Nakivale (Ouganda) : les réfugiés sommés de payer des taxes sur leurs activités commerciales, une mesure controversée dans le camp

Nakivale (Ouganda) : les réfugiés sommés de payer des taxes sur leurs activités commerciales, une mesure controversée dans le camp

SOS Médias Burundi

Isingiro, 22 avril 2026 — L’Office ougandais des recettes (Uganda Revenue Authority, URA) a lancé une vaste campagne de collecte de taxes visant toutes les activités commerciales exercées dans le camp de réfugiés de Nakivale, dans le sud-ouest de l’Ouganda. Une première dans ce site qui accueille plus de 150 000 réfugiés, dont une importante communauté burundaise, et où la mesure suscite une forte résistance.

Du simple kiosque aux supermarchés, en passant par les boutiques installées dans des habitations ou des stands de marché, toutes les activités commerciales sont désormais concernées, sans distinction de taille ou de capital. L’URA impose un prélèvement annuel forfaitaire fixé à 21 000 shillings ougandais par commerce.

Une campagne de sensibilisation a été lancée la semaine dernière afin d’expliquer aux opérateurs économiques du camp la nécessité de s’acquitter de ces taxes. « C’est une obligation pour toute personne exerçant une activité économique sur le sol ougandais. Ces taxes contribuent au fonctionnement de l’État, au financement des forces de sécurité et aux services publics, y compris l’éclairage et l’organisation du camp », ont expliqué des agents de l’URA.

Une mesure vivement contestée par les réfugiés

Du côté des réfugiés, la mesure est perçue comme une pression supplémentaire sur des populations déjà vulnérables.

« C’est inadmissible. Comment demander des taxes à des réfugiés qui n’ont même pas un capital suffisant et qui survivent grâce à de petites activités pour nourrir leurs familles ? », déplore un réfugié burundais membre d’un comité de leaders communautaires.

Il estime que ces charges devraient être prises en compte par les organisations humanitaires : « Le HCR devrait envisager une caisse d’appui pour couvrir ces taxes au lieu de les faire peser sur des personnes déjà en difficulté. »

L’URA défend une logique d’intégration économique

Pour l’administration fiscale ougandaise, les camps de réfugiés représentent un potentiel économique important. Selon l’URA, Nakivale, créé dans les années 1960, fonctionne aujourd’hui comme un espace d’intégration économique avancée plutôt qu’un camp traditionnel.

« Les réfugiés ne doivent plus être vus uniquement comme des bénéficiaires d’aide, mais comme des acteurs économiques à part entière », soutient l’institution, qui affirme vouloir élargir la base fiscale nationale.

Avant cette réforme, seules de petites contributions locales étaient collectées au marché du camp par l’administration du sous-comté de Rugaga, dans le district d’Isingiro. Ces frais, jugés minimes, servaient notamment à l’organisation du marché et au paiement de quelques services locaux.

Avec la nouvelle politique, l’URA entend désormais centraliser et formaliser la collecte des recettes fiscales. L’administration prévient que tout commerce ne s’acquittant pas de la taxe annuelle sera fermé à l’issue de la campagne de sensibilisation.

Un des plus grands camps de la région

Le camp de Nakivale accueille plus de 150 000 réfugiés, dont environ 33 000 Burundais. Il figure parmi les plus anciens et les plus vastes camps de réfugiés en Ouganda et en Afrique.

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Photo : Une réfugiée cultive un petit champ de légumes à proximité de sa maison au camp de Nakivale, en Ouganda, où elle tente de subvenir aux besoins de sa famille à travers des activités agricoles de subsistance, dans un contexte de vie marqué par la précarité et l’adaptation. © SOS Médias Burundi

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