Prison de Ngozi : violences présumées, menaces d’évasion et passe-droits, le colonel Uwamahoro au cœur de la colère des détenus

Prison de Ngozi : violences présumées, menaces d’évasion et passe-droits, le colonel Uwamahoro au cœur de la colère des détenus

SOS Médias Burundi

Ngozi, 14 août 2026 — Des détenus de la prison centrale de Ngozi, dans la province de Butanyerera, au nord du Burundi, dénoncent un climat de peur et de tensions qu’ils attribuent au colonel de police Désiré Uwamahoro, ancien commandant de la Brigade anti-émeute. Incarcéré depuis 2023 dans le dossier impliquant l’ancien Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni, l’officier est aujourd’hui accusé par plusieurs détenus de violences, de menaces d’évasion et de bénéficier de traitements particuliers au sein de l’établissement. Ces accusations, qui n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante, interviennent alors que les détenus réclament son transfert vers une autre prison.

Un ancien chef de la Brigade anti-émeute

Le colonel Désiré Uwamahoro a dirigé la Brigade anti-émeute de la police burundaise, une unité régulièrement citée dans des rapports et témoignages faisant état de violations des droits humains.

Il a été arrêté en avril 2023 dans le cadre du dossier impliquant Alain-Guillaume Bunyoni, alors ancien Premier ministre. Les deux hommes avaient été arrêtés dans un contexte de fortes tensions politiques au Burundi.

Des organisations de défense des droits humains ont, par le passé, exprimé des réserves sur les circonstances et les motifs de la détention d’Uwamahoro, appelant notamment à ce que toute procédure engagée contre lui respecte ses droits fondamentaux.

Uwamahoro a toujours nié les accusations portées contre lui.

Alain-Guillaume Bunyoni a, de son côté, été condamné à la prison à perpétuité. Il a ensuite bénéficié d’une liberté provisoire pour raisons médicales, après la dégradation de son état de santé.

Un climat de peur dénoncé par les détenus

Selon plusieurs témoignages recueillis auprès de détenus, la présence du colonel Uwamahoro contribuerait à créer un climat de peur au sein de l’établissement.

« Tout le monde a peur de lui. Beaucoup de cas de violences lui sont attribués, mais personne n’ose intervenir », affirme un détenu sous couvert d’anonymat.

Certains détenus affirment également que l’officier ferait l’objet d’une surveillance particulière de la part de prisonniers considérés comme proches du parti au pouvoir. Ils évoquent des tensions récurrentes autour de ses déplacements et de ses activités au sein de l’établissement.

Une agression présumée contre le « capita » des détenus

Un incident présenté comme particulièrement grave se serait produit le 28 juillet, selon plusieurs témoins.

Après avoir passé plusieurs heures dans le bureau du directeur de la prison centrale de Ngozi, Christian Sibomana, le colonel Désiré Uwamahoro serait ensuite entré dans les cellules avant de s’en prendre physiquement à MANIRAKIZA Emmanuel, chef des détenus, communément appelé « capita ».

D’après les témoignages recueillis, le colonel aurait reproché à ce dernier de le surveiller afin de l’empêcher de s’évader.

« Où est votre capita qui m’empêche de m’évader ? Même dans la prison centrale de Zambie, je me suis évadé ; comment ne pourrais-je pas le faire ici à Ngozi ? », aurait-il lancé, selon plusieurs détenus.

La victime présumée aurait ensuite été conduite au dispensaire de la prison pour recevoir des soins après avoir reçu plusieurs coups, notamment au niveau de la poitrine.

SOS Médias Burundi n’a pas pu vérifier de manière indépendante les circonstances exactes de cette altercation ni les blessures rapportées.

La colère monte parmi les prisonniers

L’incident présumé aurait provoqué une vive colère parmi les prisonniers.

Selon plusieurs témoins, certains détenus auraient tenté de se mobiliser pour défendre leur représentant avant que la situation ne soit maîtrisée.

« Les détenus étaient prêts à se révolter pour venger leur capita tellement ils étaient choqués par cette agression », rapporte un autre détenu.

Ces témoignages font état d’un climat particulièrement tendu au sein de l’établissement et font craindre de nouveaux affrontements si aucune mesure n’est prise.

Des soupçons de collusion avec la direction

Au-delà des accusations de violences, plusieurs détenus affirment que le colonel Désiré Uwamahoro entretiendrait des relations privilégiées avec le directeur de la prison, Christian Sibomana.

Selon eux, les deux hommes collaboreraient dans diverses activités génératrices d’argent au sein de l’établissement.

Aucune preuve indépendante n’a toutefois été obtenue pour étayer ces accusations. Le directeur de la prison et le colonel Uwamahoro n’ont pas, à ce stade, publiquement répondu à ces allégations.

Les détenus interrogés réclament le transfert du colonel Uwamahoro vers un autre établissement pénitentiaire.

« Nous demandons son départ. Nous ne nous sentons plus en sécurité tant qu’il reste ici », déclare un prisonnier.

Des conditions de détention qui alimentent les tensions

Selon plusieurs témoignages concordants, le colonel Désiré Uwamahoro ne serait pas traité comme un détenu ordinaire durant la journée. Certains prisonniers affirment qu’il bénéficierait d’une liberté de mouvement plus importante que les autres détenus.

Ces prétendus privilèges alimenteraient le ressentiment d’une partie de la population carcérale et renforceraient les soupçons de proximité entre l’officier et la direction de la prison.

Ces accusations restent toutefois à établir.

Les autorités appelées à réagir

Les témoignages recueillis soulèvent des questions sur la sécurité des détenus et sur la gestion du colonel Uwamahoro au sein de la prison centrale de Ngozi.

Les détenus demandent son transfert et appellent les autorités pénitentiaires à intervenir afin d’éviter une escalade des tensions.

Au moment de la rédaction de cet article, ni le colonel Désiré Uwamahoro, ni le directeur de la prison centrale de Ngozi, Christian Sibomana, ni les autorités pénitentiaires n’avaient réagi à ces accusations.

Leur version des faits sera publiée dès qu’elle sera disponible.

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Photo : le colonel de police Désiré Uwamahoro, ancien commandant de la Brigade anti-émeute, incarcéré depuis 2023 dans le dossier impliquant l’ancien Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni. À Ngozi, des détenus l’accusent de violences et dénoncent un climat de peur au sein de la prison centrale. © SOS Médias Burundi

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