RDC : des millions de civils piégés, l’ONU interpelle l’AFC/M23
SOS Médias Burundi
Goma, 18 mars 2026 L’Est de la République démocratique du Congo est en proie à une crise humanitaire persistante, marquée par des violences armées, des déplacements massifs et un accès limité à l’aide. Face à une situation qui ne cesse de se détériorer, l’ONU appelle les groupes armés, notamment l’AFC/M23, à lever les obstacles à l’assistance humanitaire, alors que des millions de civils restent pris au piège des combats.
En mission dans l’Est du pays depuis le 16 mars, le coordonnateur humanitaire des Nations unies en RDC, Bruno Lemarquis, a exhorté les responsables de la rébellion AFC/M23 à garantir un accès « sûr, rapide et sans entrave » aux organisations humanitaires.
Cet appel intervient à l’issue d’une rencontre tenue à Goma avec les autorités de la rébellion, conduites par Corneille Nangaa. Selon le responsable onusien, les échanges ont porté exclusivement sur la dégradation de la situation humanitaire dans une région marquée par la reprise des combats et les déplacements massifs de populations.
Un accès humanitaire sous pression
Dans un contexte d’affrontements persistants entre les forces armées congolaises (FARDC) et les groupes armés, notamment l’AFC/M23, plusieurs zones du Nord-Kivu restent difficilement accessibles. Des milliers de déplacés internes et de populations récemment retournées vivent dans des conditions précaires, exposés à l’insécurité et au manque d’assistance.
Bruno Lemarquis a insisté sur la nécessité de garantir un accès humanitaire sécurisé, rappelant que le respect du droit international humanitaire est indispensable pour permettre aux organisations d’intervenir efficacement. Il a également souligné que l’aide humanitaire est strictement apolitique et vise uniquement à soutenir les populations les plus vulnérables.
Coordination à renforcer
Les discussions ont également porté sur les mécanismes de coordination entre les acteurs humanitaires et les autorités locales. Si un cadre de collaboration existe déjà, des ajustements sont jugés nécessaires pour améliorer son efficacité, dans un contexte marqué par une insécurité fluctuante.
Au cours de sa mission de trois jours, Bruno Lemarquis s’est rendu à Sake ainsi que dans le territoire de Nyiragongo, deux zones particulièrement affectées par les violences récentes. Sur place, il a visité des initiatives visant à renforcer la résilience des communautés locales, confrontées à des cycles répétés de déplacements et à la perte de leurs moyens de subsistance.
Une crise qui s’enlise
L’Est de la RDC reste plongé dans une crise sécuritaire et humanitaire prolongée. Malgré les efforts diplomatiques en cours au niveau régional et international, les combats continuent de limiter l’accès humanitaire dans plusieurs zones.
Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, s’est structuré autour de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). La coalition défend un projet politique ambitieux : l’instauration d’un État fédéral en RDC, qu’elle présente comme une réponse aux déséquilibres de gouvernance et aux tensions régionales.
Sur le terrain, l’AFC/M23 contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont les chefs-lieux Goma et Bukavu, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus vastes gisements mondiaux de coltan. Ce minerai, indispensable à la production de tantale utilisé dans les composants électroniques et les technologies de pointe, confère à la coalition un levier économique et stratégique majeur, au cœur des rivalités régionales et internationales.

Bruno Lemarquis dans la cité de Sake, territoire de Masisi (RDC), avec les membres de l’ONG Focus Droits, visitant plusieurs infrastructures démolies par la guerre. © SOS Médias Burundi
Coalition et échec des initiatives diplomatiques
Selon un récent rapport d’experts des Nations unies, contesté par Kigali, entre 5 000 et 7 000 soldats rwandais seraient présents aux côtés des combattants de l’AFC/M23.
Par ailleurs, le Burundi a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais pour appuyer les FARDC et les milices Wazalendo. La coalition engagée contre l’AFC/M23 inclut également, dans certaines situations, des éléments des FDLR, ont constaté des reporters de SOS Médias Burundi sur le terrain.
Les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, illustrant les limites des initiatives diplomatiques visant à stabiliser la région. Le Burundi avait pris part à ce processus en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Une urgence qui ne peut plus attendre
Sur le terrain, la situation humanitaire continue de se détériorer à mesure que les combats se prolongent. Dans plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé reste extrêmement limité pour des populations déjà fragilisées par des années de conflit.
Face à cette urgence, les acteurs humanitaires redoutent une aggravation rapide de la crise si des garanties concrètes ne sont pas prises pour sécuriser les zones d’intervention. Pour les Nations unies, la protection de l’espace humanitaire demeure une priorité absolue, alors que des millions de vies dépendent encore d’un accès effectif à l’aide.
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Photo : Ici, Bruno Lemarquis marche côte à côte avec Corneille Nangaa, coordinateur politique de l’AFC/M23 à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu. © SOS Médias Burundi
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