Kinindo : un nouvel Eldorado de Boost

Kinindo : un nouvel Eldorado de Boost

Depuis quelques années, des vendeurs de la drogue communément appelé « Boost » sont très intéressés par la zone de Kinindo. C’est en commune de Muha au sud de la capitale économique Bujumbura. Il se vent sous l’œil complice de certains éléments de la police qui considèrent d’ailleurs que c’est une affaire de « grands hommes ». Des parents dénoncent ce qu’ils qualifient de « scandale ». (SOS Médias Burundi)

Le Boost est une drogue dure qui procure un bien-être physique et psychique selon du moins une définition donnée par les dealers qui en ont fait une affaire. Celle vendue au Burundi proviendrait du Pakistan et d’Afghanistan. Elle transite par les ports de Dar-es-Salaam (Tanzanie) ou Mombasa (Kenya).

Les vendeurs locaux couperaient ce résidu de l’héroïne en la mélangeant avec d’autres produits dont l’aspirine pour maximiser les profits, rassurent nos sources.

D’où viennent les vendeurs ?

Ayant choisi la zone de Kinindo comme nouveau quartier général de commercialisation de la drogue, les vendeurs viennent des zones de Kamenge, Kinama et Gihosha au nord de la ville de Bujumbura.

Selon nos sources, ils se surnomment « dealers de Boost ». « Nous faisons des affaires dans des écoles secondaires publiques et privées devenues nombreuses dans la zone fréquentées par des enfants issus des familles aisées. Nous bénéficions d’une certaine complicité de policiers avec qui nous partageons les dividendes », ont confié à SOS Médias Burundi des dealers.

Comment ça se passe?

Selon nos reporters qui se sont déplacés dans la zone de Kinindo, la vente du Boost se fait sans se soucier de rien: à moins de 100 mètres des bureaux de la zone, Shabani venu de Kamenge vend le produit à des élèves du Lycée municipal de Kibenga.

Avec fierté, il affirme que c’est un business qui lui fait gagner beaucoup d’argent. « Ici les affaires marchent. Nous sommes bien protégés et nous trouvons facilement les clients car les jeunes et adultes d’ici sont nombreux et aisés. Ils trouvent facilement les 5000 francs la pièce. On fait même des livraisons à domicile en plus des élèves qui en achètent le matin et lors de la récréation », raconte-t-il avec fierté.

Dividendes partagées

Selon des vendeurs qui ont témoigné à SOS Médias Burundi, l’affaire profite à une chaîne de gens dont des agents de la police. « À la fin de la journée, chaque dealer verse 35000 francs à des policiers qui nous permettent d’écouler nos produits tranquillement. Mais c’est rien quand on compare avec le profit qu’on y tire. Dans d’autres quartiers, nous sommes pourchassés », poursuit Shabani.

Ce n’est pas la zone de Kinindo seulement qui est gangrénée par la vente et consommation de Boost. Il y a aussi celle frontalière de Musaga. Aimable est l’un des dealers qui l’ont choisie. Son point de vente est l’école « New School » située dans le quartier de Kinanira 3. Il indique que la pratique est la même.

À Kinindo comme à Kinanira, des policiers préfèrent ne pas enquêter beaucoup sur la vente. « C’est une affaire des grands. Il ne faut pas s’en mêler au risque de perdre son travail », ont séparément réagi des agents.

Des parents dépassés

Des parents des élèves disent être dépassés par la situation. « C’est regrettable que la police soit impliquée dans la vente des stupéfiants qui tuent nos enfants. Plusieurs jeunes ont abandonné l’école, leur santé est fragilisée suite à la consommation du Boost. Il y en a également qui sont morts sans oublier des vols dans les ménages perpétrés par nos propres enfants pour aller acheter ce stupéfiant », s’alarment des parents contactés par notre rédaction.

Silence des autorités

D’après des sources à la municipalité de Bujumbura, le Maire de la ville a été saisi par des parents inquiétés par la situation, en vain. « Ils lui ont adressé une correspondance qui est restée lettre morte », rassurent-elles.

Le ministre en charge de la sécurité a également été saisi. Toutefois, aucune suite n’a été réservée aux doléances continues dans la lettre lui adressée. Les deux autorités ont été saisies en février et décembre 2020. Contacté, le chef de zone de Kinindo a refusé de s’exprimer à ce sujet.

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Photo : un homme tient entre ses doigts deux pièces de Boost

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