Bujumbura : arrestations en série chez les Banyamulenge, le cercle s’élargit autour du pasteur Jalos Nkunda Kilaya
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 17 septembre 2026— Après l’arrestation de plusieurs responsables religieux issus de la communauté Banyamulenge à Bujumbura, le cercle des personnes interpellées s’élargit autour du pasteur Jalos Nkunda Kilaya. Son épouse, Jacqueline Nyiramasoso, ainsi que Merci, un jeune étudiant et membre de la famille, ont été interpellés lors d’une fouille menée au domicile familial par des agents du Service national de renseignement (SNR), selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi.
Ces nouvelles interpellations interviennent dans un contexte de fortes tensions régionales, marqué notamment par la crise entre le Burundi et le Rwanda et la poursuite de la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Le téléphone de Jacqueline recherché
Après l’arrestation de Jalos Nkunda Kilaya, le 8 septembre à l’aéroport international Melchior Ndadaye, des agents du renseignement se sont rendus à son domicile pour effectuer une fouille, selon des sources locales. Son arrestation et celles de plusieurs autres membres de la communauté Banyamulenge avaient déjà été rapportées par SOS Médias Burundi.
Au cours de cette opération, les agents recherchaient notamment le téléphone de son épouse, Jacqueline Nyiramasoso. Un autre appareil leur a d’abord été remis, mais ils ont constaté qu’il ne s’agissait pas du téléphone recherché.
Jacqueline Nyiramasoso et Merci ont ensuite été conduits dans les locaux du renseignement, selon les informations recueillies par SOS Médias Burundi.
Selon des informations reçues par SOS Médias Burundi et des révélations de l’activiste burundais Pacifique Nininahazwe, les services burundais ont décidé de récupérer le téléphone de Jacqueline après n’avoir pas pu déverrouiller celui de son mari.
Le téléphone de Jalos Nkunda Kilaya, acheté dans un pays européen, n’a pas pu être déverrouillé par les services burundais, selon ces informations. Les raisons techniques de cette impossibilité ne sont pas connues.
Ces éléments, notamment les recherches effectuées sur les téléphones, n’ont pas fait l’objet d’une communication publique des autorités.
Des cachots au siège du SNR
Des sources proches du dossier indiquent que les personnes arrêtées sont détenues dans les cachots aménagés au siège du SNR, situé à proximité de la cathédrale Regina Mundi, dans le centre de Bujumbura.
Le pasteur Gédéon Nzayitegaho, arrêté quelques jours auparavant, a lui aussi été conduit vers ces locaux après son interpellation, comme les autres responsables religieux concernés par cette affaire.
Gédéon Nzayitegaho avait été arrêté le 10 septembre dans son église Carmel, située dans le quartier Mutakura, au nord de Bujumbura. Les circonstances et les motifs précis de son arrestation n’ont pas été officiellement communiqués.

Le pasteur Mark Ntayoberwa, responsable de Cornerstone, ainsi que Murama Gatonzi figurent également parmi les Banyamulenge arrêtés ces derniers jours. Dans le cas de Murama Gatonzi, des informations locales évoquent des documents de migration considérés comme irréguliers, sans confirmation publique d’une autorité judiciaire.
Jalos Nkunda Kilaya arrêté à l’aéroport
Jalos Nkunda Kilaya a été arrêté le 8 septembre à l’aéroport international Melchior Ndadaye alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol à destination du Rwanda, selon plusieurs sources recueillies à Bujumbura. Des sources locales avaient indiqué que son arrestation s’était déroulée sous la supervision du brigadier général de police Domitien Niyonkuru, responsable du renseignement intérieur au SNR.
Après son arrestation, il avait été conduit à son domicile, où une fouille avait été effectuée. Des informations avaient notamment évoqué la possession d’un passeport rwandais, un élément qui n’a pas pu être vérifié indépendamment.
Jalos Nkunda Kilaya est responsable de l’Église évangélique au pays des Grands Lacs (EEPGL), une communauté religieuse créée il y a plus de vingt ans par des Banyamulenge réfugiés au Burundi.
