Choléra à Bujumbura : entre flambée de cas et sanctions, le gouvernement sort le bâton
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 4 avril 2026 — Le Burundi fait face à une résurgence préoccupante du choléra en 2025-2026, avec plus de 3 500 cas enregistrés en 2025 et de nouveaux foyers signalés depuis le début de l’année, notamment à Bujumbura, la capitale économique, dans la commune de Ntahangwa, où se trouvent les quartiers touchés, ainsi que dans la région de Cibitoke au nord-ouest. Cette épidémie est alimentée par des inondations, un accès insuffisant à l’eau potable et des infrastructures d’assainissement précaires.
Dans la capitale économique du Burundi, une flambée de cas a été signalée depuis le début de la semaine dans plusieurs quartiers du nord de la ville, notamment à Bubanza, Bukirasazi, Uwinterekwa, Gisandema et Nyabagere.
D’après les autorités sanitaires, 38 cas de choléra ont été enregistrés en seulement trois jours. Les patients sont actuellement pris en charge à la Clinique Prince Louis Rwagasore, où les équipes médicales s’efforcent de contenir la propagation de la maladie. Parmi ces cas, 18 proviennent des quartiers de Bubanza et Bukirasazi, particulièrement exposés.
Face à cette recrudescence inquiétante, le gouvernement burundais durcit le ton. Une ordonnance conjointe signée le 18 février 2026 par les ministres de la Santé publique, de l’Intérieur et des Finances instaure désormais des amendes contre toute personne ne respectant pas les règles d’hygiène et d’assainissement. L’entrée en vigueur des sanctions est fixée au 6 avril.

Une femme court vers une fontaine publique où plusieurs domestiques attendent une goutte d’eau potable au chef-lieu de Cibitoke, septembre 2024. © SOS Médias Burundi
Selon la ministre de la Santé, Lydwine Baradahana, cette mesure vise à responsabiliser à la fois la population et les autorités locales, alors que l’État affirme intensifier ses efforts dans la lutte contre les épidémies liées à l’insalubrité. Lors d’une conférence de presse tenue le 2 avril 2026, elle a également alerté sur la gravité de la situation dans les zones touchées.
Les autorités sanitaires pointent du doigt plusieurs pratiques à risque : raccordements illégaux aux réseaux d’eau, stagnation des eaux usées et vidanges anarchiques des fosses septiques. Des facteurs aggravés par les inondations et le manque criant d’accès à l’eau potable, qui favorisent la propagation de la maladie.
Privés d’accès à une eau sûre, de nombreux habitants se tournent vers les rivières locales pour leurs besoins quotidiens. Or, ces cours d’eau sont contaminés par des vibrions cholériques, notamment en raison du déversement de déchets domestiques et de matières fécales. « Ces pratiques constituent un terrain propice à la propagation de la maladie », a souligné la ministre.
Face à cette situation, le gouvernement, avec l’appui de ses partenaires, a mis en place des mesures de riposte, incluant la prise en charge des malades, des campagnes de sensibilisation et des interventions d’urgence pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement. Plus de trois milliards de francs burundais ont été mobilisés au cours des trois derniers mois pour faire face à l’épidémie.
De son côté, l’administration communale de Ntahangwa appelle les services concernés et les entreprises de collecte des déchets à intensifier leurs interventions. Toutefois, ces dernières font face à plusieurs obstacles, notamment le non-paiement des frais de collecte par certains ménages, le manque de carburant et l’insuffisance de sites de décharge adaptés.
Alors que le risque de propagation demeure élevé, les autorités sanitaires appellent la population à adopter des mesures d’hygiène strictes et à éviter toute consommation d’eau non traitée.
À défaut de solutions durables, la lutte contre le choléra risque de se heurter à une réalité implacable : celle de populations contraintes de vivre sans les moyens élémentaires de prévenir la maladie.
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Photo : Des agents de santé en train de pulvériser l’intérieur et l’extérieur des ménages à Buterere, au nord de Bujumbura, une zone fortement menacée par le paludisme et le choléra. Dans le nord de la ville, les habitants font face à une pénurie persistante d’eau potable qui accroît les risques sanitaires. © SOS Médias Burundi
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