Burundi : interdiction d’entrée pour les personnes ayant séjourné dans les zones contrôlées par l’AFC-M23

Burundi : interdiction d’entrée pour les personnes ayant séjourné dans les zones contrôlées par l’AFC-M23

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 2 octobre 2026 — Le Burundi durcit les conditions d’entrée sur son territoire pour les personnes en provenance des zones de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) contrôlées par l’AFC-M23. Le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et du Développement communautaire, Léonidas Ndaruzaniye, a annoncé jeudi que les personnes originaires de ces territoires, mais aussi celles qui y ont simplement transité, ne seront pas autorisées à entrer au Burundi. La mesure concerne également, selon lui, le personnel des Nations unies travaillant dans ces zones.

« Nous sommes les alliés de Kinshasa »

Léonidas Ndaruzaniye s’exprimait lors d’une rencontre avec des responsables de la police à Bujumbura, capitale économique du Burundi.

Selon des propos rapportés lors de cette rencontre, le ministre a affirmé recevoir de nombreux appels de personnes lui demandant de revenir sur cette décision ou de les autoriser à transiter par le territoire burundais ou à y séjourner. Il a toutefois assuré qu’il ne céderait pas.

« Je reçois beaucoup d’appels mais je ne céderai jamais », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés. Le ministre a ensuite poursuivi son intervention à huis clos.

« Nous sommes les alliés de Kinshasa », a-t-il notamment affirmé, insistant sur la nécessité de ne jamais « baisser la garde ».

Le ministre burundais en charge de la Sécurité, Léonidas Ndaruzaniye, lors de sa prestation de serment devant l’Assemblée nationale. Il a déclaré jeudi que les personnes originaires des zones de l’est de la RDC contrôlées par l’AFC-M23, ainsi que celles qui y ont transité, ne seront pas autorisées à entrer au Burundi. © SOS Médias Burundi
Le ministre burundais en charge de la Sécurité, Léonidas Ndaruzaniye, lors de sa prestation de serment devant l’Assemblée nationale. Il a déclaré jeudi que les personnes originaires des zones de l’est de la RDC contrôlées par l’AFC-M23, ainsi que celles qui y ont transité, ne seront pas autorisées à entrer au Burundi. © SOS Médias Burundi

Après Bujumbura, le ministre doit poursuivre ses « causeries morales » avec les policiers dans les quatre autres provinces du pays. La prochaine étape est Gitega, capitale politique.

Une mesure visant aussi le personnel de l’ONU

La décision annoncée par Gitega concerne également les Congolais se trouvant dans les zones administrées ou contrôlées par l’AFC-M23, ainsi que les membres du personnel des Nations unies qui y travaillent.

Selon les propos du ministre rapportés jeudi, ces personnes ne seraient pas autorisées à entrer au Burundi si elles proviennent de ces zones ou y ont transité.

Les autorités n’ont toutefois pas encore rendu publiques les modalités précises de cette mesure, notamment sa date d’entrée en vigueur, les documents qui seront exigés aux frontières ou les éventuelles exceptions.

À ce stade, aucun texte juridique public détaillant cette interdiction générale, ses modalités d’application ou ses exceptions n’a été identifié.

Des contrôles renforcés aux frontières

Le poste-frontière de Gatumba-Kavimvira, entre Bujumbura et Uvira, avait été fermé après la prise de contrôle d’Uvira par l’AFC-M23 en décembre 2025. Il a rouvert le 23 février 2026 avec la reprise des formalités migratoires.

Des sources locales rapportent depuis plusieurs mois un renforcement des contrôles visant certains voyageurs en provenance des zones contrôlées par l’AFC-M23. Des refus d’entrée ainsi que des arrestations sont également rapportés.

Des difficultés sont également signalées sur l’axe Kobero, à la frontière entre le Burundi et la Tanzanie, notamment pour des personnes originaires de la sous-région souhaitant rejoindre Bujumbura ou le Sud-Kivu.

Deux hommes d’affaires originaires de Kirundo sont par ailleurs portés disparus depuis plusieurs semaines, selon leurs proches et des sources locales qui affirment qu’ils ont été arrêtés à Kobero par des agents du Service national de renseignement (SNR). Aucune confirmation officielle de leur arrestation ou de leur disparition n’a été rendue publique.

