Kirundo : des habitants dénoncent des contributions forcées pour la commémoration de Nkurunziza sous pression des Imbonerakure
SOS Médias Burundi
Kirundo, 28 mai 2026 – À quelques jours des cérémonies officielles prévues le 8 juin 2026 à Gitega, la capitale politique du Burundi où repose l’ancien chef de l’État, des habitants de Kirundo, en province de Butanyerera, dans le nord du pays, dénoncent des contributions financières qu’ils qualifient de forcées.
Ils affirment que ces collectes sont liées aux préparatifs de cette commémoration et qu’elles sont organisées au niveau local dans plusieurs quartiers et collines de la commune.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des responsables locaux du CNDD-FDD, accompagnés de membres de la ligue des jeunes Imbonerakure, effectuent des descentes porte à porte afin de collecter de l’argent destiné notamment au transport des participants aux cérémonies, y compris des jeunes mobilisés pour l’événement.
Dans plusieurs zones de la commune, des habitants affirment être contraints de contribuer sans exception. « Ils passent dans chaque ménage pour réclamer de l’argent. Ils disent que personne ne peut être exempté », témoigne un habitant ayant requis l’anonymat par crainte de représailles.
Pressions et climat d’intimidation
Dans certaines localités, même des citoyens non affiliés au parti au pouvoir affirment être concernés par ces collectes. Un membre des Imbonerakure impliqué dans les opérations aurait déclaré à des habitants : « Ici, il n’y a qu’un seul parti, c’est celui qui est au pouvoir. Tout le monde doit contribuer. »
Ces propos alimentent un sentiment d’intimidation chez plusieurs habitants et membres de l’opposition. « Nous avons peur. Si nous refusons de payer, nous risquons d’être marginalisés ou de subir des problèmes administratifs », confie un opposant local.

La Première dame Angeline Ndayishimiye dépose une gerbe de fleurs sur la tombe de feu le président Nkurunziza, le 8 juin 2023, à Kirundo. À Kirundo, dans le nord du Burundi, des responsables locaux du CNDD-FDD sont accusés d’organiser des contributions financières jugées forcées pour les cérémonies commémoratives. © SOS Médias Burundi
Des montants variables selon les catégories sociales
Les contributions seraient fixées selon les catégories socioprofessionnelles. D’après plusieurs habitants interrogés, les fonctionnaires affiliés au CNDD-FDD seraient appelés à verser des montants à partir d’environ 10 000 francs burundais ou davantage selon leurs revenus.
Les citoyens non membres du parti paieraient entre 3 000 et 5 000 francs burundais, tandis que les commerçants seraient particulièrement sollicités, avec des montants pouvant aller de 30 000 à 100 000 francs burundais.
« Les commerçants sont particulièrement ciblés parce qu’on estime qu’ils ont de l’argent », indique un habitant du centre de Kirundo.
Une population fatiguée des collectes répétitives
Dans plusieurs quartiers et collines, les habitants disent être épuisés par la multiplication des collectes liées à différentes activités politiques et commémoratives.
« Nous sommes fatigués de toujours cotiser. Même les plus pauvres doivent chercher de l’argent pour payer », regrette une mère de famille.
Un responsable local des jeunes minimise toutefois les critiques, affirmant que la contribution reste libre et symbolique : « Même 1 000 ou 2 000 francs, ce n’est pas un problème. L’essentiel est que chacun contribue. »
Manque de transparence dénoncé
Plusieurs habitants dénoncent également un manque de transparence dans la gestion des fonds collectés. Aucun reçu officiel ne serait délivré aux contribuables, les noms étant simplement inscrits dans des cahiers.
« Nous ne savons pas où va réellement cet argent », affirme un habitant, évoquant des craintes de mauvaise gestion au niveau local.
Contexte et réactions attendues
Un porte-parole du parti CNDD-FDD n’était pas disponible pour réagir à ces allégations au moment de la publication.
Pierre Nkurunziza, ancien chef rebelle Hutu devenu président du Burundi, a dirigé le pays pendant 15 ans avant de décéder en 2020, quelques mois avant la fin de son troisième mandat controversé. Selon le gouvernement burundais, il est mort des suites d’un arrêt cardiaque dans un hôpital de l’ancienne province de Karusi, au centre-est du pays.
La commémoration du 8 juin à Gitega continue chaque année de mobiliser fortement les structures politiques et administratives à travers le pays.
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Photo : Denise Bucumi Nkurunziza prie devant la tombe de feu son époux, en compagnie de ses enfants, le 8 juin 2023. À Kirundo, des habitants dénoncent des contributions financières qu’ils jugent forcées dans le cadre des préparatifs des cérémonies commémoratives. © SOS Médias Burundi
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