Ruyigi : trois saisons sans engrais, les agriculteurs accusent l’État de les avoir appauvris à coups de promesses

Ruyigi : trois saisons sans engrais, les agriculteurs accusent l’État de les avoir appauvris à coups de promesses

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 23 septembre 2026— Des agriculteurs de la commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza, à l’est du Burundi, disent avoir passé trois saisons culturales sans recevoir d’engrais chimiques. Alors qu’une nouvelle opération d’enregistrement des bénéficiaires vient de s’achever, plusieurs producteurs expriment leur colère et leur méfiance, dénonçant des promesses répétées qui, selon eux, n’ont pas été suivies d’effets.

L’opération d’enregistrement des agriculteurs appelés à bénéficier des engrais chimiques pour la prochaine saison culturale s’est déroulée pendant trois jours à travers le pays et s’est achevée mercredi à Ruyigi. Dans cette commune, des parlementaires de Buhumuza et des responsables administratifs locaux se sont rendus dans différentes zones pour superviser l’opération et sensibiliser la population.

La deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale, Boussessia Nkezimana, a notamment parcouru les sept zones de la commune de Ruyigi lundi et mardi pour recueillir les préoccupations des agriculteurs.

Trois saisons sans engrais

Plusieurs agriculteurs affirment ne plus avoir reçu d’engrais chimiques depuis trois saisons culturales, malgré les différentes démarches entreprises auprès des autorités.

« Nous avons été enregistrés auparavant, mais nous n’avons pas reçu les engrais », témoignent certains producteurs, qui redoutent que la nouvelle opération connaisse le même sort.

D’autres craignent surtout que les engrais ne soient pas disponibles au moment des semis ou que leur prix reste hors de portée des petits producteurs. Pour eux, l’enregistrement ne constitue qu’une première étape : ils veulent voir les intrants effectivement disponibles dans les délais et en quantité suffisante.

La situation a, selon plusieurs agriculteurs, aggravé leurs difficultés économiques. Certains disent avoir vendu des parcelles ou du bétail pour financer leurs activités agricoles et subvenir à leurs besoins. D’autres expliquent avoir contracté des crédits bancaires pour investir dans l’agriculture, sans parvenir à les rembourser.

Ils demandent que leur situation soit prise en compte, notamment les difficultés et éventuels arriérés liés aux campagnes agricoles précédentes.

Des promesses qui exaspèrent

Dans les différentes zones visitées, plusieurs citoyens disent être fatigués des annonces qui, selon eux, ne débouchent pas sur des résultats concrets.

Ils réclament désormais des réponses précises sur la disponibilité des engrais, les quantités qui seront attribuées, le calendrier de distribution et les prix auxquels ils seront accessibles.

Pour ces producteurs, la priorité n’est plus seulement d’être enregistrés, mais de voir les engrais effectivement disponibles au moment où ils en auront besoin.

Face à cette frustration, les parlementaires et les responsables administratifs ont multiplié les séances de sensibilisation. Les autorités ont notamment insisté sur la nécessité de participer à l’opération d’enregistrement.

Lors de ces séances, des responsables ont averti que les personnes qui chercheraient à empêcher le processus d’enregistrement seraient considérées comme commettant une « haute trahison contre leur pays ».

Des difficultés dénoncées sur le terrain

L’opération n’a pas été exempte de difficultés. Des citoyens ont signalé le manque de maîtrise de certains agents chargés de l’enregistrement, ainsi qu’une insuffisance de matériel technique pour mesurer correctement les superficies agricoles.

Des agriculteurs de Ruyigi lors d’une réunion avec des responsables administratifs et des parlementaires sur la question des engrais chimiques, en septembre 2026.© SOS Médias Burundi

Des habitants ont également accusé certains responsables au niveau des collines d’exiger de l’argent pour des démarches liées à l’opération d’enregistrement.

À Masama, des responsables locaux mis en cause par la population ont été conduits devant les services de sécurité, selon Boussessia Nkezimana.

La deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale a ainsi recueilli les doléances des habitants tout au long de sa tournée, alors que la question de l’accès aux engrais reste au centre des préoccupations des agriculteurs.

Le dossier suivi au plus haut niveau

Boussessia Nkezimana a assuré que la question des engrais chimiques fait l’objet d’un suivi au plus haut niveau de l’État. Selon elle, le président de la République Évariste Ndayishimiye s’est lui-même saisi du dossier afin de rechercher une solution durable aux difficultés liées aux intrants agricoles.

Cette assurance ne suffit toutefois pas à dissiper les inquiétudes des producteurs de Ruyigi. Pour eux, l’urgence est désormais de passer des annonces à la disponibilité effective des engrais.

Après trois saisons sans intrants, certains agriculteurs disent avoir déjà payé un lourd tribut : terres vendues, bétail cédé, crédits contractés et revenus agricoles fragilisés.

Une inquiétude qui dépasse Ruyigi

La situation de Ruyigi n’est pas isolée. Dans différentes régions de la petite nation de l’Afrique de l’Est, l’accès aux engrais chimiques et aux autres intrants agricoles demeure une préoccupation majeure pour les producteurs.

À Ruyigi, les agriculteurs attendent désormais de voir si la nouvelle campagne d’enregistrement débouchera sur une distribution effective et à temps. Pour ceux qui dénoncent trois saisons de promesses non tenues, la prochaine étape sera surtout de vérifier si les engagements annoncés se traduisent enfin dans les champs.

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Photo : des agriculteurs réunis en coopérative dans un champ de la commune de Ruyigi, où des producteurs dénoncent le manque d’engrais chimiques depuis plusieurs saisons culturales.©SOS Médias Burundi

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