burundi accueille actuellement plus de 200 000 réfugiés congolais, dont plus de 90 % vivent dans des camps et sites de réfugiés. La majorité d’entre eux sont des enfants et des jeunes en âge de scolarisation.
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Photo : des élèves réfugiés suivent les cours dans une classe d’un camp de réfugiés congolais à l’est du Burundi. (DR)
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