Une décision dans un contexte de guerre

La décision annoncée à Bujumbura intervient dans un contexte de fortes tensions dans l’est de la RDC. L’AFC-M23 contrôle notamment Goma, capitale du Nord-Kivu, et Bukavu, capitale du Sud-Kivu.

Kinshasa et Gitega accusent le Rwanda de soutenir l’AFC-M23. Kigali rejette ces accusations et conteste plusieurs rapports faisant état de son soutien au mouvement rebelle.

Des réfugiés urbains congolais chassés d’un quartier de Rugombo, au nord-ouest du Burundi, dans un contexte de soupçons de collaboration avec l’AFC-M23. © SOS Médias Burundi
Des réfugiés urbains congolais chassés d’un quartier de Rugombo, au nord-ouest du Burundi, dans un contexte de soupçons de collaboration avec l’AFC-M23. © SOS Médias Burundi

La situation dans l’est de la RDC a également entraîné d’importants déplacements de populations vers les pays voisins, notamment le Burundi.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), environ 142 000 nouveaux arrivants en provenance de l’est de la RDC avaient été enregistrés au Burundi entre janvier 2025 et le 31 mars 2026. Quelque 109 000 d’entre eux étaient arrivés depuis le 6 décembre 2025. Ces chiffres restaient provisoires.

Plus de 29 000 soldats burundais déployés en RDC

La position de Gitega s’inscrit également dans le cadre de son engagement militaire aux côtés de Kinshasa dans l’est de la RDC.

Un rapport interne congolais sur la sécurité et l’administration territoriale, consulté par SOS Médias Burundi, indique que 29 862 soldats burundais ont été déployés en RDC entre août 2022 et décembre 2025. Ils ont notamment combattu aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa contre l’AFC-M23.

Le déploiement burundais avait commencé en août 2022 dans le cadre d’un accord entre Gitega et Kinshasa, avant de s’inscrire dans différentes opérations contre des groupes armés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Des relations régionales toujours tendues

La nouvelle position de Gitega intervient aussi alors que ses relations avec Kigali restent tendues.

Le Burundi a fermé sa frontière terrestre avec le Rwanda en janvier 2024 après avoir accusé Kigali de soutenir le groupe RED-Tabara. Le Rwanda a rejeté ces accusations et regretté la fermeture unilatérale de la frontière.

Le Rwanda accuse de son côté le Burundi et la RDC de soutenir les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Kigali dénonce depuis plusieurs années la présence et les activités de ce groupe dans l’est de la RDC.

Des inquiétudes sur la circulation des populations

Le Sud-Kivu entretient des liens économiques, familiaux et commerciaux importants avec Bujumbura, capitale économique du Burundi. De nombreux Congolais utilisent également le territoire burundais comme voie de passage ou de refuge lorsque les combats s’intensifient dans l’est de la RDC.

La nouvelle mesure pourrait donc toucher des personnes qui ont séjourné dans les zones contrôlées par l’AFC-M23, mais aussi celles qui y ont simplement transité avant de vouloir rejoindre le Burundi.

Elle pourrait également concerner des travailleurs humanitaires, des commerçants, des responsables internationaux et d’autres voyageurs, selon la manière dont les autorités décideront d’appliquer la mesure.

Les autorités de Gitega n’ont pas encore précisé les critères qui permettront de déterminer les personnes concernées, la procédure applicable aux citoyens burundais ou les mécanismes de recours en cas de refus d’entrée.

L’ampleur réelle de la mesure dépendra ainsi des directives qui seront données aux services chargés du contrôle aux différents points d’entrée du pays.

Des observateurs locaux et étrangers disent déjà craindre les conséquences de cette décision sur les mouvements de population entre le Sud-Kivu et le Burundi. Certains qualifient les propos du ministre de « déclarations folles » et estiment qu’une interdiction aussi large pourrait provoquer une « catastrophe » pour les populations du Sud-Kivu, particulièrement pour celles qui fuient les combats et utilisent le Burundi comme voie de passage ou de refuge.

Ces observateurs s’inquiètent également des conséquences pour les travailleurs humanitaires et le personnel international présents dans les zones contrôlées par l’AFC-M23, notamment si aucune exception claire n’est prévue.

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Photo : des rebelles de l’AFC-M23 effectuent une patrouille dans une zone qu’ils occupent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Les autorités burundaises ont annoncé de nouvelles restrictions visant les personnes ayant séjourné ou transité dans ces territoires, leur interdisant l’entrée sur le territoire burundais. © SOS Médias Burundi

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