Photo de la semaine- Buhumuza : Kigarika, le nouveau laboratoire de la militarisation des Imbonerakure

Photo de la semaine- Buhumuza : Kigarika, le nouveau laboratoire de la militarisation des Imbonerakure

Le président Évariste Ndayishimiye a assisté jeudi à Kigarika, en commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, à la cérémonie de remise des bérets à la première promotion des membres de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD). Au total, 231 membres ayant suivi trois mois de formation ont pris part à la cérémonie, organisée dans un contexte marqué par une importante présence des forces de sécurité autour du site et dans la ville de Ruyigi.

Ancien centre semencier public, Kigarika est aujourd’hui utilisé comme centre de formation militaire et accueille notamment des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, l’ancienne rébellion hutu devenue le parti au pouvoir au Burundi en 2005.

Une cérémonie marquée par des démonstrations militaires

La cérémonie a notamment été marquée par l’inspection des troupes par le chef de l’État, la plantation d’arbres fruitiers et forestiers ainsi que l’arrosage de plants présentés comme destinés à contribuer à la protection de l’environnement.

Les membres de la première promotion de la FRAD ont également effectué des démonstrations de différentes techniques de combat apprises au cours de leurs trois mois de formation.

Le chef d’état-major général de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB), le général Prime Niyongabo, ainsi que certaines personnes proches de la présidence étaient présents.

Une cérémonie sans discours présidentiel

Contrairement à certaines cérémonies officielles auxquelles participe le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye n’a pas prononcé de discours à Kigarika.

Sa participation s’est limitée à la présence à la cérémonie, à l’inspection des troupes et aux différentes activités prévues, notamment celles liées à la protection de l’environnement.

La cérémonie s’est ainsi déroulée principalement autour de la première promotion de la FRAD et de sa formation militaire.

Une visite présidentielle inhabituellement discrète

L’organisation de cette visite a également retenu l’attention de plusieurs observateurs.

L’annonce de l’activité aux médias publics est intervenue tard dans la nuit précédant la cérémonie. La Radio Télévision nationale du Burundi (RTNB), l’Agence burundaise de presse (ABP), la Publication de presse burundaise (PPB) ainsi que la cellule de communication de la FDNB ont été informées à une heure tardive de la venue du président.

Le programme prévoyait l’arrivée du chef de l’État à 9 heures. Il est finalement arrivé environ deux heures plus tard.

Sur la route reliant Gitega, la capitale politique du Burundi, à Kigarika, le déplacement présidentiel a également été marqué par une discrétion inhabituelle. Contrairement à certains déplacements présidentiels auxquels la population est habituée, aucun cortège particulièrement bruyant, avec sirènes ou gyrophares, n’a été remarqué sur une partie du trajet.

Les médias soumis à un dispositif strict

La couverture médiatique de l’événement était également encadrée.

Les journalistes présents ont été orientés vers des emplacements préalablement déterminés et ne pouvaient pas se déplacer librement pour prendre des images ou des photographies de la cérémonie.

Cette organisation a limité les possibilités de couverture indépendante des différentes séquences de l’événement, notamment les mouvements des troupes et le dispositif de sécurité déployé autour du site.

Une forte présence sécuritaire autour de Kigarika

La cérémonie intervient alors que certains habitants de Ruyigi disent constater une importante présence de militaires, de policiers et de membres de la jeunesse affiliée au parti au pouvoir dans la ville et ses environs.

À proximité de Kigarika, plusieurs structures relevant du secteur de la sécurité sont implantées dans un périmètre relativement restreint. Il s’agit notamment du camp du 22e bataillon commando à Murehe, du commissariat de police de Ruyigi, du Groupement mobile d’intervention rapide (GMIR) ainsi que des structures liées à la formation de la FRAD.

Cette concentration de structures sécuritaires alimente des interrogations parmi certains habitants, dans une province qui ne connaît officiellement pas de situation de guerre.

Pour certains habitants interrogés, la proximité de plusieurs structures sécuritaires, ajoutée à la formation militaire observée à Kigarika, soulève des questions sur la finalité de ce dispositif.

Certains se demandent notamment si cette présence répond uniquement aux besoins de formation et d’organisation de la force de réserve ou si elle poursuit d’autres objectifs.

D’autres s’interrogent sur la possibilité que le pays soit en train de renforcer ses capacités militaires face à d’éventuelles menaces.

Ces interrogations restent toutefois celles de citoyens et ne constituent pas, en l’absence de déclaration officielle, une preuve d’une quelconque préparation à la guerre. Aucune autorité présente à Kigarika n’a, lors de cette cérémonie, présenté publiquement le dispositif sécuritaire comme étant lié à une préparation à un conflit.

Kigarika, symbole d’une militarisation croissante des Imbonerakure

Pour des habitants de la région, la transformation de Kigarika témoigne d’une militarisation croissante des Imbonerakure, dont les activités et les formations se rapprochent progressivement de celles des structures de défense et de sécurité.

Cette évolution est jugée préoccupante par certains observateurs locaux et étrangers. Elle soulève des interrogations sur le rôle futur de cette organisation de jeunesse et sur les conséquences de sa formation militaire, dans un contexte politique déjà marqué par de fortes tensions.

La présence de membres des Imbonerakure dans les formations de la FRAD donne ainsi une nouvelle dimension à leur encadrement, alors que leur rôle au sein du parti au pouvoir dépasse depuis plusieurs années les seules activités de jeunesse.

Ndayishimiye veut faire des Imbonerakure des « commandos »

La visite présidentielle à Kigarika intervient quelques jours après que le président Ndayishimiye a annoncé vouloir transformer les Imbonerakure en « commandos ».

Le chef de l’État a également déclaré vouloir faire de « tout citoyen burundais » un militaire. Ces déclarations ont été faites le 29 août, lors de la célébration de la Journée des Imbonerakure à Gitega.

À Kigarika, ces déclarations prennent une dimension concrète avec la remise des bérets à 231 membres ayant achevé trois mois de formation comprenant notamment l’apprentissage de techniques de combat.

Au-delà du volet environnemental mis en avant lors de la cérémonie, le site de Kigarika apparaît ainsi comme un lieu où se croisent désormais formation militaire, encadrement de membres de la jeunesse du parti au pouvoir et présence renforcée des forces de sécurité.

Pour certains habitants de Ruyigi, cette évolution nourrit des interrogations sur la place que la FRAD et les Imbonerakure pourraient occuper à l’avenir dans le dispositif de sécurité du Burundi.

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Notre photo : des membres de la FRAD lors d’une démonstration de techniques de combat à Kigarika, en commune de Ruyigi, le 3 septembre 2026

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