Burundi : hommage à Jackson Bahati, un baobab du journalisme s’est éteint

Burundi : hommage à Jackson Bahati, un baobab du journalisme s’est éteint

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 17 mars 2026 — Le journaliste burundais Jackson Bahati s’est éteint ce lundi 16 mars 2026. Plus qu’un professionnel des médias, il était une figure respectée, un repère et une source d’inspiration pour toute une génération de reporters. SOS Médias Burundi rend hommage à un homme dont le parcours, l’engagement et l’humanité ont profondément marqué le journalisme dans la petite nation de l’Afrique de l’Est.

Par Alain Majesté Barenga

Certains hommes exercent un métier.
D’autres en deviennent l’âme.

Jackson Bahati était de ceux-là : journaliste de profession, journaliste de conviction, journaliste du cœur.

La nouvelle de sa disparition a traversé la communauté des médias comme une onde de choc. Ce lundi soir, une simple notification WhatsApp a suffi à suspendre le temps : « Bahati n’est plus ». L’incrédulité a laissé place à la confirmation, puis à un silence lourd d’émotion.

Pour beaucoup de journalistes burundais, sa disparition marque la perte d’un repère. Un homme discret, mais incontournable, dont la présence rassurait et dont l’engagement inspirait.

Un homme de terrain et de solidarité

J’ai rencontré Jackson Bahati en 2016 à Cibitoke, lors d’une émission publique animée par l’ancien président Pierre Nkurunziza. Ce soir-là, plus d’une centaine de journalistes s’étaient retrouvés sans solution d’hébergement, les hôtels ayant été monopolisés par les officiels.

Face à cette situation, Jackson Bahati s’était levé, sans bruit. À lui seul, il avait organisé le logement de dizaines de confrères, parfois en avançant ses propres moyens. Le lendemain, il s’assurait encore que chacun puisse rejoindre le lieu de travail.

Ce jour-là, il n’était pas seulement journaliste.
Il était un refuge.

Dans l’Ouest du Burundi, il était une véritable institution. Disponible, accessible, il répondait toujours avec son habituel « Ntangorane » — pas de problème — devenant à la fois guide, facilitateur et soutien pour de nombreux reporters.

Un professionnel intègre et courageux

Au sein du groupe de presse Iwacu, l’un des rares médias indépendants encore fonctionnels au Burundi, où j’ai eu le privilège de travailler à ses côtés, Jackson Bahati s’est distingué par son engagement sans faille.

Ensemble, nous avons parcouru des zones reculées et parfois instables aux frontières du pays, sur des routes difficiles et dans des contextes sensibles.

Face aux intimidations, aux pressions et aux risques, il restait droit. Incorruptible. Fidèle à une ligne claire : celle de la vérité et de l’intégrité.

Dans un environnement médiatique souvent fragilisé, il incarnait un journalisme rigoureux, indépendant et profondément attaché à l’éthique.

Un mentor et une source d’inspiration

Au-delà du professionnel, Jackson Bahati était un homme de cœur. Il accompagnait les jeunes journalistes, partageait son expérience et n’hésitait pas à soutenir concrètement ceux qui en avaient besoin.

Alain Majesté Barenga, journaliste burundais établi en Belgique, rend hommage à Jackson Bahati, disparu le 16 mars 2026, figure emblématique du journalisme burundais. SOS Médias Burundi

Son sourire constant lui avait valu le surnom de « Jembe » — la houe, symbole du travail et de la persévérance.

Pour beaucoup, il était plus qu’un confrère : un mentor, un ami, un repère.

Une perte immense pour la profession

Jackson Bahati laisse derrière lui l’image d’un véritable « baobab » du journalisme burundais : solidement enraciné dans la vérité et protecteur pour toute une génération.

Malgré les menaces et les pressions, il n’a jamais renoncé à ses principes. Son engagement pour une presse libre, digne et professionnelle restera gravé dans les mémoires.

Un journaliste français, formateur, qui l’avait connu, le décrivait comme « un garçon remarquable ».
« Je suis très triste de savoir qu’il n’est plus là. Paix à son âme », a-t-il réagi en apprenant l’annonce de sa mort, qu’il a qualifiée de « nouvelle terrible ».

Sa disparition crée un vide difficile à combler. Mais son héritage demeure : dans les valeurs qu’il a incarnées, dans les journalistes qu’il a accompagnés, et dans chaque vérité défendue avec courage.

À travers son parcours, Jackson Bahati laisse aussi une responsabilité à ceux qui restent : celle de poursuivre le combat pour un journalisme libre et intègre.

Repose en paix, Jembe.
Dans la mémoire de tes confrères et dans l’histoire de la presse burundaise, ta lumière ne s’éteindra pas.

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Photo : Jackson Bahati, journaliste burundais respecté et mentor de toute une génération de reporters, disparu le 16 mars 2026. SOS Médias Burundi

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