Pierre Buyoya « l’incompris » selon Frederic Bamvuginyumvira (interview)

Pierre Buyoya « l’incompris » selon Frederic Bamvuginyumvira (interview)

L’ancien président burundais Pierre Buyoya n’est plus. Son ancien vice-président et opposant, Frederic Bamvuginyumvira garde l’image d’un homme d’État, «un incompris » tout en soulignant son engagement sur la voie de la démocratie. (SOS Médias Burundi)

Frederic Bamvuginyumvira, a été vice président du Burundi de juin 1998 à Août 2001 avec Pierre Buyoya en président. C’est une « perte énorme » pour le pays, selon lui.

Le Burundi a perdu un homme soucieux de l’unité nationale, de la démocratisation du pays. Comme il était soucieux de comment continuer à recoller les morceaux pour que les burundais puissent arriver à une stabilité politique.

F. Bamvuginyumvira

L’incompris de part et d’autre

Celui qui s’opposait au régime Buyoya se souvient que le duo Tutsi-Hutu aux commandes depuis 1998 – deux ans après la seconde prise du pouvoir de Buyoya – n’a pas été simple.

Il était incompris des deux cotés. En 1988, après les massacres de Ntega-Marangara, les extrémistes Tutsi voulaient une extermination de l’élite Hutu. Buyoya s’est imposé, en amorçant le vaste chantier de l’unité avec un gouvernement d’union nationale.

F. Bamvuginyumvira

En 1998, la majorité des militaires ne voulait pas entendre parler de négociations avec les rebelles qu’elle considérait comme des « tribalo-génocidaires ». « Buyoya lui, s’inscrivait dans une dynamique régionale pour sauver la minorité Tutsi éparpillée notamment dans les camps de déplacés », se rappelle M. Bamvuginyumvira avant d’ajouter : « De notre coté (NDLR les Hutus), nous ne voulions pas laisser le pouvoir à la minorité. Nous avions la force politique avec l’assemblée nationale, et pour lui la force militaire. Il a dû accepter un gouvernement de consensus avec lui président, deux vices-président, un Hutu et un Tutsi et enfin 50 % de ministres pour parvenir aux accords d’Arusha ».

Aucun hommage officiel

On peut parler d’un silence radio. Evariste Ndayishimiye, l’actuel président burundais ne dit mot pour l’heure alors qu’il a rendu hommage – sur son compte Twitter – à Ambrose Mandvulo Dlamini, ancien premier ministre de l’Eswatini. C’était le le 14 décembre dernier.

Seul l’opposant, Charles Nditije évoque “la mort d’un infatigable artisan et bâtisseur de l’unité nationale, de la réconciliation du peuple burundais et de la démocratie au Burundi et en Afrique”.

Silence radio « inconcevable ».

Selon Frederic Bamvuginyumvira, le CNDD-FDD (parti présidentiel) doit communiquer comme il l’a fait lorsque le président Bagaza est décédé.

Ils doivent comprendre qu’avant eux, le Burundi a été dirigé et de même qu’après eux le pays va être dirigé. C’est grâce aux efforts de Buyoya d’ouvrir le pays à la démocratisation qu’ils sont au pouvoir.

Frederic Bamvuginyumvira

L’UA et le Mali attristés

Le Président de la Commission de l’Union Africaine déplore “la perte de l’homme qui a tant œuvré pour la paix dans son pays et sur le Continent”.

Pierre Buyoya était Haut Représentant de l’Union Africaine pour le Mali et le Sahel de 2012 jusqu’au mois de Novembre dernier.

“Pierre Buyoya a fait preuve d’un engagement exceptionnel dans l’accomplissement de sa mission. Tout au long des huit années passées au service de l’Union africaine, M. Pierre Buyoya a été un infatigable promoteur de la paix dans cette région et a mis sa riche expérience d’ancien Chef d’Etat au service de cette cause à laquelle il avait consacré tout son temps et toute son énergie”, reconnaît Moussa Faki Mahamat.

Le président de transition du Mali, Bah Ndaw a salué “un avocat passionné de la cause malienne et sahélienne”. M. Ndaw est arrivé au pouvoir en septembre dernier. Ce sont des militaires qui l’ont désigné président civil en attendant des élections libres et transparentes.

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Photo : Pierre Buyoya, ancien président du Burundi

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