Suisse : des organisations et spécialistes alertent sur les renvois vers le Burundi et demandent une réévaluation de la pratique d’asile

Suisse : des organisations et spécialistes alertent sur les renvois vers le Burundi et demandent une réévaluation de la pratique d’asile

Genève, 27 mai 2026 — Des organisations de la société civile, appuyées par des juristes et des spécialistes des droits humains, ont organisé une conférence de presse ce mercredi pour dénoncer la poursuite des renvois forcés de demandeurs d’asile burundais par la Suisse. Elles estiment que la situation actuelle au Burundi expose les personnes renvoyées à des risques graves de persécution, de détention arbitraire et de mauvais traitements.

Selon les organisateurs, la conférence tenue en visioconférence a réuni au moins 130 participants. Elle visait à attirer l’attention des autorités suisses sur les limites des évaluations actuelles des demandes d’asile concernant le Burundi et sur la nécessité de mieux intégrer les rapports récents relatifs à la situation des droits humains dans le pays.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, a rappelé que le respect des procédures administratives ne garantit pas à lui seul la conformité au principe de non-refoulement si l’analyse du risque dans le pays d’origine est inexacte ou incomplète.

Il déclare notamment :
« La Suisse peut avoir respecté l’ensemble des étapes procédurales, délais, auditions, voies de recours, et néanmoins violer le principe de non-refoulement si son évaluation de la situation au Burundi est inexacte, incomplète ou fondée sur des sources qui ne reflètent pas la réalité du terrain. »

Il ajoute également :
« Dans le contexte burundais actuel, le simple fait d’avoir sollicité une protection internationale à l’étranger est perçu comme un acte de déloyauté envers le régime. »

Arrestations et cas documentés

Me Emma Lidén, avocate spécialisée en droits humains, affirme avoir documenté plusieurs cas de personnes arrêtées à leur arrivée à Bujumbura, parfois détenues et contraintes de payer des sommes d’argent pour obtenir leur libération.

Elle précise :
« Certaines personnes renvoyées ont été arrêtées dès leur arrivée […] contraintes de verser de l’argent pour être libérées. »

Me Armel Niyongere, avocat et défenseur des droits humains, met en garde contre le silence des personnes renvoyées, qui ne refléterait pas nécessairement l’absence de risques, mais plutôt un climat de peur et de surveillance.

Il déclare :
« Le silence de certaines personnes retournées ne signifie pas absence de risques mais peut résulter d’un climat de peur. »

Le professeur Marco Motta, de l’Université de Lausanne (UNIL), a évoqué le cas d’un ressortissant burundais expulsé en avril 2026, identifié sous le nom d’emprunt « Ali ». Selon son témoignage, ce dernier aurait été détenu en Suisse avant son renvoi, puis aurait dû fuir à nouveau peu après son retour au Burundi.

Il affirme :
« Renvoyer une personne au Burundi aujourd’hui, c’est la mettre gravement en danger. »

Deux manifestants brandissent une pancarte sur laquelle on peut lire : « La Suisse renvoie, le Burundi torture ». © DR

Témoignage sous anonymat

Un demandeur d’asile identifié sous le nom d’emprunt « Eric » rapporte avoir été enlevé en 2022 par les services de renseignement burundais et détenu pendant trois semaines, durant lesquelles il affirme avoir subi des tortures.

Il témoigne :
« En 2022, j’ai été enlevé par les Services de renseignement au Burundi. Durant trois semaines, j’ai subi des tortures, puis j’ai réussi à m’enfuir. Je suis arrivé en Suisse, où j’ai demandé protection. Le Secrétariat d’État aux migrations a refusé ma demande sous prétexte que mon discours ne serait pas “vraisemblable”. Depuis, je vis à l’aide d’urgence, j’ai peur et je dors très mal. Je demande à la Suisse d’arrêter les renvois vers le Burundi car cela nous met gravement en danger. »

Cas signalé par SOS Médias Burundi

Dans au moins un cas, SOS Médias Burundi a obtenu confirmation que des agents du Service national de renseignement (SNR) se seraient présentés au domicile d’une personne récemment renvoyée de Suisse. Selon nos informations, cette dernière aurait été alertée en amont par des sources proches du pouvoir, ce qui lui aurait permis d’éviter, dans l’immédiat, une interpellation.

Arrivées à Bujumbura

Ces personnes ont été accueillies à leur arrivée à l’aéroport international de Bujumbura, le seul aéroport de la petite nation d’Afrique de l’Est, situé à Bujumbura, la capitale économique du Burundi, où sont concentrées les agences des Nations Unies ainsi que l’administration centrale du pays. Il s’agit également de la ville d’origine de la majorité des personnes expulsées, selon un décompte de SOS Médias Burundi.

Les organisations appellent les autorités suisses à suspendre les renvois vers le Burundi et à procéder à une réévaluation approfondie de leur pratique d’asile, en tenant compte du principe de non-refoulement et des risques documentés de violations graves des droits humains.

Le dossier de presse ainsi que l’enregistrement de la conférence sont disponibles via les canaux des organisateurs.

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Photo : Des manifestants demandent à la Suisse d’interrompre les renvois vers le Burundi. Crédit photo : Laurent Guiraud

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