Tanzanie : chaos total dans les camps de réfugiés burundais

Tanzanie : chaos total dans les camps de réfugiés burundais

SOS Médias Burundi

Kigoma, 20 avril 2026 —Le week-end s’est achevé dans une vive tension chez les réfugiés burundais du camp de Nduta. Des émeutes ont éclaté, opposant d’un côté la police appuyée par des gardiens civils, et de l’autre des réfugiés burundais. Ces derniers ont tenté de se rendre dans des zones déjà détruites pour chercher du bois de chauffage et de l’eau. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour les en empêcher. Plusieurs blessés sont rapportés.

Tout commence vendredi dernier, lorsque l’approvisionnement en eau potable via un unique robinet installé au centre de transit est « coupé ». Celui-ci alimentait plus de 30 000 personnes qui y sont entassées après la démolition de leurs habitations.

Ce dimanche, les réfugiés ont bravé la peur et forcé le passage pour rejoindre des zones déjà détruites comme 7, 11 et 14, ou encore les rivières environnantes, afin d’y puiser de l’eau, « même sale car on n’a pas de choix », disent-ils.

D’autres en ont profité pour récupérer du bois de chauffage dans les décombres du camp.

Les éléments de la police ont tenté de les en empêcher, sans succès. Ils ont alors fait appel à des jeunes civils gardiens de la paix. Face à eux, « la ruse et la force » semblent être les seuls moyens de survie pour les réfugiés.

« Une vingtaine de réfugiés sont blessés dont au moins cinq cas graves qui sont traités à l’hôpital de Médecins Sans Frontières ( MSF)», apprend-on.

Plusieurs dizaines d’autres réfugiés ont été arrêtés et détenus dans des lieux encore inconnus, suscitant une vive inquiétude parmi leurs proches.

Pour les réfugiés, la résignation apparaît désormais comme la seule issue.

« Nous n’avons plus d’autres choix que nous résigner ou peut-être entreprendre des actes qui mettent en danger notre vie, ne fût-ce que pour survivre car nous sommes délaissés à nous-mêmes », indiquent-ils.

D’après des témoins, le centre de transit, censé accueillir moins de 3 000 personnes en attente de rapatriement, abrite actuellement tous les réfugiés sans abri : soit près de dix fois sa capacité.

« Les conditions de vie sont extrêmement déplorables : pas d’eau potable, pas de matelas, pas de couvertures en pleine saison de pluie, pas de nourriture… », déplorent des réfugiés.

Des réfugiés contraints de dormir à même le sol dans un centre de transit du camp de Nduta, au nord-ouest de la Tanzanie, en attendant leur prise en charge dans un contexte de surpopulation et de conditions de vie difficiles. © SOS Médias Burundi

La semaine dernière, l’administration du camp a affiché une liste d’un peu plus de 13 500 réfugiés devant bénéficier d’une assistance alimentaire, alors que la population totale dépasse encore les 45 000 personnes.

« Ceux qui sont éligibles à l’assistance sont ceux qui se trouvent sur les listes d’attente pour être rapatriés. Vous voulez recevoir de la nourriture ? Alors dépêchez-vous à vous enregistrer ? », a ironiquement indiqué le président du camp, représentant du ministère tanzanien de l’Intérieur et de la sécurité publique.

Selon notre source, « plusieurs dizaines de milliers de personnes dont les habitations ont été démolies ont choisi de se rendre au centre de transit mais ont catégoriquement refusé de s’enregistrer pour le rapatriement ».

« Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, on aura tout vu et connu ! Nous résisterons jusqu’au dernier souffle », dit l’un d’eux.

Dans l’intervalle, un groupe d’environ un millier de réfugiés « nécessitant encore une protection » a été transféré vers Nyarugusu, un autre camp lui aussi en cours de démolition, pour y attendre officiellement leur rapatriement prévu au mois de juillet, date limite de fermeture.

« Il s’agit soit de personnes âgées, d’handicapés, de ceux qui attendent un troisième pays d’accueil et bien évidemment ceux qui ont pu donner une corruption monétaire », révèle une source proche du dossier.

Nyarugusu, également en démolition, semble promis au même sort.

« Tout ce qui se fait à Nduta devra se reproduire chez nous, nous le savons bien. Car ici aussi, plus de la moitié du camp a été détruite et les réfugiés vivent soit dans les décombres, soit dans un centre de transit surpeuplé, ou encore certains ont trouvé refuge chez des Congolais qui se la coulent douce », confie un réfugié burundais du camp de Nyarugusu.

Le HCR impuissant ou complice ?

La CDH/VICAR, une organisation de défense des droits des réfugiés, accuse le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés d’être complice de ces graves violations.

« Le HCR est censé protéger les réfugiés et appliquer le droit humanitaire international ainsi que la Convention de Genève. Mais comment se fait-il qu’il reste muet face à ces cas graves et aux cris des réfugiés ? », dénonce Léopold Sharangabo, président de l’ONG.

Et d’ajouter : « Incompréhensible ? Inadmissible ! Il devra en répondre devant des instances habilitées car il a failli à sa mission première ou il est complice ».

Du côté burundais, le porte-parole du ministère de l’Intérieur et de la sécurité publique, Pierre Nkurikiye, a récemment évoqué un afflux massif de retours :

« Nous avions prévu un rythme de 3 000 personnes par semaine, mais nous avons reçu jusqu’à 9 000 personnes. Même si nous devons les accueillir, nos capacités logistiques sont parfois dépassées. Nous faisons tout pour les transférer dans leurs familles, sur leurs collines d’origine », a-t-il déclaré lors d’une émission publique organisée à Kayanza, dans le nord du Burundi, le 27 mars dernier.

Selon lui, plus de 60 000 Burundais sont déjà rentrés depuis le début de l’année. Il reconnaît que rapatrier plus de 145 000 réfugiés en quelques mois reste un défi complexe, justifiant la prolongation des délais pour respecter les normes internationales.

Une réfugiée burundaise du camp de Nduta, au nord-ouest de la Tanzanie, dort à même le sol dans des conditions jugées difficiles, illustrant la précarité persistante dans ce centre de transit marqué par la surpopulation et le manque d’infrastructures adaptées. © SOS Médias Burundi

Une prolongation qui aggrave le calvaire

Initialement prévus pour fermer fin mars et fin juin 2026, les camps de Nduta et Nyarugusu resteront ouverts un mois supplémentaire, officiellement pour mieux organiser les retours. Pour les réfugiés, cette prolongation ne fait qu’accentuer l’angoisse et prolonger des conditions de vie déjà extrêmement précaires.

La Tanzanie accueille encore plus de 100 000 réfugiés burundais, majoritairement arrivés après la crise de 2015 liée au troisième mandat contesté du président Pierre Nkurunziza. Aujourd’hui, leur avenir reste incertain, entre rapatriements forcés, peur de la traque et conditions de vie toujours plus dégradées.

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Photo : Un centre de transit au camp de Nduta, où vivent de nombreux réfugiés burundais dans des conditions précaires, au nord-ouest de la Tanzanie. © SOS Médias Burundi

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