Réfugiés burundais : la CBDH/VICAR dresse un bilan sombre

Réfugiés burundais : la CBDH/VICAR dresse un bilan sombre

La coalition burundaise des défenseurs de droits humains vivant dans les camps de réfugiés (CBDH/VICAR) donne un bilan sécuritaire très alarmant dans les camps. Elle parle notamment de plusieurs abus dont les Burundais en exil sont victimes. Ce sont entre autres les assassinats ciblés, les disparitions forcées, les arrestations arbitraires (…). En Tanzanie seulement, la coalition a recensé au moins 25 réfugiés tués au cours de l’année dernière. La coalition accuse le pouvoir de Gitega d’être derrière l’insécurité des réfugiés en collaboration avec les autorités des pays d’accueil. (SOS Médias Burundi)

La Tanzanie vient en tête quant à la violation du droit à la vie selon le rapport de la coalition qui affirme avoir compté plus de 25 Burundais tués dans des conditions mystérieuses dans le seul pays en 2020.
Plusieurs autres formes de violations de droits des réfugiés ont aussi été enregistrées.

“En plus de ces assassinats, plus de 10 réfugiés, tous des commerçants ont été arbitrairement arrêtés. Ils ont été détenus pendant plusieurs jours avant d’être libérés moyennant paiement d’amende. Ce n’est pas tout, les réfugiés n’ont pas de carte d’identité depuis 2017, ce qui les empêche d’accéder à d’autres besoins (opérations bancaires, documents de voyage etc.) à l’extérieur du camp”, décrit Léopold Sharangabo, vice président de la coalition burundaise des défenseurs des droits de l’homme vivant dans les camps de réfugiés.

Et de regretter: »En juillet 2020, 8 réfugiés ont été déportés au Burundi. Ils y sont toujours détenus dans les prisons de Bubanza (Ouest) et Muramvya (Centre) et n’ont jamais été présentés à un juge. C’est un acte ignoble qui viole toutes les conventions internationales de protection des réfugiés que la Tanzanie a ratifiées ».

Recherche d’un troisième pays

Le rapport précise aussi qu’il y a des Burundais qui quittent la Tanzanie à la recherche d’un nouveau pays d’accueil.

“Chaque mois il y a des réfugiés qui sont arrêtés pour avoir essayé de traverser la frontière pour aller chercher un nouvel asile dans les pays frontaliers avec la Tanzanie. Certains ont pu tromper la vigilance des forces de l’ordre tanzaniennes et des civils en charge de la sécurité. Quinze ont pu arriver à Mahama (Est du Rwanda) début décembre au moment où quatorze autres ont été reçus en Ouganda et au Kenya en novembre « , souligne le rapport annuel de la coalition.

Le gouvernement du Burundi indexé

D’après des enquêtes de la CBDH/VICAR, en Tanzanie, il y a beaucoup d’espions qui travaillent pour le compte du gouvernement burundais dans tous les camps.

Nakivale

La coalition rapporte que dans le camp de Nakivale en Ouganda par exemple, il se remarque plusieurs individus enregistrés comme réfugiés, mais qui s’activent pour la sensibilisation des réfugiés au rapatriement volontaire.

Un autre problème détaillé par le rapport est le « phénomène d’empoisonnement » des réfugiés vivant à l’intérieur du camp comme dans les zones urbaines en Ouganda.

“Un réfugié qui s’est confessé chez un prélat en 2019 a dévoilé avoir été envoyé par des services secrets burundais pour empoisonner les récalcitrants au rapatriement volontaire. Même jusqu’à présent, beaucoup de réfugiés continuent d’être empoisonnés, ce qui nous pousse à confirmer qu’il y a beaucoup d’agents envoyés par les autorités burundaises”, ajoute M.Sharangabo.

Lusenda et Mulongwe (RDC)

La coalition est beaucoup plus préoccupée par le fait que les deux camps sont installés dans une région en proie à des combats entre l’armée congolaise et des groupes rebelles locaux et étrangers.

“Il y a beaucoup de groupes rebelles dans la localité, ce qui est d’ailleurs à la base de l’interpellation de plusieurs réfugiés burundais accusés de participer dans ces groupes hostiles au gouvernement burundais. Certains ont été livrés aux renseignements burundais et d’autres emprisonnés arbitrairement », s’inquiète-t-elle.

Elle affirme qu’au cours de l’année dernière, une vingtaine de réfugiés ont été interpellés et détenus en lieu secret par les services congolais. Depuis 2015, un nombre important de réfugiés burundais a été remis aux renseignements de leur pays.

Situation au Rwanda, Kenya, Malawi et en Zambie

Les camps de Mahama au Rwanda, Kakuma au Kenya, Dzaleka au Malawi et Maheba en Zambie sont décrits par le rapport comme étant des lieux en peu sécurisés pour les réfugiés burundais.

“Les espions du pouvoir burundais ont tenté depuis 2015 de perturber le camp de Mahama au Rwanda, en vain. En Août 2020, les réfugiés chargés de la sécurité ont trouvé des armes fabriquées de façon artisanale enfouies tout près d’un probable espion. Mais la situation a été vite maitrisée par les forces de l’ordre. Nous avons vu également que Mahama est un camp qui abrite beaucoup de manifestants qui ont souvent peur d’être tués. Mais le gouvernement rwandais essaie de les sécuriser. Les réfugiés au Rwanda sont libres, ils peuvent circuler dans tout le pays” estime la coalition.

Explication du HCR

Pour le HCR, tout rapatriement doit être volontaire, et les réfugiés qui ne veulent pas ou ne peuvent pas rentrer doivent être autorisés à rester dans leur pays d’accueil.

“La sécurité des réfugiés doit être une garantie. Et les retours au Burundi continueraient d’être facilités conformément aux principes régissant le rapatriement librement consenti”, a réagi Tina Ghelli, Conseillère principale en communication du Bureau régional du HCR pour l’Est, la Corne et les Grands Lacs en Afrique, basé à Nairobi-Kenya.

“Certains réfugiés peuvent craindre avec raison de ne pas chercher à rentrer chez eux à l’heure actuelle et devraient continuer à bénéficier d’une protection internationale. Le HCR appelle toutes les parties à continuer de respecter ces engagements. En ce qui est de la protection physique, c’est généralement le pays d’accueil qui s’en charge”, a-t-elle ajouté.

Plus de 320.000 réfugiés burundais restent éparpillés dans les pays de la communauté de l’Afrique de l’Est, en Zambie et au Malawi. Ils ont pour la plupart fui la crise de 2015 déclenchée par un autre mandat controversé de feu président Pierre Nkurunziza.

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Photo MSF : das abris du camp de nduta

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