Bataille autour de la tombe de Ndadaye : le Frodebu accuse le gouvernement de passer en force
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 23 juillet 2026 – Le projet de transfert des restes de feu président Melchior Ndadaye continue de susciter la polémique au Burundi. Le Frodebu, parti fondé par l’ancien chef de l’État, accuse le gouvernement de vouloir avancer sans concertation et exige la suspension de toute initiative jusqu’à l’ouverture d’un dialogue national.
Dans un communiqué publié ce jeudi et signé par son président Patrick Nkurunziza, le Frodebu rejette le projet de déplacement des restes de Melchior Ndadaye et de ses collaborateurs assassinés le 21 octobre 1993. Le parti estime qu’une telle décision ne peut être prise sans consultation de la famille biologique du défunt, de sa famille politique et des autres acteurs concernés.
« La mémoire de feu président Melchior Ndadaye représente un symbole de la démocratie et de l’espoir du peuple burundais », souligne le communiqué. Pour le Frodebu, les restes de l’ancien président ne peuvent pas être transférés sur la base d’une simple décision administrative ou politique.
Le parti appelle le gouvernement à privilégier le dialogue et le consensus national, estimant que la question touche à l’histoire du pays, à la justice, à la dignité du défunt et à la mémoire collective.
Un projet de mémorial qui divise
Le gouvernement burundais prévoit de transférer les restes de Melchior Ndadaye et de ses collaborateurs vers un mémorial national qui doit être aménagé à Kiriri, dans la capitale économique Bujumbura. Le site abrite déjà la tombe du prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance du Burundi.
L’annonce du projet avait été faite en juin dernier à l’Assemblée nationale lors de l’adoption de la loi budgétaire 2026-2027. Le ministre des Finances, Alain Ndikumana, avait annoncé qu’une enveloppe d’un milliard de francs burundais était destinée à l’aménagement de ce mémorial.
Selon les autorités, cette initiative vise à créer un espace de mémoire consacré aux grandes figures de l’histoire du Burundi.
Mais le Frodebu affirme avoir appris le projet sans avoir été associé aux discussions préalables. Le parti accuse le gouvernement de vouloir décider seul du sort de la mémoire d’un président élu démocratiquement par le peuple burundais.
Une figure au cœur de l’histoire politique burundaise
Les restes de Melchior Ndadaye reposent actuellement dans l’ancien palais royal du roi Mwambutsa IV, au centre-ville de Bujumbura, depuis octobre 1993.
Premier président hutu démocratiquement élu du Burundi, Ndadaye a été assassiné le 21 octobre 1993, lors d’une tentative de coup d’État, moins de quatre mois après son arrivée au pouvoir. Fondateur du Frodebu, il demeure une figure emblématique de la démocratie et de l’alternance politique au Burundi.
Son assassinat a plongé le Burundi dans une longue période de violences. Des massacres de populations tutsies ont suivi sa mort, avant que le pays ne sombre dans une guerre civile qui a fait plus de 300 000 morts selon les Nations unies.
En 2020, la Cour suprême du Burundi a condamné à la prison à perpétuité 17 des 21 personnes poursuivies dans le dossier de l’assassinat de Melchior Ndadaye. Parmi elles figuraient plusieurs anciens officiers supérieurs des ex-Forces armées burundaises (FAB).
Une controverse qui dépasse la question de la tombe
Au-delà du lieu d’inhumation, le débat autour du transfert des restes de Melchior Ndadaye touche à la manière dont le Burundi traite son passé politique et son héritage démocratique.
Le Frodebu estime que les idéaux défendus par l’ancien président restent inachevés, notamment les libertés fondamentales, l’ouverture de l’espace politique, l’indépendance de la justice ainsi que l’organisation d’élections libres, transparentes, inclusives et crédibles.
Le gouvernement, de son côté, présente le projet comme une démarche de valorisation du patrimoine historique national.
Alors que les autorités veulent faire du site de Kiriri un lieu de mémoire nationale, la bataille autour de la tombe de Melchior Ndadaye révèle une nouvelle fois les sensibilités profondes liées à l’histoire politique du Burundi.
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Photo : Le Monument des martyrs à Bujumbura, un lieu de mémoire nationale où reposent notamment Melchior Ndadaye et d’autres hauts responsables assassinés en octobre 1993. Le parti Frodebu s’oppose au projet de transfert de leurs restes vers un futur mémorial national à Kiriri. © SOS Médias Burundi
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