Cornerstone, une église également implantée à Goma
Le cas de Mark Ntayoberwa intervient lui aussi dans un environnement régional particulièrement sensible. L’église Cornerstone, dont il est responsable au Burundi, est également présente à Goma, capitale du Nord-Kivu et principale ville de l’est de la RDC.
Goma est tombée sous le contrôle de l’AFC-M23 en janvier 2025. Le mouvement a ensuite pris Bukavu, capitale du Sud-Kivu, en février de la même année. Les Nations unies ont documenté ces prises de contrôle et l’installation d’administrations parallèles par l’AFC-M23 dans les territoires conquis.
Selon des sources locales, la présence de Cornerstone à Goma fait partie des éléments examinés dans le dossier de Mark Ntayoberwa. Les raisons précises de son arrestation et les éventuels griefs retenus contre lui n’ont toutefois pas été rendus publics.
Des soupçons d’espionnage pour le Rwanda
Les autorités burundaises n’ont pas publiquement détaillé les motifs des arrestations de Jacqueline Nyiramasoso et de Merci, ni expliqué les raisons précises de la fouille effectuée au domicile de Jalos Nkunda Kilaya.
SOS Médias Burundi a reçu des informations selon lesquelles les services burundais soupçonnent le pasteur Jalos Nkunda Kilaya de collaborer avec le Rwanda. Certaines sources vont jusqu’à le présenter comme un « agent double ». Ces accusations n’ont pas été publiquement confirmées par les autorités et ne valent pas condamnation judiciaire.
Des observateurs locaux et étrangers craignent que les tensions régionales et les soupçons liés au Rwanda ne conduisent à des amalgames visant des membres de la communauté Banyamulenge qui ne sont pas impliqués dans les groupes armés actifs dans l’est de la RDC.
Les Banyamulenge au cœur des tensions régionales
Les Banyamulenge sont une communauté tutsi historiquement implantée dans les hauts plateaux du Sud-Kivu. Leur situation est devenue particulièrement sensible avec l’évolution du conflit dans l’est de la RDC.
Le groupe armé Twirwaneho, principalement composé de Banyamulenge, est associé à l’AFC-M23 dans le conflit. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir l’AFC-M23, ce que Kigali rejette. Le Burundi a, de son côté, engagé des troupes en RDC aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa.
Les Nations unies ont décrit la progression de l’AFC-M23 vers Goma et Bukavu en 2025 et ont fait état de l’implication de la Force de défense du Rwanda (RDF) aux côtés du mouvement, tandis que Kigali rejette ces accusations.
Une communauté qui redoute l’amalgame
Au Burundi, les arrestations récentes ravivent les inquiétudes au sein de la communauté Banyamulenge. Elles interviennent dans une région où les tensions militaires et politiques ont déjà provoqué des déplacements massifs de populations et fait craindre une extension du conflit à l’échelle régionale.
La communauté garde également la mémoire du massacre de Gatumba, en août 2004, au cours duquel 166 réfugiés congolais, dont 154 Banyamulenge et 12 Babembe, avaient été tués.
Jeudi après-midi, un pasteur a déclaré à SOS Médias Burundi : « Le climat est très tendu, vous comprenez que les gens ont peur. »
Les familles des personnes arrêtées demandent des informations sur leurs lieux de détention, les motifs des interpellations et les éventuelles charges retenues contre elles.
À ce stade, aucune communication officielle détaillée n’a été rendue publique concernant Jacqueline Nyiramasoso et Merci, ni sur les raisons précises de la fouille menée au domicile de Jalos Nkunda Kilaya. Les autorités n’ont pas non plus publiquement expliqué les motifs de l’ensemble des arrestations de responsables religieux Banyamulenge enregistrées ces derniers jours.
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Photo : des femmes et des hommes manifestent contre les violences et les tueries à Minembwe, dans l’est de la République démocratique du Congo. Au Burundi, plusieurs membres de la communauté Banyamulenge ont été arrêtés ces derniers jours dans un contexte de tensions liées à la situation dans l’est du Congo. ©DR/SOS Médias Burundi
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