Minembwe : drones, or et armée burundaise au cœur d’une guerre qui embrase les Grands Lacs
SOS Médias Burundi
Bukavu, 11 juin 2026 – De violents affrontements opposent depuis lundi les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par l’armée burundaise et les milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, aux forces du mouvement Twirwaneho, allié à la coalition politico-militaire AFC-M23, dans les hauts plateaux des territoires de Fizi et Mwenga, au Sud-Kivu.
Les combats se concentrent principalement dans les localités de Kakenge, Mikenge et Ilundu, où chaque camp affirme avoir réalisé des avancées sur le terrain.
Dans un communiqué publié mardi, les FARDC affirment avoir repris le contrôle de Mikenge, Kalingi et Kakenge après plusieurs jours d’affrontements. De son côté, le mouvement Twirwaneho soutient avoir repoussé une offensive menée par les FARDC, appuyées par des militaires burundais et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, en direction d’Ilundu et de Kakenge.
Selon plusieurs sources locales contactées par SOS Médias Burundi, les affrontements sont marqués par une utilisation accrue de drones de reconnaissance et d’attaque par les différents belligérants, une évolution qui témoignerait de la sophistication croissante du conflit dans cette région.
« Les drones sont devenus omniprésents sur les lignes de front », affirme une source locale à Minembwe.
Des sources sécuritaires congolaises soutiennent par ailleurs que Kinshasa aurait promis au Burundi des avantages liés à l’exploitation de l’or de Minembwe et d’autres zones minières du territoire de Fizi, en échange d’un soutien militaire destiné à reprendre le contrôle des zones tenues par les forces de l’AFC-M23 et leurs alliés. Ces informations n’ont toutefois fait l’objet d’aucune confirmation officielle de la part des autorités congolaises ou burundaises.
Les mêmes sources affirment également que des drones auraient été fournis ou partagés avec certains contingents burundais engagés dans les opérations militaires dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.
Une guerre aux ramifications régionales
Selon plusieurs observateurs sécuritaires, les forces burundaises, en coordination avec les FARDC et les milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, mènent depuis janvier 2026 plusieurs offensives visant à reprendre le contrôle de Minembwe et des zones environnantes.
Ces opérations impliqueraient l’utilisation d’armes lourdes, de drones et de renforts militaires déployés dans plusieurs secteurs du Sud-Kivu.
L’armée burundaise a récemment procédé à de nouveaux redéploiements dans la région, dans un contexte de forte tension après le retrait des rebelles de l’AFC-M23 de la ville stratégique d’Uvira, située à quelques kilomètres seulement de Bujumbura, la capitale économique du Burundi.
Les rebelles avaient occupé Uvira pendant près d’un mois entre décembre 2025 et janvier 2026 avant de se retirer. Plus récemment, des sources locales affirment également que des éléments de l’AFC-M23 se sont retirés de certaines positions dans la plaine de la Rusizi, sous pression internationale, notamment des États-Unis et d’autres partenaires engagés dans la désescalade régionale.

À l’appel de l’association Mahoro Peace Association, des membres de la communauté Banyamulenge manifestent dans l’État de l’Indiana (États-Unis), pour dénoncer le blocus militaire qui prive les civils de Minembwe de nourriture et de soins, décembre 2025. © DR/SOS Médias Burundi
AFC-M23 et Twirwaneho au cœur du conflit
Le mouvement du 23 mars (M23) est aujourd’hui l’une des principales composantes de la coalition politico-militaire AFC-M23, dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la RDC.
Dans le Sud-Kivu, cette coalition s’appuie notamment sur le mouvement armé Twirwaneho, composé majoritairement de jeunes issus de la communauté Banyamulenge.
Les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir l’AFC-M23 et ses alliés, des accusations que Kigali rejette systématiquement. Le Rwanda, de son côté, accuse Kinshasa de collaborer avec les FDLR, un groupe armé formé par d’anciens responsables Hutus impliqués dans le génocide des Tutsis de 1994.
Le Burundi accuse également le Rwanda de soutenir des groupes armés opérant contre son territoire et d’avoir des ambitions d’annexion de certaines zones de l’est de la République démocratique du Congo. Des accusations que Kigali balaie d’un revers de la main, tout en reprochant à son tour au Burundi de collaborer avec les FDLR ainsi qu’avec d’autres groupes armés hostiles à Kigali.
Dans ce contexte de tensions persistantes, le mouvement du 23 mars (M23), une ancienne rébellion majoritairement tutsie ayant repris les armes fin 2021, reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements de réinsertion, contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Il s’agit notamment de localités et axes économiques importants, ainsi que les chefs-lieux provinciaux, dans un contexte d’instabilité persistante depuis janvier 2025.
Les combats se poursuivent malgré plusieurs accords et initiatives diplomatiques régionales et internationales visant à désamorcer la crise dans l’est de la RDC, sans parvenir jusqu’ici à une désescalade durable sur le terrain.

Des rebelles du M23 lors d’une patrouille près de la zone minière de Rubaya dans le Nord-Kivu. Le mouvement s’est retiré de plusieurs localités de la Plaine de la Rusizi pour se repositionner vers Katogota, dans un contexte de tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo. © SOS Médias Burundi
Situation humanitaire alarmante
Selon plusieurs organisations humanitaires, les combats auraient déjà provoqué de nouveaux déplacements massifs de populations civiles dans les territoires de Fizi et Mwenga.
Des sources locales rapportent la destruction ou l’endommagement de plusieurs habitations, écoles, églises et structures sanitaires à la suite des affrontements.
Les organisations humanitaires appellent toutes les parties au conflit à respecter le droit international humanitaire et à protéger les populations civiles.
La communauté Banyamulenge a organisé ces derniers mois plusieurs manifestations dans différents pays, notamment aux États-Unis, au Canada, au Kenya et en Europe, pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’utilisation de drones contre des civils dans la région de Minembwe.
De leur côté, des sources militaires congolaises affirment que l’AFC-M23 et ses alliés auraient également utilisé des drones contre des positions des FARDC et de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) dans les secteurs de Muramvya, Point Zéro et Mikenge au cours du mois de mai.
Alors que les combats se poursuivent, la région des hauts plateaux du Sud-Kivu demeure l’un des épicentres les plus complexes et les plus instables de la région des Grands Lacs, où enjeux sécuritaires, politiques et économiques s’entremêlent dangereusement.
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Photo : Ici, un nouveau navire de la marine burundaise, stationné sur les eaux du lac Tanganyika, ramène des soldats de la Force de défense nationale du Burundi et leurs équipements. Le mardi 14 avril 2026. © SOS Médias Burundi
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