Gitega : derrière les discours, le scandale persistant des minerais de conflit dans la région des Grands Lacs d’Afrique

Gitega : derrière les discours, le scandale persistant des minerais de conflit dans la région des Grands Lacs d’Afrique

SOS Médias Burundi

Gitega, 21 avril 2026 –Réunis à Gitega, les acteurs du secteur minier de la région des Grands Lacs d’Afrique affichent leur volonté de tourner la page des minerais de conflit. Mais derrière les déclarations officielles et les engagements répétés, la réalité du terrain reste préoccupante : exploitation illégale, circuits parallèles et financement persistant de groupes armés continuent d’entacher le secteur.

Un engagement réaffirmé contre l’exploitation illégale

L’exploitation des ressources minières dans la région des Grands Lacs d’Afrique est une nouvelle fois au centre des discussions, avec un mot d’ordre affiché : légalité, transparence et développement. Ce lundi 20 avril 2026, Gitega a accueilli la 32ᵉ réunion du comité régional chargé des questions minières, prévue sur trois jours.

Organisée par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), en collaboration avec l’Office burundais des mines et carrières (OBM), cette rencontre vise à renforcer la gouvernance minière dans un contexte toujours marqué par l’exploitation illicite.

Prenant la parole, Martin Ndayizeye, secrétaire permanent au ministère en charge des mines, a insisté sur la nécessité d’un respect strict des lois en vigueur. Il a également appelé à une coopération renforcée entre les États membres pour lutter contre les circuits frauduleux.

Certification des minerais : une réponse encore fragile

Au cœur des échanges figure le mécanisme régional de certification des minerais, censé garantir la traçabilité des ressources extraites en Afrique centrale et empêcher leur utilisation dans le financement des conflits armés.

Mais sur le terrain, l’efficacité de ce dispositif est régulièrement remise en question. Les filières clandestines continuent de prospérer, profitant des failles de contrôle et des complicités locales ou transfrontalières.

Des rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) sécurisent un site d’exploitation des minerais dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, une zone régulièrement associée aux enjeux de l’exploitation des ressources minières dans la région des Grands Lacs.©SOS Médias Burundi

Les travaux de Gitega devraient permettre d’actualiser ces mécanismes et d’harmoniser les pratiques entre les pays membres. L’objectif affiché est d’assainir la chaîne d’approvisionnement et de restaurer la crédibilité du secteur minier régional sur les marchés internationaux.

L’Union européenne exige des résultats

Partenaire clé du processus, l’Union européenne a réaffirmé son soutien aux initiatives régionales, tout en durcissant le ton. Son représentant au Burundi a insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations d’intention pour produire des résultats concrets et mesurables.

Pour Bruxelles, les minerais de la région ne doivent plus être associés aux conflits, mais devenir un levier de croissance économique, de stabilité et d’intégration régionale.

Que sont les minerais de conflit et pourquoi alimentent-ils les tensions régionales ?

Les « minerais de conflit » désignent des ressources naturelles – notamment l’or, le coltan, la cassitérite ou le tungstène – exploitées dans des zones instables et dont la vente sert à financer des groupes armés ou des réseaux illégaux.

Dans la région des Grands Lacs d’Afrique, particulièrement à l’est de la République démocratique du Congo, ces minerais sont souvent extraits de manière artisanale dans des zones échappant au contrôle de l’État. Ils sont ensuite introduits dans des circuits de contrebande transfrontaliers impliquant plusieurs pays voisins, dont le Burundi et le Rwanda.

Des militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) tentent de reconquérir un site d’exploitation minière dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, théâtre d’affrontements récurrents liés au contrôle des ressources naturelles. ©SOS Médias Burundi

Ce commerce alimente les tensions régionales à plusieurs niveaux. D’une part, il finance directement des groupes armés actifs dans les zones frontalières, prolongeant ainsi les conflits et l’insécurité. D’autre part, il nourrit des accusations récurrentes entre États, chacun soupçonnant l’autre de tirer profit de l’exploitation ou du transit illégal de ces ressources.

En l’absence de contrôles efficaces et de traçabilité rigoureuse, ces minerais continuent ainsi de constituer un enjeu économique majeur, mais aussi un facteur de déstabilisation durable dans la région.

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Photo : Un site d’exploitation des minerais de conflit dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, illustrant les enjeux abordés lors de la 32ᵉ réunion du comité régional chargé des questions minières tenue à Gitega, dans la capitale politique du Burundi. © SOS Médias Burundi

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