Des civils transformés en combattants présumés ? Le retour de 39 Congolais secoue le dossier FDLR
SOS Médias Burundi
Goma, 8 août 2026 – Le retour de 39 Congolais en République démocratique du Congo (RDC) après plusieurs mois passés au Rwanda dans le cadre du programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion, Rapatriement et Réinstallation (DDRRR) de la Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO) relance le débat autour des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un dossier qui reste au cœur des tensions entre Kinshasa et Kigali.
Les 39 personnes ont regagné la RDC mercredi 29 juillet par la Grande Barrière de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu située à quelques mètres seulement de la ville de Gisenyi, dans l’ouest du Rwanda. Elles ont été accueillies par le maire de Goma, Désiré Ngabo Kisuba, avant d’être orientées vers un programme d’accompagnement destiné à faciliter leur réintégration dans leurs communautés d’origine.
Selon plusieurs sources locales, la majorité de ces rapatriés sont originaires des territoires de Masisi et de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu. Ils affirment avoir été transférés au Rwanda sous le statut de combattants présumés des FDLR alors qu’ils se présentent comme de simples civils congolais.
Un séjour au Rwanda dans le cadre du programme DDRRR
D’après les témoignages recueillis auprès de certains rapatriés, leur transfert vers le Rwanda serait intervenu dans le cadre du mécanisme de rapatriement des personnes identifiées comme appartenant aux FDLR.
Le programme DDRRR de la MONUSCO prévoit que les combattants étrangers présents dans l’est de la RDC déposent volontairement les armes avant d’être rapatriés vers leur pays d’origine. Depuis plusieurs années, des anciens combattants rwandais ont ainsi été transférés vers le Rwanda, notamment au centre de démobilisation de Mutobo.
Selon les informations recueillies, les 39 Congolais auraient également été conduits dans ce centre. Ils affirment y avoir séjourné plusieurs semaines ou plusieurs mois, durant lesquels des vérifications d’identité, des interrogatoires et des séances de sensibilisation auraient été menés.
Plusieurs d’entre eux déclarent que ces procédures auraient finalement permis d’établir qu’ils étaient des citoyens congolais et non des ressortissants rwandais, ouvrant la voie à leur retour en RDC.
Des accusations qui restent non vérifiées
Certains rapatriés affirment avoir accepté d’être enregistrés comme combattants FDLR après avoir été convaincus par des agents de la MONUSCO, avec la participation présumée de responsables congolais, en échange d’une compensation financière.
Ces accusations n’ont pas été confirmées de manière indépendante. Ni la MONUSCO ni les autorités congolaises n’ont publiquement réagi à ces déclarations.
Dans ce dossier sensible, les témoignages des différentes parties nécessitent des vérifications approfondies.
Pourquoi leur retour a-t-il été autorisé ?
Le retour des 39 Congolais serait intervenu après des vérifications menées au Rwanda sur leur identité et leur nationalité.
Les autorités rwandaises auraient conclu que ces personnes n’étaient pas des citoyens rwandais susceptibles d’être maintenus dans le programme national de démobilisation réservé aux ex-combattants des FDLR.
Leur transfert vers la RDC constitue ainsi une étape administrative visant à permettre leur prise en charge par les autorités congolaises et leur réintégration dans leurs communautés.
Les FDLR, un dossier explosif entre Kinshasa et Kigali
Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) demeurent depuis près de trois décennies l’un des principaux sujets de tension entre la RDC et le Rwanda.
Créées après le génocide contre les Tutsi de 1994 au Rwanda, les FDLR sont composées en partie d’anciens membres des forces et groupes impliqués dans ces événements. Le mouvement armé est considéré par Kigali comme une menace persistante pour sa sécurité nationale.
Le Rwanda accuse régulièrement Kinshasa de ne pas neutraliser suffisamment les FDLR et affirme que certains de leurs combattants collaborent avec les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’armée régulière congolaise.
Kigali accuse également certains acteurs régionaux, notamment au Burundi selon ses déclarations, de protéger des cadres des FDLR.
Ces accusations sont rejetées par les autorités congolaises. Le président Félix Tshisekedi a toujours présenté les FDLR comme « une force résiduelle réduite au banditisme », estimant qu’elles ne représentent pas une menace militaire majeure pour le territoire rwandais.
Kinshasa reconnaît toutefois la présence de combattants liés à ce mouvement dans l’est du pays et affirme mener des opérations contre les groupes armés présents dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
Un retour qui dépasse le sort de 39 personnes
Au-delà de leur situation individuelle, le retour de ces 39 Congolais illustre la complexité des mécanismes de rapatriement dans une région où civils, anciens combattants et déplacés se retrouvent parfois au centre de procédures de vérification délicates.
Il rappelle également que la question des FDLR reste l’un des principaux enjeux sécuritaires et diplomatiques entre Kinshasa et Kigali. La présence persistante de ce mouvement armé dans l’est de la RDC continue d’alimenter les tensions entre les deux pays, alors que les discussions sur la sécurité régionale se poursuivent dans la région des Grands Lacs.
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Photo : Des familles congolaises accueillies par les autorités de la ville de Goma après leur rapatriement du Rwanda, où elles avaient été prises en charge dans le cadre du programme DDRRR de la MONUSCO. Les 39 personnes affirment avoir été considérées à tort comme des combattants présumés des FDLR avant que leur nationalité congolaise ne soit établie. © SOS Médias Burundi
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