Tanzanie : la prolongation de fermeture des camps, un mois de plus pour un calvaire annoncé

Tanzanie : la prolongation de fermeture des camps, un mois de plus pour un calvaire annoncé

SOS Médias Burundi

Kigoma, 2 avril 2026 — Les camps de réfugiés burundais de Nduta et Nyarugusu, initialement prévus pour fermer respectivement le 31 mars et le 30 juin 2026, resteront ouverts un mois de plus. Présentée comme une mesure logistique visant à mieux organiser les retours, cette prolongation est vécue par les réfugiés comme une aggravation de leur calvaire quotidien.

À Nduta, dont la fermeture devait intervenir le 31 mars, la majorité des habitations ont été démolies par la police tanzanienne et les gardiens civils. Les réfugiés vivent désormais dans des hangars improvisés, souvent surpeuplés, transformés en centres d’attente avant un rapatriement que beaucoup qualifient de forcé.

À Nyarugusu, une grande partie du camp a également été détruite, dans le but de contraindre les Burundais à regagner leur pays, parfois contre leur gré.

Selon des sources proches du dossier, la décision de prolonger les délais d’un mois a été prise lors d’une réunion de la commission tripartite tenue à la mi-mars à Nairobi, au Kenya, réunissant les gouvernements burundais et tanzanien ainsi que le HCR. Les participants ont reconnu que les échéances initiales étaient difficiles à respecter en raison de contraintes logistiques et de résistances sur le terrain.

Le porte-parole du ministère burundais de l’Intérieur et de la sécurité publique, Pierre Nkurikiye, a évoqué un afflux massif de retours :

« Nous avions prévu un rythme de 3 000 personnes par semaine, mais nous avons reçu jusqu’à 9 000 personnes. Même si nous devons les accueillir, nos capacités logistiques sont parfois dépassées. Nous faisons tout pour les transférer dans leurs familles, sur leurs collines d’origine », a-t-il déclaré lors d’une émission publique des porte-parole des institutions étatiques organisée à Kayanza, dans le nord du pays, le 27 mars dernier.

Selon lui, plus de 60 000 Burundais sont déjà rentrés depuis le début de l’année. Il a reconnu que rapatrier plus de 145 000 réfugiés en quelques mois reste un exercice complexe, justifiant ainsi la prolongation des délais afin de respecter les normes internationales.

Des bus ramenant des réfugiés burundais arrivent à la frontière entre le Burundi et la Tanzanie, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, février 2026. Les réfugiés dénoncent des conditions de retour difficiles et des incertitudes quant à leur prise en charge. ©SOS Médias Burundi
Des bus ramenant des réfugiés burundais arrivent à la frontière entre le Burundi et la Tanzanie, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, février 2026. Les réfugiés dénoncent des conditions de retour difficiles et des incertitudes quant à leur prise en charge. © SOS Médias Burundi

Des bus ramenant des réfugiés burundais arrivent à la frontière entre le Burundi et la Tanzanie, en province de Buhumuza, à l’est du Burundi, février 2026. Les réfugiés dénoncent des conditions de retour difficiles et des incertitudes quant à leur prise en charge. ©SOS Médias Burundi

Mais sur le terrain, les réfugiés dénoncent une tout autre réalité, comme ont pu le constater nos reporters présents sur place.

« Je viens de passer deux semaines dans les décombres de mon ancienne maison avec ma famille de cinq membres, faute de place dans un centre d’attente surpeuplé. Est-ce cela qu’ils appellent des normes internationales ? », témoigne un réfugié du camp de Nduta.

Selon plusieurs sources, au moins cinq enfants sont déjà morts dans ces conditions précaires.

Les services essentiels sont gravement affectés. À Nyarugusu, deux hôpitaux ont été fermés. À Nduta, six écoles primaires sur neuf ont cessé de fonctionner, ne laissant qu’un seul établissement secondaire opérationnel. Des milliers d’enfants se retrouvent ainsi privés d’éducation, tandis que l’accès aux soins devient de plus en plus limité.

La situation humanitaire s’est encore détériorée avec la suspension de l’aide alimentaire par l’ONG World Vision à Nyarugusu. Cette décision fait suite au retrait de centaines de réfugiés des listes de bénéficiaires pour le mois de mars, dans le but de les pousser au retour.

« Nous ne pouvons pas accepter que des réfugiés soient privés d’assistance alors qu’ils se trouvent encore dans le camp », ont déclaré des agents de l’organisation.

Pour plusieurs leaders communautaires, les autorités ont davantage investi dans la destruction des habitations que dans la préparation des retours, notamment en matière de transport et de kits de réintégration.

« Aujourd’hui, elles semblent dépassées par leur propre calendrier, malgré le degré de pression exercé ces derniers mois », analyse l’un d’eux.

Nyarugusu, Tanzanie : plusieurs dizaines de réfugiés burundais dorment à même le sol, en attente de rapatriement après la destruction de leurs maisons. © SOS Médias Burundi

Un mois de plus, un calvaire de trop

Pour les réfugiés burundais, cette prolongation n’est pas un soulagement.

« Cette décision ne nous aide pas. Elle ne fait que prolonger notre souffrance. Nous sommes abandonnés », dénoncent-ils.

Certains appellent à suspendre le processus en cours et à reconstruire les infrastructures détruites, tandis que des leaders locaux exhortent le HCR à renforcer sa protection et la communauté internationale à faire respecter le principe de non-refoulement.

La Tanzanie accueille encore plus de 100 000 réfugiés burundais, dont la majorité a fui la crise de 2015 liée au troisième mandat controversé du président Pierre Nkurunziza, décédé subitement quelques mois avant la fin de son mandat, peu après l’élection ayant porté son successeur, Évariste Ndayishimiye, au pouvoir. Leur avenir reste aujourd’hui plus incertain que jamais.

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Photo : Après la destruction de leurs maisons au camp de Nduta, des réfugiés sont contraints de passer la nuit dans des habitations précaires, couverts de pagnes et de restes de bâches, témoignant de la dureté de leur quotidien. © SOS Médias Burundi

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