Buhumuza : promesses d’emploi face à une réalité de pauvreté et d’exclusion sociale
SOS Médias Burundi
Buhumuza, 16 juin 2026 – Malgré les discours officiels vantant l’entrepreneuriat, l’innovation et l’auto-emploi comme solutions au chômage, de nombreux jeunes ruraux, femmes cheffes de ménages et membres de la communauté Batwa de la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, continuent de faire face à une réalité marquée par la pauvreté, le manque de financement et l’exclusion sociale. Ces difficultés ont été largement évoquées lors d’une formation organisée par l’Office burundais de l’emploi et de la main-d’œuvre (OBEM).
À l’issue de cette formation de deux jours tenue à Ruyigi, le directeur de l’Observatoire de l’emploi et de la formation à l’OBEM, l’ingénieur Silvère Singwabiye, a encouragé les participants à développer leurs compétences et à tirer profit des technologies de l’information et de la communication afin de créer leurs propres opportunités économiques.
Mais sur le terrain, les bénéficiaires affirment que les obstacles restent nombreux.
« On nous encourage à entreprendre, mais la plupart d’entre nous n’ont ni capital de départ ni accès au crédit. Beaucoup de projets s’arrêtent au stade des idées », a confié un participant.
Pour l’OBEM, les outils numériques constituent un levier important pour favoriser l’auto-emploi. Toutefois, dans plusieurs localités de Buhumuza, l’électricité reste peu accessible, la connexion internet demeure coûteuse et les équipements numériques sont hors de portée pour de nombreux ménages.
« Avant cette formation, je pensais que la seule voie pour réussir était de trouver un emploi dans l’administration publique. Aujourd’hui, j’ai compris qu’il existe d’autres possibilités. Mais sans moyens financiers et sans accompagnement, il sera difficile de concrétiser ces projets », témoigne Jean Bosco N., un jeune de la colline Gisoro.
Les femmes particulièrement touchées
Les femmes cheffes de ménages décrivent une situation encore plus difficile. Outre la précarité économique, elles dénoncent les violences basées sur le genre, les discriminations et les lourdes responsabilités familiales qui limitent leur accès aux activités génératrices de revenus.
« Après le décès de mon mari, je me suis retrouvée seule avec quatre enfants à charge. Trouver un emploi stable est presque impossible. Certaines femmes restent dépendantes économiquement et subissent des pressions ou des violences parce qu’elles n’ont pas d’autres choix », explique Marie Claire N., originaire de l’ancienne commune Butezi.
Les Batwa, une minorité toujours marginalisée
Les membres de la communauté Batwa présents à la rencontre ont également évoqué un sentiment d’exclusion persistant.
« Souvent, nous apprenons les informations trop tard ou nous ne les recevons pas du tout. Même lorsque des opportunités existent, nous n’avons pas toujours les moyens matériels pour en profiter », déplore une participante.
Considérés comme la minorité la plus marginalisée du Burundi, les Batwa restent parmi les populations les plus touchées par la pauvreté et l’exclusion. Faible accès à l’éducation, difficultés d’insertion professionnelle, absence de terres cultivables et discriminations persistantes continuent de freiner leur intégration socio-économique, selon plusieurs participants à la rencontre.
Dans plusieurs localités de Buhumuza, des représentants de cette communauté estiment que leur vulnérabilité est aggravée par le manque d’informations sur les opportunités économiques et les programmes d’appui existants. Selon eux, cette exclusion persistante réduit considérablement leurs chances de sortir de la précarité.
Un fossé entre les formations et la réalité
Au-delà de la sensibilisation, plusieurs participants réclament des mesures concrètes pour améliorer leurs conditions de vie. Ils demandent un meilleur accès au financement, des programmes d’accompagnement adaptés aux réalités rurales ainsi que des investissements dans les infrastructures numériques et énergétiques.

Les échanges ont également mis en lumière un décalage entre certaines formations dispensées dans les établissements d’enseignement et les besoins réels du marché de l’emploi. Un constat partagé par l’ingénieur Silvère Singwabiye, qui a appelé les élèves et étudiants à s’orienter vers des filières davantage adaptées aux besoins économiques du pays.
Pour les participants, les formations restent utiles mais insuffisantes si elles ne sont pas accompagnées de mesures permettant de lever les barrières économiques et sociales qui freinent l’accès à l’emploi.
Une réalité qui dépasse Buhumuza
Le cas de Buhumuza est loin d’être isolé. Dans plusieurs régions de la petite nation de l’Afrique de l’Est, le chômage des jeunes, la précarité des ménages et le manque d’opportunités économiques continuent d’alimenter le découragement et l’exode vers l’étranger.
La semaine dernière, la Conférence des évêques catholiques du Burundi a d’ailleurs dénoncé, dans un communiqué, la détérioration des conditions de vie de la population, l’exode des compétences, la hausse du coût de la vie ainsi que les pénuries persistantes qui affectent le pays.
Ces critiques ont provoqué une réaction du président Évariste Ndayishimiye. Lors d’une réunion de la Commission nationale de protection sociale, le chef de l’État a accusé certains responsables religieux de « politiser la pauvreté » et de « huer l’État », estimant que les organisations qui dénoncent les difficultés du pays devraient d’abord contribuer davantage à l’amélioration des conditions de vie de leurs membres.
Pour les jeunes, les femmes vulnérables et les groupes marginalisés de Buhumuza, le débat est cependant moins politique que quotidien : trouver un emploi, nourrir leurs familles et espérer un avenir meilleur restent leurs préoccupations immédiates.
___________________________________________
Photo : un groupe de jeunes déscolarisés et sans emploi réunis lors d’une rencontre organisée par l’administration communale de Ruyigi, dans la province de Buhumuza à l’est du Burundi, afin de sensibiliser la population et de renforcer la lutte contre les vols et autres actes de délinquance attribués à certains jeunes en situation de précarité. ©SOS Médias Burundi
You might also like
Bujumbura : un homme retrouvé mort dans un véhicule à Buyenzi
SOS Médias Burundi Bujumbura, 5 août 2025 – Le corps sans vie de Claver Nzeyimana, âgé de 50 ans et originaire de Kayanza dans la province de Butanyerera (nord), a
Makamba : les membres de la Commission Nationale des Terres et autres Biens accusés de corruption
Des habitants de la commune de Nyanza-lac, en province de Makamba (sud du Burundi) reprochent aux membres de la commission au niveau provincial d’avoir engagé des commissionnaires qui récoltent de
Giharo : un membre influent du CNDD-FDD en détention
Nestor Butisi, membre influent du parti présidentiel en commune de Giharo en province de Rutana (sud-est du Burundi) a été arrêté lundi dernier. Il est soupçonné de fraude des fertilisants
