Burundi: la CVR s’attaque à la première République


La CVR qualifie la première République d’irresponsable et de n’avoir pas su protéger la population des massacres de 1972 qui ont emporté plus de Hutus que de Tutsis dans cette nation de l’Afrique de l’est. Depuis mardi 15 septembre, la très contestée commission a lancé des activités d’exhumation des restes de corps humains dans la commune de Vugizo, en province de Makamba (sud du Burundi). Son président en a profité pour accuser les autorités de la première République qui, selon lui ont organisé les massacres de Hutus. (SOS MEDIAS Burundi)

La commission Vérité et Réconciliation a pour la première fois accusé les autorités publiques de l’époque de n’avoir pas protégé sa population.

«Les personnes qui reposent dans les fosses communes ont été assassinées suite au mépris, à l’arrogance et à l’irresponsabilité d’un pouvoir politique de la première République qui a délibérément choisi de ne pas protéger ses citoyens » a lancé Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR devant des journalistes de médias locaux, la première vice-présidente de l’Assemblée Nationale et un représentant de la commission nationale indépendante des droits de l’homme ainsi que plusieurs habitants.
C’était sur le site de Gikuzi, en commune de Vugizo où au moins huit fosses communes ont été identifiées.

Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR

La première République dirigée par le Général Michel Micombero et qui a duré dix ans a commencé en 1966, une année après d’autres tueries interethniques.

À Vugizo, l’administrateur communal de l’époque est accusé par le président de la CVR d’avoir commandité les massacres de Hutus.

 «Les habitants étaient convoqués dans une réunion de pacification et de sécurité. Les responsables militaires y étaient aussi conviés. Ils divisaient les gens en deux groupes: des Tutsis d’un côté et des Hutus de l’autre. Les militaires encerclaient les Hutus sur ce terrain et commençaient à tirer sur eux. Vous voyez, personne ne pouvait s’échapper », a détaillé M. Ndayicariye.

Pour la commission en charge de la réconciliation, il y a urgence à réécrire l’histoire du Burundi car « celle enseignée contient des mensonges, ne mentionnant pas l’existence de fosses communes ».

Des rescapés et enfants des victimes des tueries de 1972 préfèrent la voie du pardon pour une bonne cohabitation. C’est le cas d’Estajoni Hamenyimana , 66 ans.

« J’ai longtemps pleuré mon père qui a été tué par balles sous mes yeux avec d’autres hommes du village. Rien ne peut remplacer le pardon. Nous, nous avons pardonné et la justice pourra faire son travail… La vengeance ne sert à rien car les nôtres ne vont pas revenir. Nous sommes entrain d’aller au ciel, il a besoin de nous », a indiqué celle qui a dû suspendre ses études en neuvième année et se réfugier en Tanzanie avant de rentrer dans les années 2000 avec l’accession du CNDD-FDD au pouvoir.

Depuis le début de cette année, le travail d’exhumation de restes des corps humains par la CVR est décrié par plusieurs acteurs dont des associations de défense des droits des victimes Tutsis. Ils l’accusent d’être un « outil » du CNDD-FDD et de ne se soucier que des victimes Hutus seulement. Dans certaines localités du pays, des Tutsis ont témoigné s’être confiés à la commission pour qu’elle constate des fosses communes des membres de leurs familles massacrés en 1993, sans succès.
D’autres disent que des membres de la commission et des officiels burundais vont jusqu’à influencer les habitants pour qu’ils mentent sur l’identité des victimes. Des accusations que M. Ndayicariye qualifie de « piège dans lequel il ne va pas tomber ».

Jusqu’à présent, la commission a déjà identifié plus de douze mille six cents restes de corps humains dans des fosses communes éparpillées sur tout le territoire burundais. Presque toutes concernent les tueries de 1972.